03 novembre 2009

La roulette russe

Je suis une fan finie de Lance et compte.

Je me rappelle que lorsque j'avais huit ou neuf ans, je collectionnais tout ce que je pouvais trouver où l'on pouvait voir mon beau Marc Gagnon dessus. Je me souviens que je talonnais ma mère pour qu'on aille chez Ultramar où l'on donnait, en échange d'un plein d'essence, des magazines qui mettaient en vedette le #7 du National de Québec.

Je m'imaginais un mariage romantique et plein de fleurs où je lui disais oui pour la vie. Je me voyais avec plein d'enfants sur les genoux, assise au Colisée en train de l'encourager après son truc du chapeau. Je rêvais de me noyer dans la mer bleue de ses yeux.

Toujours est-il que mon amour pour Marc Gagnon, né il y a plus de 20 ans,  fait en sorte que chaque lundi soir, j'arrête de vivre pour regarder ces fameux yeux bleus qui m'ont tant fait rêver plus petite. J'entends déjà l'amoureux chialer : «Mais c'est tellement mal écrit! Les dialogues, c'est n'importe quoi!»

Peut-être, mais je m'en fous carrément. Je m'amuse comme une petite fille de huit ans. Pis lundi soir, en regardant Marc Gagnon faire une injection à Suzie, je me suis rappelée de la machiavélique Valérie Nantel.

Vous savez, celle qui avait causé la perte de Danny Bouchard? Après l'avoir conquis sexuellement, la troublante prof d'université et grande statisticienne l'invite à jouer à un jeu dangereux : la roulette russe.

On prend un fusil. On ne met qu'une seule balle dans le barillet et on le fait tourner. On installe l'arme sur sa tempe et là on appui sur la détente. Une seule petite chance sur six que la balle meurtrière se retrouve dans notre cerveau. Une toute petite chance. Une infime chance. 16,6% des chances en fait.

«Puis, tu verras, tu vivras le trill de ta vie. Tu ne te sentiras jamais autant en vie que lorsque tu auras échappé à cette balle», lui disait-elle.

Danny Bouchard appuie donc sur la détente. Bang. La balle était là. Fini. Plus rien à faire, malgré les regrets. Malgré les remords. Il a joué à la roulette russe. Il a perdu à la roulette russe.

Les statistiques ne sont pas toujours un jeu de hasard comme à la 6/49. Les statistiques ne sont pas toujours que de simples chiffres alignés dans un tableau. Parfois, les statistiques veulent dire quelque chose. Vraiment.

* * *

Un vendredi soir normal comme il y en a 51 autres par année. Où Léo, trois ans, court partout. Où il échappe son verre de lait par terre. Où il rigole avec ses deux grands frères. Où il se fait gronder par sa mère parce qu'il met de l'eau par terre alors qu'il tente d'échapper à de vilains requins dans son bain haut de trois pouces d'eau.

Un simple vendredi soir où les trois frères écoutent les Bagnoles pour la 154e fois cette semaine-là avant d'aller au lit. Où maman Édith s'aperçoit que le front du petit Léo est beaucoup plus chaud que les 37,5 degrés qu'est supposé indiquer un thermomètre. Où le petit bonhomme de trois ans tombe tout à coup très amorphe.

«Viens mon poulet. Maman va te donner du Tempra. Ça ira mieux rapidement.»

Malheureusement, ça n'a pas été le cas. Tout a dégénéré rapidement. Trop rapidement. Moins de trois heures plus tard, le petit Léo ne parvenait plus à respirer normalement. Où était le petit Léo qui courrait à grandes enjambées autour de la table au souper?

Le 911 est composé. L'ambulance est dans la cour. Le petit Léo est intubé. Et tout ce que maman Édith entend, c'est l'ambulancier qui dit au médecin de l'urgence: «Je suis en train de le perdre! Je suis en train de le perdre!»

Le petit Léo n'est pas parti au paradis des enfants. Heureusement. Tout est rentré dans l'ordre.

Il a gagné au jeu de la roulette russe de la H1N1.

Mais comment savoir si nous serons LA personne qui décèdera de cette foutue grippe?

Pas envie de jouer à la roulette russe. Pis surtout pas avec mes filles. Nous serons vaccinées point final.

Je laisse ces jeux aux cinglés à la sauce Valérie Nantel.

 

27 octobre 2009

À chacun nos rituels

Max a skippé l'école aujourd'hui. Elle s'est levé les yeux rougis et gros comme ça. Ma grande a un air de chien battu. Son nez coule pis elle tousse (dans son coude, sa mère lui a appris les règles d'hygiène en période pandémique). «Pis je n'ai pas dormi de la nuit maman.»

