
Vraiment je commence à en avoir ma claque.
Ils me tapent tellement sur le système, vous n’avez pas idée. Dès que j’entends leur voix, je grince des dents, je tape du pied, je soupire.
Si par malheur, je croise leur regard, je lève les yeux au plafond, je bougonne, j’hurle mon indignation.
Je soupire de désolation quand mes collègues de bureau s’émerveillent devant leur dernière prestation. Je me sauve en courant quand je vois apparaître sur mon écran ces personnages aux allures hirsutes.
Je déteste les Têtes à claques. Incontestablement. Hors de tout doute raisonnable.
Je ne trouve pas drôle leurs répliques. Je m’emmerde devant leurs dialogues.
Je sens, par contre, que je suis pas mal toute seule dans ma bande. Suis-je une espèce en voie d’extinction? Peut-être devrait-on m’enfermer dans un zoo où des milliers de Québécois pourraient m’observer!
Au début, j’avoue que j’ai été impressionnée par le phénomène. Parce que l’on doit parler ici de véritable phénomène. À moins qu’un profond coma vous empêche de vous ruer sur Internet pour vivre leurs aventures, vous connaissez les quelques personnages animés qui font mourir de rire des millions de francophones à travers le monde.
J’admets avoir été charmée quand Filou m’a dit : « Je veux des Pop Tarts! » Mais le charme n’a pas opéré longtemps. Rapidement, j’ai flushé l’adresse du site de notre liste de favoris!
La première fois qu’on m’a appelée « Ti-papoutes », j’ai ris. Mais plus maintenant. Trop c’est comme pas assez. À trop embrasser, on mal étreint que l’on dit non?
Mais là, de voir mes collègues de bureau massés devant un ordi, jour après jour, à rigoler devant les nouvelles niaiseries de cette bande d’insignifiants, ça m’énerve. Fini l’époque où l’on perdait notre temps devant la machine à café à potiner sur les dernières conquêtes d’un tel ou l’époque où nous analysions les agissements d’un tel politicien. C’est une époque révolue. Maintenant, on imite le dernier sketch de ces personnages aux dents de cheval et on se bidonne. Quelle avancée sociétale!
Est-ce ça le 21e siècle?
Si ce n’était que les histoires de Raoul ou de Johny Boy diffusées sur le Net, mes nerfs pourraient sûrement le supporter. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Cash oblige.
Car maintenant, les 2,2 millions de Québécois qui suivent les « palpitantes » histoires de l’Oncle Tom chaque mois peuvent dorénavant se rassasier devant leur cellulaire qui diffusent depuis peu leurs capsules.
Ils peuvent les entendre dans les pubs de Bell à la télé à défaut de les voir dans une véritable info-pub où l’on pourrait acheter l’un de ces super Willie Waller 2006. Mince consolation?
Ce n’est pas assez semble-t-il, parce que maintenant on peut boire de la liqueur Têtes à claques. « Moi aussi, moi aussi », j’en veux. Je n’ai pas envie de voir le crème soda à Monique ou l’orangeade à Raoul sur ma table de salle à manger! Pour votre information, on espère vendre 600 000 unités de ces boissons cet été seulement!
Kellogs a même récupéré le succès en organisant un concours où le gagnant sera approvisionné en Pop Tarts pendant un an… Et c’est sans compter le DVD qui sera disponible à mettre sous les sapins à Noël prochain.
Depuis quelques jours, je vois des t-shirts d’un orange douteux illustrés des TAC se promener sur des corps d’enfants, d’ados, mais surtout d’adultes!
Le comble? Ce restaurant de sushis sherbrookois qui imite la voix des TAC dans leur pub radio. « En veux-tu des sushis? » Ridicule!
Ils valent peut-être 12 millions de dollars (selon l’estimation de la société Advisio), mais selon moi si on persiste à nous inonder l’esprit de la présence des TAC, la compagnie aux yeux globuleux ne vaudra plus rien bientôt… Et c’est mes nerfs qui seront ravis.