11 juin 2009

Une fête sur toute une année

Misère.
Ça arrive tout le temps trop rapidement. À la vitesse grand V. Le calendrier tourne définitivement ses pages trop vite.
Alors voilà, je suis encore en train d’organiser la fête d’anniversaire de Filou. Pis je déteste. Royalement à part ça.
Peut-être suis-je devenue une vieille grébiche frustrée. Peut-être ai-je perdu mon cœur d’enfant. Peut-être suis-je rendue impatiente et intolérante.
Sais pas.
Mais ce que je sais, c’est que ça m’énerve.
«Maman, mon prochain gâteau de fête, j’aimerais vraiment avoir une belle coccinelle!», a-t-elle déclaré tout juste après que l’on ait déballé nos cadeaux… de Noël!
«Mamaaaan, est-ce que l’on peut faire mes cartes d’invitation?», me demande-t-elle en janvier alors que sa fête est en juin.
«Mamaaaaaan, à ma fête, j’aimerais ça inviter Mayra, Noémie, Jayden, Geneviève, Sarah, Camille, Gabrielle», m’a-t-elle dit en février dernier.
«Mamaaaaaaaaaaaaaaaan, à ma fête, est-ce que mes amies vont pouvoir dormir à la maison?», m’a-t-elle questionné pendant la relâche de mars.
«Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, ça serait vraiment le fun à ma fête d’aller au cinéma avec toutes mes amies», m’a-t-elle souligné un matin d’avril.
«Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, voici ma liste de cadeaux que j’aimerais recevoir à ma fête. Mais je veux surtout un trampoline, SVP», m’a-t-elle donné le matin de la fête des mères.
«Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, est-ce que c’est aujourd’hui que l’on va faire les invitations à ma fête?» me demande-t-elle tous les jours depuis que nous avons mis les pieds dans le mois de juin.
Misère.
Dès que sa fête est passée, déjà elle commence à parler de celle de l’an prochain. Pas une semaine qui passe sans qu’elle n’aborde le sujet. Elle élabore des scénarios de fête («Pas une fête de princesse cette année maman, je suis rendue trop grande. Mais une de Star Académie, ça serait vraiment cool!», magazine des idées de surprises à offrir aux amies («On pourrait prendre des photos, ou faire une vidéo de la fête et pendant que l’on mange le gâteau, tu pourrais les mettre sur un dvd pour les donner à tout le monde avant qu’elles ne partent»), fais d’interminables listes d’invités, planifie l’horaire de cette journée.
Bref, elle peut passer les deux tiers de sa vie à préparer cette foutue journée.
Mais moi, ça m’emmerde de jouer l’animatrice d’OTJ toute une journée avec des enfants surexcités boostés au sucrose. Ça m’ennuie de courir les magasins pour acheter des trucs pour constituer le sac à surprises par excellence. Ça me désespère de passer trois jours devant mon fourneau à préparer le gâteau du siècle.
Peut-être un simple sentiment de jalousie? Quand j’étais petite, ce n’était pas la mode les fêtes d’amies. Ma mère invitait mes grands-parents, une ou deux tantes. Je recevais trois ou quatre cadeaux et c’était tout. Le tour était joué. Ma mère n’angoissait pas avec mon anniversaire trois mois d’avance. Et moi, j’étais la plus heureuse des petites filles quand je soufflais mes bougies sur mon gâteau rond au chocolat.
La première fête d’amie à laquelle j’ai pris part, je devais avoir 10 ans! Alors que Filou, du haut de ses presque huit ans, fête les anniversaires de ses petites copines depuis qu’elle a deux ans!! Elle a tellement d’invitations que j’ai dû mettre sur pied un agenda de fête d’amies seulement pour Loulou et je pense engager une secrétaire sous peu. Bien sûr, j’ai ajouté un poste à mon budget pour pouvoir pallier à tous ces cadeaux que je dois, par conséquent, acheter.
Bon je file. Il faut que je m’y mette rapidement si je veux avoir le temps de tout faire d’ici samedi: bouchées nutritives et attrayantes, gâteau en forme de coccinelle avec fondant, shopping pour les surprises, location d’un module de jeux gonflable, réservation d’un clown, magasinage pour le cadeau, mise sur pied de l’horaire, achat de la pinata, conception des cartons d’invitation avec Photoshop, recherche sur internet d’idées de jeux pour amuser cette ribambelle d’enfants, etc.
Vraiment, faut que je prenne congé le reste de la semaine. Mais même si ça m’énerve, je le fais pareil. Juste pour voir le sourire et les yeux brillants de ma loulou en cette journée toute spéciale.

02 juin 2009

J'ai le feu au...

Je vous jure, il est gros de même. Tellement gros que j’ai l’impression que j’ai reçu une bombe nucléaire qui a éclaté en plein sur la lèvre inférieure.
Je tente de cacher les impacts par tous les moyens possibles: fond de teint, gloss, rouge à lèvre. Il n’y a rien à faire. Rien ne fonctionne.
Alors, depuis une semaine, personne ne me parle en me regardant dans les yeux. Leurs pupilles sont littéralement attirées par cet ingrat de feu sauvage qui trône au bas de mon visage et qui fait de moi une défigurée de première.
Un herpès buccal hérité de ma grand-mère (pas de danger qu’elle m’ait légué ses yeux bleus là…) qui revient me hanter en moment de stress, de fatigue extrême, de fièvre.
Le coupable cette semaine? Le déménagement sûrement.
Faut dire que lorsque ça fait cinq calendriers que l’on lave sa vaisselle seule, le fait de se retrouver du jour au lendemain avec une nouvelle paire d’yeux avec qui prendre son jus d’orange le matin peut amener son lot d’inquiétudes. De tensions. De stress.
Alors normal que ce volcan logé sous mes babines ait fait éruption cette semaine.
Même si on a fait ça comme des grands, qu’on a suivi tout plein de conseils pour réussir notre vie à deux, reste qu’on ne peut pas tout contrôler.
Par exemple, avant même que nos bobettes partagent le même tiroir, nous nous sommes mis d’accord sur le budget. Pas question que l’argent vienne à bout de notre couple. Que j’en vois juste un billet de 20 $ venir tenter de semer la bisbille entre l’amoureux et moi.
Autre exemple, juste pour vous démontrer le sérieux de notre entreprise, nous avons jasé tâches domestiques. Si, si. La fille n’avait pas vraiment envie de se retrouver avec deux fois plus d’ouvrage sur les bras que dans le temps où il n’y avait que trois brosses à dents sur le comptoir de la salle de bain. Donc, l’amoureux a hérité de tout ce qui est en lien avec les planchers ainsi que de la vaisselle. Moi, je deviens la boss des repas pis du lavage.
On pensait être parés. Prêts à tout.
Mais de prévoir à l’avance qu’il y aurait un imbroglio chez la compagnie de location de camions de déménagement et que ma réservation serait perdue, ça, c’est impossible.
De prévoir à l’avance que cette même compagnie de location n’aurait donc qu’un camion de 10 pieds à ma disposition à moins de 24 h d’avis, ça également, c’était impossible.
De prévoir à l’avance que c’est justement pendant la semaine précédent mon déménagement que la ville déciderait de venir faire le trottoir tout juste devant chez moi, rendant ainsi l’accès à mon entrée de cour impensable, ça aussi, c’est impossible.
De prévoir à l’avance que dans la nouvelle maison, il n’y aurait pas de raccord de prêts pour accueillir mon lave-vaisselle, c’était quasi impossible. (Imaginez maintenant la face de l’amoureux quand il a appris la tonne de vaisselle qu’il aurait à faire en attendant la visite de l’installateur…!)
De prévoir à l’avance que le nouveau garde-manger serait trop petit pour accueillir toutes mes boîtes de conserve, ma réserve de jus, mes pots de farine et de sucre et mes innombrables épices, ça non plus je ne le pouvais pas.
De prévoir à l’avance que la sortie du câble serait située du mauvais côté du salon rendant une configuration optimale de l’espace complètement nulle, ça, j’aurais pu le prévoir, mais je n’y ai pas pensé.
Bref, le bidule qui prend place dans ma face ces jours-ci est sans doute là pour me rappeler quand dans la vie à deux, comme ailleurs, c’est impossible de tout prévoir.