Alors, sa vieille mère a appelé à l'école pour excuser son absence (ce n'est pas tout à fait vrai. C'est la secrétaire qui m'a téléphoné pour savoir où Maxim était. Vous me connaissez, j'ai oublié d'appeler l'école.)

Je lui ai sorti la bouteille de Tylenol enfants. Lui ai écrit sur un papier qui est collé sur le frigo les heures où elle doit prendre sa dose. Lui ai sorti une soupe maïs-épinard du congélo pour son diner. «Tu n'auras qu'à la mettre au micro-ondes deux ou trois minutes. Ça va te faire du bien, tu verras.».

L'ai aussi rappelé qu'elle devait boire beaucoup d'eau et faire un dodo d'après-midi. «Maman aura son cellulaire sur elle toute la journée. N'hésite pas à me téléphoner s'il y a quelque chose. Repose-toi bien ma puce», lui ai-je dit en le faisant le plus beau câlin du monde avant de quitter pour le boulot.

Même si dans les apparences, ma poulette semble combattre un vilain virus, je sais bien que ni rhume, ni infection. ni H1N1 ne tentent de mettre son système immunitaire à terre.

Ma puce combat tout autre chose. Un truc qu'aucun vaccin, qu'aucun remède ou formule magique ne peut enrayer.

Maxim a de la peine. Elle est triste. Elle réalise que la vie est éphémère. Trop courte.

Aujourd'hui, à sa manière, elle célèbre le premier anniversaire du décès de son père. Elle revit heure après heure, cette journée folle du 28 octobre 2008 qui lui a enlevé trop rapidement son papa.

Je me doutais bien qu'elle trouverait n'importe quoi pour ne pas aller à l'école. Ça fait longtemps qu'elle a cette idée de prendre congé de français et de maths pour commémorer ce premier calendrier passé sans l'homme le plus important de sa vie.

Au départ, je désapprouvais l'idée. Je voyais là seulement un stratagème pour rater l'école et peut-être échapper à l'exam d'anglais prévu ce jour-là. «Pas question Max! Je sais que c'est très triste, mais tu dois aller à l'école. C'est ton boulot comme le mien est d'écrire dans le journal. Papa n'aimerait pas savoir que tu utilises sa mort pour te sauver de la géométrie pis des dictées», lui ai-je dit sur un ton sans appel.

Les jours ont passé. Puis les semaines. Je réfléchissais à une façon de vivre ce premier 28 octobre sans Ian dans nos vies. Je ne trouvais rien. Rien. Rien.

Cette réflexion sans réponse m'a amené sur la place que l'on donne aux rituels dans notre vie très années 2000. Me suis rendue compte que nous en avions plus. Plus de messes le dimanche matin. Plus de baptêmes. Plus de mariages. Plus de funérailles. Plus de messes anniversaires. On ne célèbre plus l'arrivée des nouveau-nés dans ce monde. On ne célèbre plus le départ des plus vieux vers un autre monde. Rien. Rien. Rien.

Et c'est là, devant ma grande au cœur brisé que j'ai compris à quoi servent tous ces rituels qui m'ont paru maintes fois inutiles, inopportuns et emmerdants. C'est une façon de s'enraciner dans notre vie qui va toujours trop vite. De marquer le temps. De prendre le temps de réfléchir à la vie. À cette vie qui vient et qui part.

Alors, si pour Maxim, de prendre le temps de penser à son père, de pleurer sa perte, de faire le point sur sa vie sans lui, c'est de skipper une journée d'école, ben ce sera ça.

À chacun nos rituels.

22 octobre 2009

En quête de silence

Chut… chut…

Entendez-vous?

Entendez-vous ce silence?

Ce silence si souvent absent du tumulte quotidien. Ce silence trop souvent manquant à nos oreilles, à notre cerveau tellement sollicité. Ce silence tellement souhaité et si peu accessible. Pas de ronronnement de lave-vaisselle. Pas de tic tac d'horloge. Pas de sifflement d'échangeur d'air. Pas de Joël Le Bigot qui se chamaille avec Francine Grimaldi à la Première chaîne.

Pas de moteur de piscine qui gronde. Pas de congélo qui repart. Pas de téléphone qui sonne. Pas d'aspirants conseillers municipaux qui cognent à la porte. Pas de micro-ondes qui dégèle le poulet du souper.

Et surtout, pas de petites filles qui se chicanent un poste de télé. Pas de poulettes qui jacassent au téléphone. De puces qui hurlent à leur mère: «As-tu vu mes jeans mauuuuuuves?» Pasd'amoureux qui demande: «Chérie, qu'est-ce qu'on mange pour souper?» Personne au bout du fil qui me questionne: «Madame, est-ce qu'un tel peut compter sur votre appui le 1er novembre prochain?»

Rien de tout ça. Le silence. Rien d'autre.

La paix. La grosse paix sale.

Le rêve de toute mère débordée. Un souhait tout simple qui n'arrive que très peu souvent.

Et bien moi, pas pour me vanter, mais j'ai eu droit à toute une journée complète de silence samedi.

Oui, oui, toute la journée!

Et c'est sans remord aucun que j'ai mis la marmaille dehorsau petit matin. «Allez ouste! Amusez-vous bien avec Amélie! Ne m'appelez pas et revenez tard!»

J'ai fait la même chose avec l'amoureux. «Vite chéri, ton père t'attend. Prend ton temps là-bas; c'est tellement rare que vous pouvez passer du temps ensemble entre gars. Oui, oui, ça va aller. Je vais m'occuper. Oui, oui, s'il y a quelque chose je t'appelle. Don't call us, will you. Salue ton père pour moi. Oui, je suis certaine de ne pas vouloir venir.»

J'ai ensuite arraché le fil du téléphone de la prise. Mis le cellulaire hors d'usage. Fermé la télé. Positionné tous les fusibles de la boîte électrique à off.

Me suis assis sur le divan du salon et j'ai écouté.

En fait, je n'ai rien écouté, puisqu'il n'y avait rien à entendre.

Mais j'ai savouré ce moment. Un temps si rare quand on doit conjuguer son présent entre pratiques de piano, souper qui brûle (un détecteur de fumée, ça détruit un silence solide!), Une grenade avec ça? à la télé qui joue en arrière-plan mais que personne ne regarde, les Black Eyes Peas de Maxim que j'entends du sous-sol, Filou qui répète un quelconque solo de danse au deuxième et qui met à l'épreuve la solidité du plancher.

Rares moments. Pour ne pas dire inexistants.

Me voici donc au milieu d'une petite pause d'un brouhaha quotidien pour mes oreilles.

Bon, c'est bien beau à écrire dans un journal que j'ai savouré avec délice ces minutes de silence complet dans la maison, mais un moment donné, une fille se tanne. J'attrape l'ordi, l'ouvre et vois en fond d'écran une photo mes poulettes. Elles ont les yeux rieurs, les joues rouges, l'air taquin. Souvenir d'une sortie à la cabane à sucre de Lolo le printemps dernier.

Ça me donne envie de regarder les autres photos de cette journée sucrée. Je vois l'amoureux avec Filou sur les épaules et Max qui se cache de moi derrière lui. Leurs rires me reviennent en tête. Soudainement, cruellement,tout ce beau monde me manque.

C'est plate en sale une maison vide. Une maison trop silencieuse.

Une maison sans vie.



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13 octobre 2009

Un teint de pinte de lait, et puis?

Vous n'auriez pas voulu me croiser il y a onze ans jour pour jour. Je faisais tellement peur à voir. J'avais le teint d'une pinte de lait de soya. J'avais les yeux cernés jusqu'au menton. Pis un caractère de chien. Résultat de la nuit de merde que je venais de vivre.

Pourtant, selon bien des bouquins, des magazines spécialisés, de ma mère, de ma grand-mère, des mes amies qui étaient déjà passées par là, j'étais supposée vivre les plus beaux moments de ma vie. Être en totale symbiose avec celle qui avait passé les derniers 24 heures pendue à l'un ou l'autre de mes seins.

Mais il en n'était rien.

Poussée de croissance, vous connaissez?

Toutes les mamans qui ont allaité sont passées par là. À trois jours, trois semaines, trois mois le bébé grandit et demande donc plus à boire à sa productrice #1 de lait. Plus bébé tète, plus il y a de lait.

Toujours est-il que la poussée de croissance de trois mois de Maxim a été particulièrement pénible, pour ne pas dire complètement débile. Faut dire que j'avais un examen de grammaire normative à préparer pis deux ou trois travaux à terminer au travers. Faut dire qu'il n'y avait plus une seule paire de bobettes dans le tiroir, plus de fromage orange Kraft dans le frigo pour me mitonner un petit grilled-cheese et c'était impossible que je passe une journée de plus sans aller sous la douche (une fille se tanne de sentir le lait suri). Bref, je n'en avais pas juste plein la brassière, mais plein les bras.