27 mai 2009

Souvenir en HD

C’est arrivé tellement, mais tellement vite. C’est hallucinant.
Ça fait presque huit ans et je m’en rappelle comme si c’était hier. Les images me reviennent en tête de façon marquée, en full HD, avec son Dolby. Les émotions sont les mêmes. Le cœur me serre, ma gorge se noue juste à y penser.
Il faisait chaud. Tellement chaud. Une vraie canicule de juillet. Le thermomètre devait indiquer 200 degrés pour ne pas dire plus. L’eau nous pissait dans le front, coulait dans notre dos. On buvait trois litres d’Évian à l’heure pour compenser.
Même Filou avec ses 21 jours de vie trouvait le temps pénible. Si elle avait été capable de le faire, je n’aurais pas été surprise qu’elle enlève sa couche parce que même ça, c’était de trop sur son corps.
Pis Maxim avais passé la journée à se plaindre. Les jeux d’eau dans la cours n’avaient pas réussi à la refroidir. Ni les dizaines de Popsicle. Ni le ventilateur qui lui soufflait de l’air frais dans son visage.
«Bon, OK, poulette, viens-t-en, on va aller à la piscine.»
Arrive au trou d’eau municipal. C’est plein. Ben plein. On comprend que nous ne sommes pas les seules à souffrir de la chaleur.
On réussit à se trouver une petite place. Pendant que Max enfile sa veste de flottaison, je m’étonne de constater qu’il n’y a que deux sauveteurs pour toute cette population de baigneurs. Et que ces deux mêmes sauveteurs sont occupés à jaser entre eux.
Je passe la remarque à notre voisine. «Je sais. Moi aussi je trouve que la surveillance est ordinaire. C’est ce qui explique que je m’assure moi-même que mes deux enfants de 10 et 11 ans sont en sécurité.»
Le message était clair. Très clair. Une maman avertie en vaut deux.
J’installe la poussette de Filou (qui dort comme une bûche) près de la clôture. J’amène Max dans les petites marches. Elle joue là pendant de nombreuses minutes. Je la regarde s’amuser à faire des petites vagues, à taper sur l’eau, à s’arroser. Elle rigole. Elle est heureuse… comme un poisson dans l’eau!
Quelques fois, je fais la police avec d’autres petits qui bousculent ma puce. C’est qu’ils sont plus d’une centaine d’enfants du camp de jour à plonger, à sauter, à nager dans ces milliers de litres d’eau. Il y a de l’action! Les deux sauveteurs? Ils jasent toujours.
Maxim commence à être fatiguée. L’heure du dodo d’après-midi est largement dépassée. Elle sort de l’eau. Je l’aide à enlever sa ceinture. La range sous la poussette de Filou, ce qui a pour conséquence de la réveiller. Et quand un bébé de trois semaines se réveille en sursaut, ça pleure. Je me lève pour la prendre et comme je la sors du carrosse, il y a une dizaine d’enfants qui s’attroupent autour de moi, attirés par ma cocotte. Je perds Max des yeux.
Quand je la retrouve, elle est au fond de l’eau. Pas au fond de la barboteuse. Non, au fond la partie profonde de la piscine.
Depuis combien de temps est-elle là? Fouille-moi.
Mais je peux vous dire que mon cœur s’est arrêté de battre à cet instant même. Que mes poumons ont cessé de fonctionner également. Mes fonctions cérébrales ont stoppé net.
J’ai lancé Filou dans la poussette, ai crié aux enfants de se tasser et ai sauté dans la piscine. Toute habillée. Pour aller chercher ma puce qui était sous dix pieds d’eau.
En sortant, je me souviens d’avoir souhaité qu’une seule chose: que ma grande respire. Elle était consciente. Je l’ai couché sur le sol et j’ai regardé sa cage thoracique. Elle s’est soulevée. J’ai remercié le ciel.
Je me souviens aussi d’avoir hurlé aux sauveteurs ma rage face à leur insouciance.
Je me souviens surtout qu’ils ne sont jamais venus voir si Maxim était correcte. Si nous avions besoin de quelque chose. Trop occupés à jaser.
Une plainte à été déposée à la Ville. Des mesures ont été prises rapidement, limitant ainsi le nombre d’enfants du camp de jour à fréquenter la piscine en même temps. Bravo.
Mais avec les événements survenus à la piscine de l’école Montcalm il y a dix jours, je suis persuadée que deux sauveteurs pour une centaine de jeunes, c’est trop peu.
Parce qu’il faut trop peu de temps pour que le pire survienne.

19 mai 2009

Le mariage des meubles

Pas beaucoup d’expérience dans le domaine. Pour ne pas dire zéro expérience. Sais pas pentoute comment ça marche ce bidule.
Ce qui est désolant, c’est que je ne trouve pas de manuel d’instruction, ni de livre-conseil à la biblio pour m’aider dans tout ça. Dois me débrouiller toute seule. Comme une grande. Pis je trouve ça rushant à l’os.
C’est ce dimanche que l’amoureux et moi cohabiterons officiellement ensemble. Que nos divans, nos couteaux à steaks et nos débarbouillettes feront également vie commune. La dernière fois où j’ai emménagé avec quelqu’un, je sortais de l’adolescence et avais dans ma seule boîte, mes bobettes et mon déodorant.
Donc, comme ce n’est qu’une simple maison que nous avons acquise, pas de place pour deux woks, 48 coupes à vin rouge et deux aspirateurs dans nos armoires et garde-robe.
Alors il y a moi qui arrive avec mon (énorme) bataclan. Tout est neuf ou presque. Tout est, évidement, plus beau, plus performant, plus important que ce que l’amoureux possède.
«Ge, tu savais que j’avais un petit four grille-pain?»
«Ah oui chéri? Moi aussi j’en ai un. Il est à convection le tien?»
«Ge, ma télé 27 pouces, on va la mettre où dans la maison?»
«Chéri, c’est que j’ai déjà deux 37 pouces écran plat… A-t-on vraiment besoin de ta télé?»
«Ge, il me semble que ça serait beau mon divan dans le salon. Qu’en penses-tu?»
«Chéri, ton divan est beige pâle. Je te prédis que d’ici deux semaines, il y aura une tache de lait au chocolat, une de jus de raisin, des barbots de Crayola pis que les craques seront remplies de Oreo, de Nintendo DS pis de pièces de casse-tête. Ton divan, si on ne veut pas passer trois jours par semaine à le frotter, il serait parfait dans les petites annonces, non?»
«Ge, j’ai vraiment hâte de voir ma table à dîner en vitre dans la salle à manger!»
«Euh… chéri, une table en vitre avec des enfants! Y as-tu pensé deux secondes? Non seulement je vais passer mon temps à nettoyer les milliers d’empreintes de doigts qu’il va y avoir dessus, mais en plus elle est trop petite ta table. La mienne est beaucoup plus grande et facile d’entretien. Sans oublier que j’ai un super buffet qui se marie à la perfection avec.»
«Ge, j’ai de beaux stores qui sont justement de la bonne grandeur pour les fenêtres du salon.»
«Chéri, c’est drôle que tu me parles de ça. Je regardais justement mes rideaux et je me disais que c’étaient donc plus faciles à laver et plus jolis que de simples stores.»
«Ge, tu as vu ma plante araignée? Je ne le retrouve plus. Pourtant, je me rappelle l’avoir mis là, entre les boîtes de la salle de bain et celles de la chambre à Filou. Je voulais l’installer sur le rebord de la fenêtre de la cuisine.»
«Euh… non, pas du tout chéri. As-tu bien regardé? C’est vrai que ça aurait été une bonne idée de la mettre là…» dis-je en espérant qu’il ne pensera pas à aller voir dans le compost…
«Que dirais-tu si je mettais ma mijoteuse dans cette armoire?»
«Chéri, pas besoin de ta mijoteuse. La mienne est programmable, a une capacité de six pintes, a une sonde pour la température, le couvercle est à charnière et elle va au lave-vaisselle. Tu devrais aller porter la tienne chez Estrie Aide, tu rendrais sûrement une famille super heureuse.»
Ne me jetez pas des tomates. Ne me criez pas après. Je suis une néophyte. J’apprends et j’ai même commencé à faire des concessions. La preuve? J’ai sorti la plante du bac brun et le divan beige prendra place, à ses risques et périls, dans le salon.
Advienne que pourra!