Ma famille, mes copines, mes collègues de travail ne comprenaient pas mon obstination. Pourquoi se donner tout ce mal alors que le Wal Mart se fend le derrière pour vendre du lait en canne, me demandaient-elles?

C'était il y a à peine une décennie et à cette époque, allaiter tout court relevait de l'exploit. Imaginez leur face quand elles apprenaient que je donnais encore le sein à ma poulette à trois mois… J'étais perçue comme une véritable sainte.

Bon, faut dire que j'ai pu en traumatiser quelques-uns dans les toilettes de l'Université avec mon tire-lait. Quel don de soi! Quelle bonté! Quelle mère extraordinaire, me disait-on!

Mais je ne leur ai jamais dit que moi, j'allaitais parce que j'étais lâche. Une véritable loque humaine la nuit. Que je suis incapable d'entendre un bébé pleurer plus de six secondes. Alors, l'allaitement a été pour moi une question de survie. Je ne serais probablement pas passée au travers de la première année de vie de Maxim si je n'avais pas eu son snack de prêt à toute heure du jour sous mon t-shirt.

Quand Filou est née, ça été tout le contraire. J'aurais pu nourrir tous les enfants du tiers-monde qu'avec ma production de lait. Je me promenais avec deux ballons de football sous le menton en permanence. La nuit, je baignais dans une véritable marre de lait. C'est Cléopâtre qui aurait été jalouse.

Je produisais tellement que lorsque j'ai arrêté de nourrir loulou, elle a bu mon lait pendant des semaines. Il y avait tellement de petits Ziploc de lait dans le congélo que la porte ne fermait plus. Je suis certaine que j'aurais pu battre un record Guiness quelconque qu'avec cette production phénoménale de lait.

Et chaque fois que je déversais le trop plein dans l'évier, le cœur me serrait. J'avais l'impression de jeter une fortune à la toilette. Me disait que ce serait génial que je puisse faire don de cet or blanc à une famille qui en aurait besoin.

On donne du sang, des reins, des poumons, de la cornée, pourquoi pas du lait? À quand les lactariums au Québec?

L'actrice américaine Salma Hayek n'a pas attendu avant d'agir. Voyez par vous-même : http://bit.ly/L6kjN Qu'en pensez-vous?



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08 octobre 2009

Je suis une bonne mère

Je ne suis pas une mère parfaite, mais je suis une bonne mère. Je commets des erreurs d'éducation, c'est sûr, mais dans l'ensemble, je suis une bonne mère. Je me trompe, je pète les plombs, je regrette, je me questionne, je suis insécure, je crie, je doute, je me remets en question, mais je suis une bonne mère.

Et vous, croyez-vous être une bonne mère? Je suis sûr que oui, même si c'est la mode de se flageller. De hurler au monde entier que nous sommes des mères indignes de porter ce nom. Les Zimparfaites ont la cote. Et c'est toute une galère que de cogner aux portes de la maternité. C'est cool de valoriser le côté sombre de la force maternelle.

Facile de dire que nous sommes poches parce qu'on a envoyé le restant du spaghetti de la veille à notre grande qui partait en expédition au mont Mégantic (vous savez, rares sont les micro-ondes qui se cachent dans les sentiers pédestres…).

Facile de se taper sur la tête parce qu'on a crié sans raison sur la plus jeune qui refusait d'aller faire de belles et grosses bu-bulles dans le bain (vous savez, c'est sûrement prouvé scientifiquement que les enfants, ça écoute mieux quand on hurle…).

Facile de se décevoir quand on ne correspond pas à l'idéal du parent parfait que l'on cherche tant à être (qui peut prétendre être un foutu parent parfait quand on a passé la nuit à combattre des méchants monstres venus troubler le sommeil de notre rejeton?).

Facile de se dénigrer parce que l'on trouve emmerdant de jouer à quatre pattes par terre avec la petite ferme Fisher Price (qui s'amuse réellement à tirer une botte de foin par un petit cheval en plastique?).

Facile de culpabiliser parce que l'on compte les minutes avant que nos sauterelles soient au lit question d'écouter Lance et compte en paix et sans entendre d'interminables jérémiades.

Et si on renversait la vapeur?