11 mai 2009

Déléguer 101

Le frigo est vide.
Ben, presque vide. Si l’on tient compte de la bouteille de Ketchup dans laquelle il ne reste que de quoi faire deux hamburgers, les trois œufs et la pinte de lait (qui expire demain), je crois que l’on peut tout de même dire que l’inventaire du fridg est à sec.
Le plancher, quant à lui, est loin d’être abandonné par la poussière et autres détritus aimant se poser sur le bois franc. Quand c’est rendu que des petits minous se promènent au bas des plinthes, on peut affirmer hors de tout doute raisonnable qu’une balayeuse serait d’adon.
Il y a tellement de vêtements sur la (nouvelle) frontale que tous les tiroirs de l’appart sont déserts. Chaque matin, c’est le branle-bas de combat pour y trouver bobettes, bas, pantalons et chandails pour habiller tous les habitants de l’endroit. Pas toujours simple de réussir à trouver deux bas jumeaux ainsi qu’un haut qui fit avec le bas.
Pour une raison que j’ignore totalement, il y a les dvd de la dernière saison des Frères Scott qui traînent sur le panier à linge de la salle de bain. Il y a aussi des partitions de piano tout juste à côté du bain, un verre de jus à moitié plein pis un amas de vêtements sales entre le lavabo et la toilette. Évidemment, le rouleau de papier de toilette est à changer et ce n’est pas simple de se regarder dans le miroir tant il y a des résidus de pâte à dents (vous devriez voir Filou se laver les chiclets, ça revole!).
Ajoutons à ce magnifique portrait de ma résidence, des multitudes de boîtes éparpillées un peu partout: sur le piano, sur la table de la cuisine, sur le divan, entre la porte-patio et la télé, au pied de mon lit, dans l’entrée de la chambre des poulettes. Bref, il n’y a pas un pied carré de l’appart qui ne possède pas son propre carton.
Pour y voir clair dans tout ce bordel, dans tous les trucs à faire avant le jour J du déménagement, en bonne maman et chef de famille responsable, me suis fait des listes. Une liste pour les changements d’adresse. Une seconde pour les tâches à effectuer (trouver un plombier, choisir les couleurs du sous-sol). Une autre pour les rendez-vous à ne pas oublier (installation du câble, banque pour l’ouverture du compte conjoint, rendez-vous avec le poseur de tapis). Une pour les trucs à acheter (rideaux pour le salon, miroir de salle de bain, tapis d’entrée). Une dernière pour prioriser les priorités (acheter quelque chose pour le souper, trouver du temps pour dormir, signer la dictée de Filou, trouver le casque de vélo de Max avant sa sortie avec l’école, trouver un déménageur).
Et c’est en regardant le frigo (vide) et toutes les listes qui y sont collées ce matin que j’ai réalisé que je ne pouvais pas tout faire toute seule. Que d’ici le jour fatidique du déménagement, il y avait une tonne de choses à faire et qu’il était mathématiquement et physiquement impossible que j’y arrive sans aide.
Alors me suis transformée en général d’armée. En capitaine de service de police. En PDG d’entreprise privée. En chef de famille, quoi.
«Max, tu es nommée responsable du lavage jusqu’à nouvel ordre. Il y a une brassée de serviettes dans la sécheuse à plier. Après tu feras trois piles de vêtements: les foncés, les pâles pis les serviettes. Pour la laveuse, je te monterai comment faire», lui dis-je d’un ton sans appel.
«L’amoureux, tu es nommé responsable des soupers jusqu’à nouvel ordre. Pour ce soir, il y a des poitrines de canards de dégelées. Tu taperas poitrines de canard et recettes sur Google, tu trouveras quelque chose à la hauteur de tes compétences», lui dis-je ignorant ses yeux paniqués devant l’ampleur de la tâche à accomplir.
«Filou, tu es nommée responsable du balai et de l’aspirateur jusqu’à nouvel ordre. Et un aspirateur, ça se passe aussi en dessous de la table de cuisine, entre les coussins du divan et derrière la plante du salon», lui dis-je tout en n’écoutant pas ma petite voix qui me disait qu’une plainte à la DPJ pour mauvais traitements envers ma fille de sept ans m’attendrait au tournant.
«Et tous les trois, vous êtes conjointement solidaires de l’état de propreté de la salle de bain, de vider la récup dans le bac et de ne pas attendre que la poubelle et le compost sentent jusqu’à Magog avant d’aller les porter dehors et ce, jusqu’à nouvel ordre», leur ai-je dit avec un ton qui ferait mourir de peur bien des Talibans.
Non mais il y a toujours bien des limites à vouloir tout faire, tout contrôler. Peut-être que le miroir de la salle de bain ne sera pas aussi étincelant que lorsque je le frotte moi-même. Peut-être que le canard sera un peu moins tendre que lorsque je le fais cuire moi-même. Peut-être que mes débarbouillettes ne seront pas pliées à l’équerre comme je le fais moi-même.Mais une question se pose: et puis?

Vin et shampooing

La formule est simple.
On fait une razzia à la SAQ. On vide le congélo de sa réserve de sauce à spagh.
Surtout, on s’assure qu’il y a assez de papier d’aluminium. Parce que ça en prend pas mal.
Pis on débarque chez Lalie. En gang. En grosse gang.
Ma mère s’occupe du souper. Bruno prend en main le bar maison. Personne ne peut avoir les mains vides, d’où le concept «Vin et shampoing». Marie-Pier installe son attirail de kéffure. C’est elle qui met en pratique le «shampoing» de la soirée.
C’est mon père le premier à prendre place sur la chaise. On ne peut pas vraiment dire qu’il est très sexy avec son casque à mèches sur la tête. Il passera les prochaines 30 minutes avec du décolorant dans cet accoutrement pour le moins étrange. Pour l’instant, il détonne dans le lot. Plus tard, ça énervera plus personne.
Max est à côté de Marie-Pier. Elle trépigne d’impatience parce qu’elle sera la prochaine. Maman a ENFIN dit oui à son désir d’avoir quelques mèches mauves. Depuis le temps qu’elle en rêve, qu’elle en parle, qu’elle s’imagine avec cette coiffure qu’elle ne peut pas croire que ce jour est enfin arrivé.
Alex passera aussi sous le pinceau teinturier de notre coiffeuse privée. Après, ce sera Lalie, Bruno, Mathieu, Filou, ma mère et moi-même. Grosse soirée en vue. Les ciseaux de Marie-Pier ne seront pas sortis de leur étui pour rien.
Pendant que Marie-Pier se débat avec le rouleau de papier d’aluminium pour faire les mèches de Lalie, Bruno ouvre une deuxième bouteille de rouge. Ma mère et moi, on rigole en pensant à la saga du centre de foires. Filou raconte à mon père la danse qu’elle fera au spectacle de fin d’année. Mathieu dort debout: sa journée passée à faire des rénos dans notre nouvelle maison l’a épuisé.
Il est 19 h 20. Annie débarque avec sa boîte de poulet parce qu’elle a passé en dessous de la table. On lui pardonne, notre amie arrive tout droit du bureau. Même s’il avait fallu qu’elle dorme au bureau pour venir à bout de sa pile de dossiers, elle n’aurait raté pour rien au monde ce rendez-vous hors du commun qui revient à son agenda aux six semaines. Dès que sa poitrine de poulet sera avalée, elle prendra la place de Bruno sur la chaise de notre coupeuse de cheveux officielle.
Mon père peut enfin se libérer de sa capine. À 53 ans, il nous fait bien rire avec sa coquetterie capillaire.
Une troisième bouteille est ouverte. Les rires fusent. Les potins sont mis à jour. Alex est en train de se rincer la tête dans l’évier de la cuisine. Max ramasse les tonnes de cheveux par terre avec l’aspirateur.
Filou me redemande si elle peut avoir des mèches roses. Mathieu s’informe si je le trouve toujours aussi beau avec sa nouvelle clean cut. Enfin, c’est mon tour. J’étais dû pis pas à peu près... Lalie n’arrête pas de m’appeler la mouffette… Parce qu’en plus de pousser dans l’eau, donc très rapidement, mes cheveux sont aussi blancs qu’une montagne de farine…Pas sel et poivre là. Pas grisonnant non plus. D’un blanc maculé. Alors quand la repousse doit être refaite, soit j’ai l’air d’un Oreo, soit d’une moufette. Chic, chic, chic…
Mathieu, Bruno et mon père élaborent une stratégie pour attaquer les travaux à faire dans la salle de bain de la nouvelle maison. Lalie tente de convaincre ma mère d’aller voir les Expos ce week-end.
La soirée s’étirera jusqu’à tard, très tard dans la soirée. Une quatrième bouteille se retrouvera sur la table. Au final, on aura tous un look de star. Mais surtout, on aura partagé du temps précieux ensemble.

29 avril 2009

Le vent tourne

Six mois ont passé.
Il y a eu toute une bise qui a secoué nos vies. Un vent fort, cinglant et violent.
Qui nous a tous donné froid dans le dos. Un vent à écorner les bœufs. Une rafale qui a tout bousculé, sens prendre le temps de s’arrêter vraiment, de nous avertir.
Et croyez-moi, ce n’était pas du vent.
Ian, celui que j’avais choisi pour être le père de mes poulettes, est parti plus vite que le vent. Celui avec qui je partageais mes joies, mes angoisses, mes frustrations et mes peines de parent a manqué d’air. Une virulente pneumonie a rendu mes poulettes orphelines en moins de quatre jours. Celui qui faisait parti de mon quotidien depuis 20 ans s’est envolé contre vents et marrées.
Il a semé le vent, nous avons récolté la tempête.
Nous avons pleuré, crié, hurlé notre peine, notre frustration aux quatre vents, partout, en tout sens.
Mais il fallait continuer.
Parce que c’est difficile que de vivre seulement de l’air du temps. Nous nous sommes tenus debout. Nous avons déplacé de l’air. Nous avons parfois marché contre le vent. Mais nous avons vaincu l’ouragan du deuil.
Nous avons regardé notre rose des vents et pris la direction du positif.
On peut même dire que le vent a tourné. Que les séquelles laissées par cette brusque tempête s’estompent tranquillement. Doucement comme une petite brise faible et modérée.
Qu’il y a l’optimisme dans l’air.
Il fallait du temps. Juste du temps.
Mais certaines choses sont, par contre, allées plus vite que le vent. On pourrait même dire qu’elles sont arrivées en coup de vent. En quelques semaines, avec l’énergie du vent, nous avons pris notre vie en main.
Filou et Maxim continuent de sourire à la vie. De croire qu’elles n’auront pas toujours à marcher contre le vent. Papa leur manque atrocement, oui. Mais elles savent qu’elles ne sont pas seules. Que le vent tourne.
Jamais je n’oublierai celui qui faisait parti de ma vie depuis deux décennies. La personne avec laquelle j’aimais le plus parler de mes filles. Avec qui j’aimais le plus rire des niaiseries de Maxim. Qui partageait mon inquiétude quand Filou est passée sous le bistouri ne sera plus jamais là au bout du fil, au bout de son courriel, à mes côtés.
Mais le vent tourne.
Et voilà, ce vendredi, six mois pile poil après que nous ayons porté Ian en terre, nous nous envolerons, les poulettes, l’amoureux et moi, dans une nouvelle demeure. À l’abri des intempéries de la vie, souhaitons-le.
Une nouvelle maison, pour une nouvelle famille. De nouveaux et de beaux défis qui se profilent à l’horizon. Qui, malgré l’intense peine qui nous habite depuis un demi-calendrier, remettra du soleil dans nos yeux.
Contre vents et marrées, nous nous sommes tenues debout.
Nous pourrions même dire que nous avons le vent dans les voiles maintenant.

21 avril 2009

Perte de contrôle

À la seconde près où une deuxième ligne rose est apparue sur ce petit bâtonnet rempli de pipi, il a fallu dire adieu à votre manie de tout contrôler. La control freak en vous devait démissionner à cet instant-même.
Alors que vos hormones HCG augmentaient en flèche, il vous fallait mettre de côté pour toujours cette folle envie d’avoir une main mise sur les horaires, les nuits, les repas. Fini le temps où votre agenda était réglé au quart de tour. Où vous gériez votre quotidien comme bon vous semblait.
Parce qu’être maman et être une maniaque du contrôle, ça ne va pas ensemble. C’est deux concepts contraires. Comme deux aimants inversés. Impossible à jumeler. Un duo irréalisable.
Par exemple, il sera insensé de penser pouvoir prévoir si vous aurez des maux de cœur, des brûlements d’estomac, de la fatigue, de la haute pression, du diabète, l’ensemble de ces réponses ou aucune de ces réponses pendant les 40 semaines que dureront la grossesse.
Il faut aussi oublier la possibilité de décider vous-même du sexe de la merveille qui logera au creux de vos entrailles pour les prochains mois. Toute votre vie, vous avez rêvé être la mère d’une belle poupée blonde bouclée aux yeux bleus? Ce sera sans aucun doute un petit monstre aux cheveux noirs et raides comme de la broche qui entrera dans votre vie.
Il est aussi impensable de prédire quand et comment se déroulera la livraison du dit colis: de façon rapide ou sans fin? Facile ou compliquée? En siège, en postérieur ou normal? Césarienne, induction ou naturelle? Épisiotomie ou non?
Être mère et contrôle, ça ne fonctionne pas. Ça ne peut pas vivre dans la même phrase. Ça n’a aucun sens. Aucune possibilité.
Vous prévoyez un souper en amoureux ce soir? Soyez assurée que bébé fera une de ces crises de colique à l’instant-même où vous déposerez votre fesse droite sur la chaise devant ce superbe filet mignon.
Vous rêvez de vous clencher un dix heures de sommeil en ligne? Il est fort probable qu’à la minute où vous poserez la tête sur l’oreiller, un bruit de gastro parviendra à vos oreilles depuis la chambre de la plus vieille (pas de danger que ça arrive au-dessus du bol… Nenon. Maman = pas de contrôle, n’oubliez pas).
Vous mourrez d’impatience de connaitre les derniers potins? C’est écrit dans le ciel que vous n’aurez pas le temps de composer le numéro de téléphone de votre meilleure amie qu’une troisième guerre mondiale se déclarera entre vos héritiers.
Ce soir, c’est décidé. Rien ne viendra contrecarrer vos plans. Vous avez loué le dernier blockbuster que vous regarderez paisiblement, écrasé dans le divan en buvant une Stella Artois. Tout est planifié. Erreur! Parce que ce sera ce soir-là que votre poulette aura choisi pour commencer à avoir peur des monstres et des loups-garous qui se cachent sous son lit et qui lui veulent beaucoup de mal. Après plusieurs heures de négociation, de «je t’assure cocotte que les monstres, ça n’existent pas», de câlins et de réconfort, vous vous écroulez complètement épuisée dans votre lit et on repassera pour le film.
C’est inscrit «réunion importante avec le patron» au calendrier? Il est fort probable qu’une tempête de neige s’abatte sur Sherbrooke ce jour-là, amenant fermeture d’école et par conséquent deux marmots sur les bras. Pas très pratique pour négocier la prochaine augmentation salariale…
Vous voulez devenir mère? Rayez dès maintenant le mot «contrôle» de votre vocabulaire. Le reste? Comme du beurre dans la poêle. Simple et facile.

15 avril 2009

J'aimerais comprendre svp

J'aimerais que quelqu'un m'explique.
Ça ne doit pas être si compliqué à comprendre, j'imagine, puisque depuis des lunes nous envoyons des soldats là-bas sans que personne n'y voit vraiment rien à redire.
C'est moi sûrement qui est nulle. Pas vite. Cloche. Idiote.
J'aimerais qu'on m'explique pourquoi que l'on se casse le bicycle à envoyer des Canadiens (1 640 de Valcartier seulement) en Afghanistan pour défendre on-ne-sait-pas-trop-quoi depuis sept ans maintenant.
J'aimerais qu'on m'explique pourquoi nos dirigeants acceptent que leurs citoyens meurent (117 à ce jour dont 2 femmes) pour une cause en laquelle la population canadienne ne croit même pas.
J'aimerais qu'on m'explique pourquoi l'on dépense des millions dans ce dossier alors qu'on en aurait besoin grandement ici.
Mystère.

14 avril 2009

L'art de se mettre les pieds dans les plats

Vous savez dans l'art de se mettre les deux pieds dans la merde, s'improviser chef et mettre au point un nouveau potage mettant en vedette marijuana et de naphta, c'est assez champion.
Que l'on mette sa propre vie en danger dans l’espoir de se rendre millionnaire en concoctant de l’huile de cannabis, ça ne me regarde pas. Mais jouer avec celle des autres, ça énerve un brin.
Depuis quelques temps, plusieurs apprentis chimistes se sont retrouvés avec des souvenirs peu sympathiques de leurs expériences : brûlures au visage et même perte de vie.
Z’avez pas pensé à utiliser tout ce beau temps libre, que vous semblez avoir, à d’autres activités plus pertinentes pour vos voisins? Genre mettre vos connaissances scientifiques en pratique et devenir animateur pour les Petits débrouillards?

http://www.cyberpresse.ca/la-tribune/sherbrooke/200904/14/01-846302-une-soupe-au-pot-senflamme-et-brule-les-deux-cuistots.php

Maman 2009 - Mode d'emploi

Comment devient-on une bonne maman en 2009? Simple si l’on se fie aux statistiques qui indiquent que plus de 87 000 nouveaux bébés ont vu le jour en 2008. Compliqué si l’on en juge le mode d’emploi ici-bas.
La future maman 2009 aura bien pris soin d’ingérer 0,4 mg d’acide folique quotidiennement trois mois avant la conception de son bébé. Elle aura cessé toute consommation d’alcool et aura diminué sensiblement ses rendez-vous avec la machine à café du bureau. Elle se sera mise en forme en visitant le gym de trois à cinq fois par semaine. Bien sûr, il sera impossible pour elle de penser à fumer une touille.
Son poids sera santé. Aucun signe de cholestérol ne sera détectable dans son sang. Une visite chez son médecin lui aura d’ailleurs permis de mettre tous les atouts de son côté pour fabriquer la huitième merveille du monde.
Dès qu’un petit colimaçon aura signé un bail de neuf mois dans son utérus, la maman 2009 prendra bien soin d’ingérer un litre de lait par jour, de se farcir cinq à dix portions de fruits et légumes quotidiennement et comblera le manque à gagner en fer en avalant une Materna chaque matin.
Entre son boulot et les tâches ménagères, elle prendra le temps de lire une multitude de bouquins sur l’univers fabuleux de la maternité. Ainsi, elle saura comment réagir lorsque son utérus expulsera son locataire. Elle serait d’ailleurs une candidate hors pair à Tous pour un portant sur la vie in utero et pourrait même enseigner à la faculté de médecine le cours Obstétrique 101.
La maman 2009 se sera bien informée sur le bon type de peinture à utiliser dans la chambre de bébé et aura ainsi refusé l’accès aux murs aux trucs bourrés de plomb. Elle aura bien mesuré la largeur entre les barreaux de la bassinette pour s’assurer de sa conformité. Bien sûr, elle se sera rendue au poste de police afin que l’on vérifie la sécurité de son siège d’auto.
Les semaines qui précéderont la délivrance auront servi à remplir à ras bord le congélo de repas santé, à laver et relaver les nombreux pyjamas et cache-couches qui remplissent les tiroirs de bébé, à apprendre par cœur les numéros de téléphone d’urgence: Info-santé, clinique médicale, mamie et à faire des exercices d’étirements du périnée.
Afin d’être certaine de vivre un accouchement rêvé, sans péridurale-césarienne-épisiotomie, elle aura suivi bon nombre de formations sur la méthode Bonapace, sur l’efficacité des endorphines sur le contrôle de la douleur et sur l’importance d’être détendue en période de latence pour permettre la bonne-oxygénation-des-muscles-ce-qui-aidera-grandement-au-col-de-l’utérus-à-se-dilater-sans-problème. Elle aura prévu des alternatives en cas de complication: acupuncteur, ostéopathe et hypno-naissance.
Naturellement, elle sera la championne de l’utilisation du ballon de naissance. Son plan de naissance sera rédigé et photocopié en plusieurs exemplaires destinés au médecin traitant, à l’infirmière, au préposé aux bénéficiaires, à la sage-femme, au gynéco, à l’accompagnante, à l’anesthésiste, à la réceptionniste et peut-être même à l’agent de sécurité qui surveille le stationnement.
Une fois le petit trésor poussé à la vie, elle demandera gentiment à l’obstétricien d’attendre que les pulsations du cœur cessent dans le cordon ombilical avant de le clamper. Elle privilégiera un contact peau à peau plutôt que l’incubateur pour réchauffer sa nouvelle raison de vivre. Dès que le bain de larmes d’émotions sera essuyé, elle lui donnera le sein afin de favoriser l’allaitement.
Elle aura discuté de la pertinence d’injecter de la vitamine K au bébé avec son conjoint. La maman 2009 lui aura d’ailleurs vanté les mérites de l’implication du papa dans l’éducation du marmot afin de faciliter la création d’un lien significatif entre eux. En ce sens, ils auront établi ensemble une routine afin que chacun fasse sa part équitablement dans l’éducation de leur pupille.
Plus difficile qu’il n’en paraît, devenir maman. Me demande bien combien des 87 000 nouvelles mères de 2008 ont suivi ce mode d’emploi à la lettre. Parce qu’il y a de quoi devenir complètement timbrée, mais surtout, il y a danger d’oublier notre meilleur atout: l’importance de se faire confiance. Tout simplement.