Si on mettait à l'avant-plan nos qualités plutôt que nos travers? Si on applaudissait nos copines qui prennent le temps de faire de jolis bentos à leurs chouchous? Si on donnait une tape dans le dos à nos amies qui prennent le temps de faire les devoirs avec leurs bambinos? Si on saluait avec chaleur ces mères qui ont encouragent leur futur Guy Lafleur dans les arénas le samedi matin?

Je ne suis pas parfaite, mais je suis une bonne mère parce que mes bras sont toujours disponibles pour un câlin. Parce que mon oreille est toujours ouverte pour écouter une histoire de chicane entre Maxim et Laura. Parce que je mets toujours beaucoup d'amour dans mon pâté chinois.

Je ne suis pas parfaite, mais je suis une bonne mère parce que je réfléchis à la pertinence de donner le vaccin contre la A H1N1 à mes filles. Je suis une bonne mère parce que je suis toujours présente aux réunions de parents à l'école. Je suis une bonne mère parce que je pense (presque) toujours à mettre des bottes à mes poulettes quand il y a de la neige dehors.

Je ne suis pas parfaite, mais je suis une bonne mère parce que je me lève la nuit pour consoler Filou qui lutte contre les méchants monstres (même si je bougonne parfois). Je suis une bonne mère parce que mes filles ont toujours des bobettes propres dans leurs tiroirs. Je suis une bonne mère parce que je leur donne un coup de pied au derrière parfois pour qu'elles jouent dehors.

Je suis une bonne mère, point.

Allez, répétez vous aussi après moi: «Je suis une bonne mère.»

Et vous, pourquoi êtes-vous une bonne mère? Je veux le savoir. Écrivez-moi : genevieve.proulx@lanouvelle.ca
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Un blogue qui boggue

Blogger bogue on dirait.
Je ne suis pas capable de copier-coller ma chronique.
Snif.

29 septembre 2009

Deux personnes, deux marathons

Les deux événements se sont produits dans la même
semaine. Une le lundi. L’autre le samedi.
Pour un, c’est le dernier. Pour l’autre, le premier.
Deux événements. Un malheureux. L’autre heureux.
Deux événements. Un hyper souffrant. L’autre hyper grisant.
Deux événements. Un porteur de tristesse. L’autre d’espoir.
Deux événements. Un trop près de la mort. L’autre plein de vie.
Lundi 14 h. Je suis dans une chambre d’hôpital. Non pas aveuglée par ses murs trop blancs, mais par les traits fatigués de mon collègue Robert.
Samedi 5 h15. Je suis à la pointe Merry. Non pas endormie par la grande noirceur de la nuit, mais par les trop-d’heuresde-sommeil-qui-me-manque.
Je regarde mon collègue dormir et je réfléchis. Je tente de me rappeler mon plus lointain souvenir le concernant. Je le revois grimpé sur un escabeau en talons hauts alors qu’il faisait
la météo à Café Show et je rigole. 25 ans ont filé depuis.
Je regarde mes coéquipiers de course arriver et je me plonge dans mes pensées. Je repense à toutes ces fois où ma mère venait me réveiller à 5 h du mat pour aller faire des arabesques et des saltos arrière sur la patinoire de l’aréna de Lennoxville et je souris. 25 ans ont filé depuis.
J’imagine la souffrance intérieure qui ronge celui qui a fait rigoler des générations de Sherbrookois. J’ai le coeur qui me serre.
Après 20 km de course, la souffrance se fait sentir dans mes mollets. Dans mes tibias. Dans mes cuisses. Mais, j’ai le coeur qui exalte.
Le temps est long. Mais d’autres fois, il est trop court.
Il était long longtemps le temps dans cette portion de parcours de 11 km que je devais faire et qui était remplie de côtes qui n’en finissaient plus de finir. Je ne voulais plus en faire des foulées pour atteindre ce relais. Je voulais arrêter de souffrir.
Mais je sais que pour Robert, le temps est trop court. Ce temps qui le sépare de la mort imminente. Cette mort annoncée par son médecin la semaine dernière. Je sais qu’il veut encore en faire des foulées. Je sais qu’il veut souffrir encore.
Pour vivre.
Deux événements aux antipodes. Qui bousculent. Qui troublent. Qui font réfléchir. Mais qui, étrangement, sont tout près l’un de l’autre.
Robert, dans son marathon contre ce nouveau cancer, dans ce marathon de fin de vie. Moi, dans mon marathon autour du lac Memphrémagog, dans un marathon vers une forme physique qui me gardera en santé, en vie.
Lui, qui court après le temps. Lui, qui veut profiter de tous ces petits moments pour être près des siens. Moi, qui cours pour avoir plus de temps. Être longtemps, longtemps parmi les miens.
Deux moments. Deux étapes importantes. Les deux dans la même semaine.
Robert qui passera un anneau dans l’annuaire gauche de sa douce. Qui est arrivé premier au fil d’arrivée dans le coeur de Dorothy mercredi. Moi, qui ai réussi tout un défi tant mental que
physique, même si je n’ai pas brisé de record olympique.
Et chaque fois que j’emprunterai une route pour courir, j’aurais une pensée pour toi. Pour ces deux marathons que nous avons courus côte à côte.
Bonne route, Robert!