07 avril 2009

Le sommeil n'est jamais là au bon moment

17 h 04. Je suis coincée dans le trafic. Nenon, je ne suis pas perdue dans la métropole. Je suis bel et bien sur une rue de la Reine des Cantons-de-l’Est. Sur le boulevard de l’Université pour être plus précise pis j’ai une envie insoutenable de fermer l’œil.
17 h 17. Alors que je poireaute devant le Triolet, je me prends à rêver de courir tout droit dans mon lit à mon arrivée à la maison. À me cacher sous ma couette et à ronfler jusqu’à demain. À chacun ses rêves…
17 h 32. J’ai réussi à ne pas m’endormir ni sur le boulevard, ni sur la 410. Même chose sur la King. Mais il était temps que j’arrive à Proulxville parce que la paupière se faisait de plus en plus lourde. La schnout qui tombe n’aide en rien en mon état semi-végétatif.
17 h 38. Désolation. Mon plan de dodo ne pourra pas fonctionner. Premièrement, les draps ont été oubliées dans la laveuse ce matin, ce qui fait qu’ils ne sentent pas les roses. Faudra repartir le cycle. Deuxièmement, les poulettes réclament haut et fort que je remplisse leur bedon, sinon elles porteront plainte à la police-des-parents, dit Filou. Vaut mieux ne pas prendre de chance.
18 h 25. Les estomacs sont pleins. Les assiettes reposent dans le lave-vaisselle. Les lunchs de demain sont même prêts. Aurai-je le droit, enfin, de m’étendre sur le divan (les draps ne sont toujours pas séchés) et de fermer l’œil zuste une minute? «Maman, peux-tu m’aider s.v.p.? Il faut que je trouve un objet ancien pour l’école…». Partir à la quête d’antiquités et roupillon ne vont pas de pair, malheureusement.
19 h 20. Je compte les minutes me séparant du moment tant attendu où enfin je pourrai flirter avec Morphée. Il reste exactement 1 h 40. À 21 h, si je suis chanceuse, mes héritières seront couchées, ronfleront et, en théorie, n’auront plus besoin de mes services.
20 h 20. Il reste 40 minutes.
20 h 50. «Maaaaax! Va laver tes dents. C’est l’heure du dodo (pour toi pis pour moi!)».
20 h 51. Le téléphone sonne. C’est Dany. «Pis, ton week-end, ça été?». Bla bla bla… Je passe tout droit. Il est 21 h 25. Bah… tant qu’à être encore debout, j’en profite pour regarder Tout sur moi.
21 h 58. Et si je prenais un bon bain?
22 h 25. Je vérifie mes courriels. Tout à coup qu’une catastrophe soit arrivée, pendant que je faisais de la soupe, et que je ne sois pas encore au courant?
23 h 35. J’ai lu le blogue de Karine, celui de Dominique. J’ai zyeuté si la banlieusarde avait posté une nouvelle recette. J’ai vérifié le solde de mon compte de banque. Ai écouté le nouveau clip de la Mère indigne. Me suis tapée quelques rondes de poker sur Facebook. Me suis assurée que je n’avais pas raté de nouveaux courriels. Heureusement, tout est sous contrôle. Je peux aller dormir tranquille.
23 h 45. Je me relève. J’ai oublié de me laver les dents.
23 h 48. Couchée, cachée sous l’édredon, je cherche le sommeil. Ne trouve rien. 0 h 20. Je ne suis toujours pas endormie. Je tente une approche nouvelle visant à me faire sombrer. Je compte mes respirations. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7…. Zut! Demain, c’est le 7 avril. Demain, Filou a de la natation avec l’école. Je saute hors du lit et m’empresse de trouver le maillot de ma puce et autres trucs nécessaires à l’apprentissage de la nage en eau profonde.
0 h 30. De retour sous les draps. Toujours pas fatiguée. Toujours les yeux grands ouverts. Toujours incapable de dormir.
0 h 50. Suis sous le point de me fâcher. Suis sous le point de perdre patience. Suis surtout pas sous le point de dormir par contre.
1 h 10. Je passe le temps. Je rêve à nos prochaines vacances. Je me demande où aboutira le Centre de foires. Je prie pour que le CH fasse les séries.
1 h 20. Je joue à la pitourne. Je me tourne de côté. Je me retourne de l’autre. Rien à faire.
1 h 25. Ma liste de menus de la semaine est dressée. Ma liste de trucs à faire en vue du déménagement est planifiée. Ma liste d’épicerie est faite.
1 h 35. Je ne dors toujours pas. Je me jure que, demain soir, dès 20 h, je suis au lit. Et tant pis pour la police-des-parents.

31 mars 2009

J'avais 21 ans...

J’avais 21 ans et le sac à dos rempli de naïveté. Le cœur qui débordait d’amour et une confiance en la vie sans pareil.
J’avais 21 ans et je n’avais peur de rien. Les barrières, je les défonçais. Les défis, je les relevais et ce qui ne faisait pas mon affaire, je le tassais.
J’avais 21 ans et j’étais considérée comme une adulte dans tous les pays du monde. Je votais, je cuisinais trois fois par jour, je faisais mon lavage toute seule.
J’avais 21 ans et je bûchais sans relâche pour arriver à décrocher un diplôme de la grande école de la colline universitaire. J’aurai plutôt reçu celui de la grande école de la vie avant.
J’avais 21 ans et j’ai vu apparaître un plus sur mon test de grossesse. Un plus sur un bâtonnet voulait-il dire un plus dans ma vie? Je voulais croire que oui.
C’est en larmes que ma mère a accueilli la nouvelle qu’elle serait grand-maman. C’est entre deux sanglots qu’elle m’a dit : «Tes études Geneviève? Tes études?».
Il y avait de quoi avoir peur. Parce qu’à cette époque, il n’y avait pas de congé de paternité, pas de garderie à 5$, pas de 100$ de Harper, pas de Soutien aux enfants. Très, très peu de prêts et bourses. Parce qu’il n’y avait pas de tablettes pleines dans le frigo. Pas de vrai lit dans la chambre à coucher et encore moins de divan dans le salon. Il n’y avait que la (petite) paye de mon chum.
Mon ignorance totale de la maternité, ma candeur devant les difficultés qu’amène un bébé, mon insouciance face au stress que soulève un compte de banque rouge auront fait en sorte que j’ai foncé.
J’avais 21 ans et j’allais montrer au monde entier que je serais capable.
Trois semaines après avoir poussé Maxim à la vie, j’ai repris le chemin du savoir… avec elle dans les bras. Chaque matin, je partais avec mon sac d’école sur le dos, le sac à couche sur l’épaule, le bébé dans la poussette et je marchais un demi-kilomètre pour me rendre à l’arrêt d’autobus. Je me frayais un passage parmi ces dizaines d’étudiants entassés puis je me croisais les doigts que ma poulette ne veuille pas boire pendant la demi-heure que durait le trajet.
J’assoyais mes fesses dans la faculté des lettres et j’installais Maxim à mes côtés. Souvent, elle restait là, à dormir, pendant que sa mère se farcissait un cours de Grammaire normative ou qu’elle tentait de comprendre pourquoi Hitler s’était pointé le nez en Pologne.
D’autres fois, ma poulette réclamait que l’on s’occupe de son estomac alors je m’empressais de laisser tomber mon Bescherelle ou mon Atlas historique pour lui offrir le sein tout en continuant à prendre des notes de l’autre main.
Des jours, ça n’allait vraiment pas. Je devais sortir dans le corridor pour la calmer et je me croisais les doigts de ne pas avoir raté la notion importante qui allait être dans l’examen final. D’autres fois, je ratais un cours essentiel parce que ma puce devait se faire vacciner, parce qu’elle faisait bouillir le thermomètre. Je courrais donc après les profs pour reprendre le temps «perdu».
Arrivée à la maison, je continuais ma double-vie. Tout en faisant réchauffer la sauce à spagh, je lisais Les dix leçons de l’histoire. Pendant que ma puce jouait par terre, je mémorisais mes anglicismes pour l’examen du lendemain. En allaitant, je tapais mon travail de session à l’ordi.
Je vous épargne les récits de ces nuits trop souvent entrecoupées de violentes poussées dentaires, de gastro qui n’en finissaient plus de finir, de virulentes otites qui arrivaient rarement à d’autres moments que la veille d’un test ou d’un oral comptant pour 50% de la session.
La plupart des profs ont vu là une détermination à toutes épreuves. D’autres ont plutôt vu une fille complètement débile et totalement désorganisée. J’ai choisi les cours des premiers.
Il m’aura fallu cinq années pour décrocher mon diplôme. Dix sessions plutôt que les six habituelles. Je n’ai pas couru les 5 à 7 du bac. Je n’ai pas fréquenté le local étudiant des étudiants en Histoire. J’ai fuis les partys de fin de session. Mais j’ai réussi!
Et vous aussi, Vanessa et Jessica (voir page 9) vous réussirez. Parce que je sais c’est quoi jumeler études et maternité. Parce que je sais que vous serez capables vous aussi. Ce n’est pas une question d’âge, mais de détermination.
Une volonté de fer que vous avez.

26 mars 2009

Une étrange check list

Signer la dictée de Maxim : check.
Payer le Bell et l’Hydro par Internet : check.
Produire mes rapports d’impôts pis ceux de l’homme : check.
Passer l’aspirateur à la grandeur de l’appart : check.
Acheter des bottes d’eau à Filou : check.
Laver la veste de printemps à Maxim à cycle délicat et la suspendre pour la sécher : check.
Faire l’épicerie et passer au Costco : check.
Nourrir Lili-Bunny et changer sa cage : check.
Écrire ma chronique livre : check.
Passer chez le notaire signer des trucs relatifs à la succession du père de mes poulettes : check.
Remplir les inscriptions 2009-2010 de l’école des filles : check.
Prendre rendez-vous chez le médecin pour notre examen annuel : check.
Confirmer notre présence au club social du journal à l’activité cabane à sucre : check.
Faire imprimer les photos d’accouchement d’Élise : check.
Répondre aux courriels : check.
Changer les draps des lits de la maisonnée : check.
Inscrire les filles au camp d’été : check.
Céduler mes vacances avec la secrétaire du journal : check.
Acheter les billets de spectacle de fin d’année de Maxim et Félixe : check.
Appeler Sandra pour lui souhaiter bonne fête : check.
Profiter une dernière fois cet hiver de mes skis : à faire.
Prendre un long bain chaud avec mon nouveau pain moussant Lush : à faire.
Finir de lire ce bon roman, Enfant 44, qui traîne sur ma table de chevet depuis trop longtemps : à faire.
Partir en week-end avec mon amoureux : à faire.
Aller au cinéma voir Dédé : à faire.
Déjeuner seule au resto en lisant d’un bout à l’autre La Presse du samedi : à faire.
Écouter en rafale la dernière saison de Weeds : à faire.
Aller prendre un verre avec Dany et se raconter tous les derniers potins: à faire.
Prendre rendez-vous chez l’esthéticienne pour une pose d’ongles : à faire.
Me pointer chez la coiffeuse pour cacher ma disgracieuse repousse blanche : à faire.
M’offrir le dernier cd de U2 : à faire.
Faire la grâce matinée sans culpabilité : à faire.
Tremper dans un spa et oublier le quotidien : à faire.
M’acheter une nouvelle paire de chaussures : à faire.
Flâner à la librairie et zyeuter les nouveautés : à faire.
Manger un gâteau aux cinq chocolats sans penser à la balance : à faire.
***
Voyez-vous quelque chose d’étrange dans cette liste? Vous devriez pourtant.
J’aimerais tellement comprendre pourquoi les mamans, mais aussi les femmes en général, ont tant de facilité à faire passer les autres devant elle? Qu’est-ce qui explique que le ménage du frigo soit prioritaire devant la possibilité de s’offrir du bon temps pour soi? Pourquoi éprouvons-nous de la culpabilité quand on perd notre temps sur le Net alors que nous pourrions utiliser ces précieuses minutes pour faire quelque chose de tellement plus constructif et important comme de trier les couvercles de plastique de l’armoire ou de mettre les épices du garde-manger en ordre alphabétique?
Je n’ai pas de réponse à ces grandes interrogations existentielles. Ce que je sais, par contre, c’est qu’il y a une montagne de linge sale qui me fait de l’œil. Et juste à côté, il y a le dernier Châtelaine qui attend d’être lu.
Qui gagnera?

17 mars 2009

Les trois souhaits d'Élise

C’était là. Sur une simple feuille de papier brouillon prise dans le fond du bac de récup. On pouvait y déchiffrer trois trucs que ma copine souhaitait voir réaliser.
Nous avions le bedon bien plein après une sale bouffe popotée par mon amie. JF nous servait de sa bonne bière maison quand il a lancé cette question : « C’est quoi cette foutue histoire du Secret? On ne parle que de ça partout! »
C’était il y a à peine un an. Nous étions à l’époque où Le Secret, un livre vendu à plus de 10 millions d’exemplaires dans près d’une quarantaine de pays et qui dévoile la recette miracle pour combler tous nos désirs, faisait des malheurs.
Bien que je n’avais pas lu livre en question et encore moins vu le film, je connaissais les grandes lignes, le principe de la chose. « C’est une théorie qui affirme que si tu veux quelque chose dans la vie, tu dois le dire à l’univers », lui avais-je répondu simplement.
Le taux d’alcoolémie aidant, nous avions joué le jeu. Ensemble, nous avions écrit tous nos désirs sur papier. Des plus loufoques (se faire réveiller par Brad Pitt chaque matin) aux plus sérieux (que mes poules soient heureuses pour le restant de leurs jours), rien n’a échappé à notre plume.
Élise a collé la sienne sur le frigo. Bien en vue. Afin de se rappeler chaque jour pourquoi elle bossait comme une dingue pour terminer ses études tout en travaillant à son compte pour amener un peu d’argent dans son compte de la Caisse pop.
On pouvait y lire, dans l’ordre, ceci :
1. Partir au plus vite de cet appart;
Faut dire que vivre à deux dans un minuscule trois pièces et demi alors que les occupants de l’endroit bossent tous deux de la maison a de quoi rendre fou la plus patiente des personnes.
2. Avoir un boulot digne de ce nom;
Depuis que ma copine a quitté son Piopolis natal qu’elle occupe des emplois précaires, peu valorisants, et ô combien pas payant. Une demande totalement justifiée.
3. Fonder une famille;
Du haut de ses 27 ans, après avoir vu défiler bon nombre de bédaines dans son salon, l’utérus d’Élise criait au meurtre.
Elle ne demandait pas la lune à la vie, mon amie. Rien d’exagéré. Pas de trucs impossibles. Pas de liste interminable. Seulement trois souhaits.
Les semaines ont passé. Puis les mois. Nous avions même oublié ce petit exercice de visualisation positive quand le téléphone a sonné chez Élise. On lui offrait un emploi. Un vrai de vrai. Une job avec des avantages sociaux pis un fonds de pension. Où elle aurait son bureau et même une adresse courriel à son nom. Pis chaque jeudi, un talon paye serait déposé dans son pigeonnier et elle cotiserait à l’Assurance-Emploi.
Quelques temps plus tard, elle nous apprenait qu’elle quitterait son appart lilliputien pour déménager son petit bonheur dans un duplex qu’elle venait tout juste d’acquérir avec son amoureux. L’encre n’a même pas eu le temps de sécher sur l’offre d’achat de la maison qu’elle nous annonçait que son utérus logeait désormais un petit colimaçon.
C’est quand je suis revenue de l’hôpital mercredi après-midi, que j’ai repensé à notre séance Le Secret. Le matin même, Élise m’avait fait le plus beau des cadeaux, celui de voir naître sa petite Rose-Alice.
En moins d’un tour complet de calendrier, mon amie avait réussi à biffer les trois désirs de sa liste. Je ne sais pas si Le Secret y est pour quelque chose. Si l’univers a entendu ses demandes. Dans le fond, ce n’est pas très important. Le bonheur de voir mon amie si heureuse vaut bien des bouquins.

12 mars 2009

Où se donne la formation des mamans?