23 septembre 2009

Je refuse d'emboîter le pas

Quand on m’a dit que c’était mieux pour ma grenouille de la faire dormir sur le côté, j’ai écouté les yeux fermés les disciples de cette nouvelle mode. Parce que oui, il y a une mode dans la façon de faire dormir les bébés. J’ai dormi sur le ventre alors que Maxim devait dormir sur le dos. Et puis quand Filou est arrivée, j’ai appris qu’il fallait aller chez Morphée sur le côté.
Quand on a installé des distributeurs de gel désinfectant pour les mains dans tous les recoins du bureau, j’ai embarqué dans le mouvement de ceux qui passent leur temps à se frotter les mains pour tuer germes et bactéries.
Quand le rose et le brun chocolat sont revenus à la mode, j’étais contente. Même si, quand je courais dans la cour d’école, j’avais en horreur ces deux couleurs -j’aurais renié ma mère si elle avait osé m’acheter un corduroy brun!- c’est avec joie qu’aujourd’hui toutes les garde-robes de la maison contiennent de nombreux morceaux de ces deux couleurs.
Un moment donné, tout le monde prenait de l’échinacée pour prévenir rhumes et infections banales hivernales. J’ai suivi la parade et chaque matin, dans la famille Proulx, personne ne passait le pas de la porte sans avoir eu sa dose.
J’ai suivi la mode des Daoust 301, des joggings Converse, des t-shirts Vuarnet, du toupet crêpé, des cheveux gaufrés, des souliers chinois, de Dynastie, de Cindy Lauper pis de toutes les niaiseries de la fin des années 80.
J’ai suivi les tendances très 90 des Doctor Martens, des New Kids on the Block, de Chambres en ville, des walkmans Sony jaunes.
J’étais de celles qui ont trippé grave quand les appareils-photos numériques sont apparus sur le marché. J’ai fait du scrapbooking plus que quiconque. J’adorais mes pantalons d’entraînement Adidas noir qui avaient de grandes bandes blanches sur les côtés. Et mes mèches rouges et blondes faisaient fureur.
Mais là, je refuse d’embarquer dans cette mode à la noix. Il y a toujours ben des limites à embarquer dans un mouvement.
Les lunchs Bento, vous connaissez? Un Bento, c’est une petite boîte à lunch arrivée tout droit du Japon. Et la tradition familiale du pays du Soleil levant veut que la mère prépare avec soin pour son époux et ses enfants le Bento de midi. Le repas est présenté dans une boîte pas très profonde, de taille et forme variables, avec ou sans séparations et d’un ou plusieurs étages.
Comme les Japonais mangent avec des baguettes, tout est présenté en fonction, viande déjà tranchée, légumes taillés pour faire une seule bouchée, etc. Du coup, la nourriture loge de façon compacte dans des boîtes qui nous semblent au début souvent très petites.Le Bento est toujours présenté de façon appétissante.
Et puis, pas de danger que les Japonaises fassent ça simple. Nenon. Une grande attention est donnée à la disposition des aliments, pouvant aller jusqu’à un raffinement extrême, le plaisir des yeux se rajoute donc au plaisir gustatif. Ainsi, on coupe les sandwichs en forme de fleur. On façonne les boulettes de riz en forme d’étoile. On assemble les crudités sur de jolis bâtonnets. Et on dispose le tout dans le Bento pour que ça fasse joli.
Croyez-moi, les résultats peuvent être incroyables. Tapez «Bento» sur Google et vous verrez des lapins, des vaches, des Charlie Chaplin (je vous jure!), des tulipes, des poussins qui picorent, et quoi encore.
Même si cette mode tend à faire son apparition par chez nous, je refuse de m’astreindre à fabriquer des petits soleils avec les radis ou de réaliser de petits poussins avec les œufs à la coq chaque matin pour les lunchs de mes deux héritières. Y’a toujours ben des limites!