Tiré de mon relevé de notes émis par l’Université de Sherbrooke quelque part en 2001: baccalauréat en histoire incluant une mineure en lettres et langue française. Crédits obtenus: 90.
Tiré de mon talon de paye émis par mon employeur mercredi dernier: rédactrice en chef adjointe. Heures travaillées: 32,5.
Tiré de mon permis de conduire émis par la Société de l’assurance automobile du Québec au printemps 1992: «Classe: véhicule de moins de 4500 kg et habitation motorisée».
Tiré de mon évaluation de cours de ski émis par un moniteur du mont Bellevue en 1987: Niveau obtenu: «Parallèle 2».
Tiré de mon résultat d’examen de violon émis par l’École de musique Vincent-D’Indy en 1985: Certificat obtenu: «Élémentaire II avec mention Distinction (70 %)».
Tiré de mon carnet de santé émis le 18 avril 1976: score d’Apgar à la naissance 8/ 10.
En regard de tous ces papiers qui traînent dans une vieille filière en carton dans le fond de mon garde-robe, nous pouvons déduire que je suis une historienne-journaliste-conductrice-de-voiture-bonne-skieuse-mauvaise-violonniste et que je respirais relativement bien à ma naissance.
Mais je ne trouve rien qui certifie que je suis une bonne maman. Rien. Niet. Nada. Pourtant, je le suis si vous voulez savoir. Voyez par vous-même.
Samedi midi, j’ai coupé des oignons en quantité industrielle, j’ai fait revenir du bœuf dans de l’huile d’olive, j’ai fait sauter des poivrons, j’ai assaisonné mon macaroni et j’ai servi le tout à mes poulettes. J’ai passé une autre heure devant le fourneau en fin d’après-midi. J’ai fait la même chose dimanche. Et la veille itou. Pis probablement que je ferai de même pour encore plusieurs années. Mais je ne porte pas de toque de chef.
Le week-end dernier, j’ai pris la température de Filou aux quatre heures. Je lui ai administré du Tylenol en alternance avec de l’Advil. Je lui ai frotté le dos avec du Vicks. Je lui ai fait prendre du sirop contre la toux. J’ai diagnostiqué un bon rhume. Mais je ne porte pas de sarrau de médecin, ni de chaussures blanches d’infirmière.
Hier, j’ai frotté un chandail taché de jus de raisin. J’ai fait trois brassés de foncé, une de blanc et une de rose. J’ai plié le tout et rangé dans les tiroirs. Mais je ne porte pas de nametag du nettoyeur du coin.
Ce matin, j’ai nourri Lili, la lapine. J’ai aussi changé sa cage, rempli son bol d’eau, offert une bonne carotte. Et je dois voir à couper ses griffes. Mais je ne bosse pas dans une animalerie.
Pendant toute la semaine de relâche, j’ai traîné les filles en ski et au cinéma. Nous avons fait des cupcakes ensemble. Nous avons joué à Mario Galaxy à la Wii. Nous avons glissé et nous avons aussi lu collées dans lit. Croyez-vous que je possède le titre de technicienne en loisirs?
Je vous épargne la fois où j’ai fait une plombière de moi et que j’ai réparé la toilette que Filou avait bouchée. Celle où je suis devenue psychologue quand ma grande s’est chicané avec sa meilleure amie. Ou encore quand je joue la couturière pour faire les costumes de spectacle de fin d’année de mes petites artistes.
Être une maman, c’est avoir une description de tâches tellement longue qu’elle ferait peur à n’importe quel postulant. Si le cours «Comment devenir une bonne mère» s’offrait dans les universités du monde, il ne serait pas surprenant que ses salles de classe soient vides. Et si nous étions payées à notre juste valeur, la crise économique n’aurait jamais eu lieu.
Parce qu’être maman, c’est avant tout une histoire de cœur. C’est de faire confiance à son instinct. Et ça, ça ne s’apprend pas nulle part.

25 février 2009

L’importance d’une simple traversée de rue

Je me suis toujours demandé si ça m’arrivait, comment je réagirais. Qu’est-ce que ça changerait chez moi. De quelle façon je regarderais la vie suite à un événement traumatisant.
Vous n’avez pas idée du nombre de personnes que j’ai interviewées depuis que je bosse ici, qui ont côtoyé la mort de près, et qui m’ont raconté que plus jamais la vie ne serait pareille pour eux. Qu’à partir de cet instant où ils ont pensé qu’ils finiraient dans une boîte de carton dans un gros fourneau, ils ont complètement changé leur manière de boire leur jus d’orange le matin et de laver leurs draps le soir.
Que c’est avec un sourire éternel qu’ils se rendent au boulot chaque jour. Que les mots colère, déception et tristesse sont rayés de leur vocabulaire pour toujours. Que plus jamais il n’y aurait d’agendas débordants, de facteurs stress, de tensions inutiles.
D’autres disent que les fleurs sentent meilleur. Que les pommes sont beaucoup plus savoureuses. Que le son de la rivière qui coule est plus doux.
Certains larguent tout ce qui est ennuyant dans leur quotidien et partent à l’aventure. Il y a ceux qui s’investissent corps et âme dans le bénévolat ou qui amassent des millions pour telle œuvre.
Mais moi, que dirais-je? Que ferais-je? Comment me sentirais-je?
Depuis qu’Ian est mort, depuis que le père de mes poules s’est niché une place au paradis des papas que je cherche. Qu’est-ce que ce décès pouvait bien avoir changé en moi?
La coriandre sent toujours aussi bon. Mes cupcakes au caramel et à la fleur de sel sont aussi délicieux qu’avant. Et la mélodie du Repère tranquille de Vallières me fait toujours autant vibrer.
Je n’ai pas envie de tout abandonner pour me rendre travailler dans un camp de réfugiés au Rwanda. Je suis encore parfois fâchée. Je vis également du stress. Pis je fous toujours trop de rendez-vous à mon agenda.
Il arrive que je me rende au boulot de reculons. Que la neige qui tombe m’énerve. Que ça ne va pas assez vite au resto.
Je ne m’extasie pas devant le spectacle d’une tulipe qui s’ouvre à la vie. Le vent qui souffle dans mes cheveux m’agace plus qu’autre chose. Et les -30 ne me rendent pas particulièrement heureuse.
Ce n’est que ce matin que j’ai trouvé ce que la mort de Ian avait changé. C’est tout simple. Une toute petite chose. C’est arrivé au coin des rues Ball et Alexandre.
Je venais tout juste de déposer mes poulettes à l’école. J’étais assise dans ma voiture et je les regardais traverser la rue pour se rendre dans la cour de récré. Ça m’a frappé à cet instant.
C’est le regard que je pose sur elles qui est différent. Cette façon que j’ai de prendre le temps de les contempler dans une simple traversée de rue entre deux trottoirs. De sourire devant la délicatesse de Maxim qui prend soin d’attendre sa benjamine avant de se rendre de l’autre côté de la rue. De rire de l’impatience de Félixe alors qu’elle tente d’enjamber le banc de neige tout en essayant de ne pas abimer son violoncelle qu’elle tient d’une main et sa boîte à lunch qu’elle a dans l’autre. Mon cœur fond quand je vois ces deux sourires, ces yeux lumineux, ces joues rosies.
Et chaque matin, je regrette que Ian ne soit pas là pour admirer ce spectacle.
Mes yeux ne voient plus mes filles de la même façon maintenant. À présent, je mesure toute la chance que j’ai de pouvoir regarder mes poulettes traverser la rue tout simplement.

23 février 2009

L'art de déculpabiliser une maman en 12 secondes

«Ge, tu fais quoi pour souper ce soir?»
Je me retourne et découvre une Julie, un peu découcou, dans l’embrassure de mon bureau. Il est 16 h 20 et je sens que si je ne lui trouve pas une super idée de souper pour sa fille dans les 12 prochaines secondes, elle démission de sa job de cook familial.
«Euh… Je… Ben…»
Je suis un tantinet gênée. Elle s’attend sûrement que je lui dise que j’ai concocté une toute simple terrine de rougets-foie gras en entrée que je présenterai sur un lit de verdures et que j’arroserai de créma de balsamique de Modène. Pour le repas principal? Pourquoi pas des médaillons de homard à l’huile de truffe servi sur un risotto aux champignons sauvages. Nous terminerons ce bon repas avec un nougat glacé impérial. Évidement, mon amoureux et moi lèverons notre verre à notre santé avec ce petit Bordeaux 1991 qui traîne dans le fond de ma cave à vin alors que mes poulettes feront honneur à un verre de lait de chèvre bio.
Le tout fait maison, bien sûr, avec du canard que j’ai chassé moi-même, du homard breton (sinon ça ne vaut même pas la peine d’en servir!), de la truffe importée d’Europe, des champignons cueillis par mes blanches mains et des pistaches totalement biologiques et, SVP, sans OGM. Ma porcelaine, mes couverts de vermeil et mes coupes en cristal seront bien évidement utilisés.
Tout ça pour un mardi soir ordinaire. Quand il n’y a rien à fêter. À la fin d’une journée de débile-mental où j’ai eu à peine le temps d’avaler un Subway pour le lunch. Quand ma réserve d’énergie est à moins 200. Quand je sais qu’un lave-vaisselle bien plein m’attend, de même que deux heures de devoirs avec les poulettes, que les bacs à récup sont à aller porter au chemin et que notre conseiller hypothécaire s’en vient nous faire signer les papiers d’achat de notre nouvelle maison. La routine, vous savez.
«Euh… Je… Ben…»
Comment lui dire, qu’en réalité, j’hésite entre les macaronis au fromage Michelina’s qui trainent dans mon congélo, les pâtes au pesto de Lipton qui étaient en vente à-quatre-sacs-pour-cinq-dollars-chez-IGA-et-qui-me-donnaient-deux-points-Air-Miles-en-prime ou encore des vulgaires grilled cheese?
Les deux bras lui sont tombés quand je lui ai avoué mon plan de match alimentaire. Ses yeux sont devenus aussi gros que les seins d’une maman en montée de lait. Elle s’est assise sur l’autre chaise du bureau de façon tellement abrupte que je crois qu’elle a cassé le mécanisme qui permet de monter ou de baisser le siège. La désillusion, ça peut fesser fort.
«Julie, tu sais, quand j’étais petite, je mangeais des crêpes une fois par semaine pour souper. Ça arrivait qu’on ait du spaghetti aux tomates trois jours de suite. Des fois, on se faisait même un bol de céréales. En suis-je morte? Ai-je un déficit alimentaire quelconque? Est-ce que mon comportement devant la nourriture est déficient? Non, madame (sauf devant un étalage d’oeufs Cadbury où là je perds complètement la tête)! Je suis parfaitement équilibrée. Faut arrêter de capoter avec toutes ces histoires de saine alimentation qui ne font que nous culpabiliser.»
Je n’avais pas fini ma leçon. «Ta fille, elle a bien mangé ce matin? Ce midi, à la gardo, elle a eu un bon dîner. Pis en plus, il y a les deux collations qu’ils lui ont servies. Tout est une question d’équilibre. Laurie n’aura pas de carence en fer ou ne développera pas une aversion pour le saumon si, pour un soir, tu prends un break du Guide alimentaire canadien. Alors, crois-moi, casse pas ta tête et fais-lui un œuf avec une toast pis commande-toi du St-Hub.»
En 12 secondes, c’était réglé. Dossier suivant, SVP.

13 février 2009

Lettre à Jean Charest

Ce n’est pas simple de vous joindre, monsieur le député. C’est incontestablement difficile.
Mais je ne suis pas stupide. Je sais bien que votre agenda déborde. Que les cases de votre horaire doivent se remplir à la vitesse de l’éclair.
Je comprends aussi qu’il y a des priorités. Que lorsque monsieur Sarkozy téléphone, on se démerde pour faire de la place dans l’horaire. Que lorsque qu’il y a un budget provincial à préparer, on privilégie les tête-à-tête avec notre ministre des Finances. Que lorsqu’une crise économique grave plane sur notre province, vaut mieux utiliser tout son temps pour tenter de trouver des solutions qui éviteront de mettre les Québécois dans le pétrin, financièrement parlant.
Je sais également que vous n’êtes pas seulement député de la circonscription de Sherbrooke, mais aussi le premier ministre du Québec. Votre définition de tâches s’en trouve astronomiquement augmentée.
Je suis consciente que vous devez parfois vous diviser en trois entre Québec, Montréal et Sherbrooke. Qu’il y a les réunions avec le conseil des ministres, les groupes de travail, les commissions parlementaires. Qu’il y a aussi tout ce temps passé à siéger à l’Assemblée nationale. Qu’il y a des tonnes et des tonnes de trucs à lire, de dossiers à comprendre, de données à mémoriser. Et je n’oublie pas les conférences de presse et les entrevues avec les journalistes que vous devez accorder régulièrement.
Je conçois aussi que vous avez besoin de dormir de temps à autres. Que votre estomac demande qu’on pense à lui. Et j’ose imaginer que madame Dionne souhaite voir votre sourire ailleurs que dans les bulletins télévisés.
Je réalise aussi que vous ne pouvez pas recevoir tous ceux qui sollicitent une rencontre. Qu’il faut trier les demandes. Choisir celles qui auront le plus d’impact sur le quotidien du plus grand nombre de Québécois possible. J’imagine qu’on appelle ça «optimiser le rendement».
Je suppose que vous vous fiez aux judicieux conseils de vos adjoints dans le choix de vos entrevues.
Mais il n’en demeure pas moins que je suis déçue que la porte de votre bureau me soit fermée. Que l’on refuse de me donner un tout petit rendez-vous de rien du tout avec mon député. Je ne demande pas la lune. À peine 15 minutes. Un tout petit quart d’heure de rien.
Quand j’étais petite, je trouvais que les citoyens de Saint-Laurent, ceux qui ont élu Robert Bourassa, étaient drôlement chanceux d’avoir le premier ministre comme député de leur circonscription. Quelle fierté devaient-ils ressentir! Aujourd’hui, c’est moi qui vis avec le premier ministre dans ma circonscription. Et j’en suis à me demander si je ne suis pas pénalisée comme citoyenne.
Oh! Je sais que vos adjoints doivent faire un boulot formidable. Qu’à bien des niveaux, ils vous prêtent main-forte. Qu’ils règlent les problèmes d’un nombre incalculable de personnes.
Mais moi, c’est à mon député que je veux parler.
Vous verrez, je suis d’agréable compagnie. J’ai un super sens de l’humour et une bonne tête sur les épaules. Je sais être concise et je déteste m’enfarger dans les fleurs du tapis. J’irai droit au but. Loin de moi l’idée de vous faire perdre votre temps.
Et je suis têtue. Il y a une loi qui m’embête et qu’il faut changer. Je veux donc vous faire part de mon point de vue pour que l’on trouve une solution ensemble. Que l’on change les choses.
Ce dont je veux vous faire part est une injustice qui touche les familles monoparentales, soit une grande part des foyers de votre circonscription (24 %). Ce n’est quand même pas rien.

Mais je saurai attendre mon tour. Comme une gentille citoyenne. Quand vous aurez deux minutes, qu’une case se libèrera à votre agenda, passez-moi un coup de fil au 819 564-5450, poste 313.

11 février 2009

L'aimez-vous encore?

C’est toujours pareil dans les débuts. Tout le temps pareil. Inévitablement pareil.
À tout moment, il nous fait tomber dans la lune. Il nous fait rêvasser. Fantasmer. Nous inventons des scénarios nous mettant tous les deux en scène. Et si je faisais ça, comment réagira-t-il? Et s’il arrivait tel truc, que vais-je faire?
Nous mettons sur pied des techniques d’approche. Nous cherchons la méthode de séduction ultime qui fera flancher l’autre. On s’assure que le mascara est impec, que le pantalon n’a pas un pli, que les boucles d’oreilles matchent avec la chaussure et la sacoche.
Que dire des dodos? Aussi compliqué. Quand Morphée réussit enfin à nous amener chez lui, tous nos rêves y sont consacrés. Puis, il y a ce réveil au beau milieu de la nuit, le cœur battant la chamade, le pyjama tout trempé. En vain, nous tentons de retourner dans notre cycle paradoxal afin d’être en forme demain. Une grande journée nous attend. Le réveil indique 4 h. Puis 5 h 15. Rien à faire, l’excitation est trop forte. Trop puissante pour mettre notre cerveau à off. Le cadran sonne, pour la forme, à 7 h 15.
Nous avons à peine fermé l’œil de la nuit. Pas grave, l’adrénaline prend le dessus sur le manque de sommeil. Nous nous sentons en pleine possession de nos moyens, en pleine forme. Pas besoin de notre Red Bull habituel pour nous mettre en marche.
À ce stade, nous sommes persuadés de faire le bon choix. Que c’est ce qu’il nous faut. Qu’il est bâti pour nous. Qu’il est façonné à notre moule.
Que pour les 20, les 30, voire les 40 prochaines années, nous filerons des jours heureux ensemble.
Nous en sommes convaincus. Persuadés. Assurés.
Le jour du premier rendez-vous, nous passons trois heures la tête dans la garde-robe afin de dénicher LA tenue parfaite. Puis, deux autres heures devant le miroir afin d’être certaine que chaque cheveu est à la bonne place, que chaque petit défaut est camouflé, que nos yeux, si charmeurs, sont mis en évidence.
Pas capable de déjeuner. Pas plus capable d’avaler le lunch. Les papillons dans le bedon prennent trop de place. Nous buvons des litres d’eau tant notre bouche est asséchée par la nervosité. Nos mains dégoulinent.
Les avantages sont là. Ensemble, tous les deux, nous irons loin. Très loin si la vie est bonne.
Chaque matin, nous nous lèverons pour lui. Nous nous dévouerons corps et âme pour lui. Nous ferons de lui notre priorité.
Au fil des semaines, des mois, des années, l’adrénaline baissera d’un cran. Nous retrouverons notre facilité à valser vers un sommeil réparateur. Nos rêves n’y seront plus totalement dédiés. La main moite cédera sa place à une peau craquelée, hiver oblige. Notre pulsation cardiaque reprendra un rythme normal.
Un matin, nous oublierons le gloss. Nos cheveux seront attachés. Le jeans et le t-shirt seront plus souvent au rendez-vous.
Le bol de céréales entrera aisément. Nous ferons des excès au lunch. Le Red Bull retrouvera son droit dans notre régime alimentaire.
Bref, la routine reprendra sa place dans notre vie. Et à ce moment, les questions arriveront par dizaines. «L’aimons-nous encore?» «Voulons-nous continuer ensemble tous les deux?» «Sommes-nous vraiment faits l’un pour l’autre?»
Certains matins, nous voudrons tout abandonner. S’enfuir. Tout laisser en plan. Voir si l’herbe est plus verte chez le voisin.
Nous envions les copines qui vivent de passion. Nous cherchons à raviver la flamme. Peut-être même prendrons-nous un temps pour réfléchir à notre avenir commun?
Persuadés d’avoir fait le bon choix, nous continuons. Nous fonçons en nous rappelant nos années de jeunesse où tout était possible.
Jusqu’au jour où nous encaisserons nos REER. Qu’une demande de rente de retraite en notre nom sera déposée au bureau de la Régie des rentes du Québec. La séparation sera alors inévitable.
Et vous, l’aimez-vous encore votre boulot?