12 mars 2009

Où se donne la formation des mamans?

Tiré de mon relevé de notes émis par l’Université de Sherbrooke quelque part en 2001: baccalauréat en histoire incluant une mineure en lettres et langue française. Crédits obtenus: 90.
Tiré de mon talon de paye émis par mon employeur mercredi dernier: rédactrice en chef adjointe. Heures travaillées: 32,5.
Tiré de mon permis de conduire émis par la Société de l’assurance automobile du Québec au printemps 1992: «Classe: véhicule de moins de 4500 kg et habitation motorisée».
Tiré de mon évaluation de cours de ski émis par un moniteur du mont Bellevue en 1987: Niveau obtenu: «Parallèle 2».
Tiré de mon résultat d’examen de violon émis par l’École de musique Vincent-D’Indy en 1985: Certificat obtenu: «Élémentaire II avec mention Distinction (70 %)».
Tiré de mon carnet de santé émis le 18 avril 1976: score d’Apgar à la naissance 8/ 10.
En regard de tous ces papiers qui traînent dans une vieille filière en carton dans le fond de mon garde-robe, nous pouvons déduire que je suis une historienne-journaliste-conductrice-de-voiture-bonne-skieuse-mauvaise-violonniste et que je respirais relativement bien à ma naissance.
Mais je ne trouve rien qui certifie que je suis une bonne maman. Rien. Niet. Nada. Pourtant, je le suis si vous voulez savoir. Voyez par vous-même.
Samedi midi, j’ai coupé des oignons en quantité industrielle, j’ai fait revenir du bœuf dans de l’huile d’olive, j’ai fait sauter des poivrons, j’ai assaisonné mon macaroni et j’ai servi le tout à mes poulettes. J’ai passé une autre heure devant le fourneau en fin d’après-midi. J’ai fait la même chose dimanche. Et la veille itou. Pis probablement que je ferai de même pour encore plusieurs années. Mais je ne porte pas de toque de chef.
Le week-end dernier, j’ai pris la température de Filou aux quatre heures. Je lui ai administré du Tylenol en alternance avec de l’Advil. Je lui ai frotté le dos avec du Vicks. Je lui ai fait prendre du sirop contre la toux. J’ai diagnostiqué un bon rhume. Mais je ne porte pas de sarrau de médecin, ni de chaussures blanches d’infirmière.
Hier, j’ai frotté un chandail taché de jus de raisin. J’ai fait trois brassés de foncé, une de blanc et une de rose. J’ai plié le tout et rangé dans les tiroirs. Mais je ne porte pas de nametag du nettoyeur du coin.
Ce matin, j’ai nourri Lili, la lapine. J’ai aussi changé sa cage, rempli son bol d’eau, offert une bonne carotte. Et je dois voir à couper ses griffes. Mais je ne bosse pas dans une animalerie.
Pendant toute la semaine de relâche, j’ai traîné les filles en ski et au cinéma. Nous avons fait des cupcakes ensemble. Nous avons joué à Mario Galaxy à la Wii. Nous avons glissé et nous avons aussi lu collées dans lit. Croyez-vous que je possède le titre de technicienne en loisirs?
Je vous épargne la fois où j’ai fait une plombière de moi et que j’ai réparé la toilette que Filou avait bouchée. Celle où je suis devenue psychologue quand ma grande s’est chicané avec sa meilleure amie. Ou encore quand je joue la couturière pour faire les costumes de spectacle de fin d’année de mes petites artistes.
Être une maman, c’est avoir une description de tâches tellement longue qu’elle ferait peur à n’importe quel postulant. Si le cours «Comment devenir une bonne mère» s’offrait dans les universités du monde, il ne serait pas surprenant que ses salles de classe soient vides. Et si nous étions payées à notre juste valeur, la crise économique n’aurait jamais eu lieu.
Parce qu’être maman, c’est avant tout une histoire de cœur. C’est de faire confiance à son instinct. Et ça, ça ne s’apprend pas nulle part.

25 février 2009

L’importance d’une simple traversée de rue

Je me suis toujours demandé si ça m’arrivait, comment je réagirais. Qu’est-ce que ça changerait chez moi. De quelle façon je regarderais la vie suite à un événement traumatisant.
Vous n’avez pas idée du nombre de personnes que j’ai interviewées depuis que je bosse ici, qui ont côtoyé la mort de près, et qui m’ont raconté que plus jamais la vie ne serait pareille pour eux. Qu’à partir de cet instant où ils ont pensé qu’ils finiraient dans une boîte de carton dans un gros fourneau, ils ont complètement changé leur manière de boire leur jus d’orange le matin et de laver leurs draps le soir.
Que c’est avec un sourire éternel qu’ils se rendent au boulot chaque jour. Que les mots colère, déception et tristesse sont rayés de leur vocabulaire pour toujours. Que plus jamais il n’y aurait d’agendas débordants, de facteurs stress, de tensions inutiles.
D’autres disent que les fleurs sentent meilleur. Que les pommes sont beaucoup plus savoureuses. Que le son de la rivière qui coule est plus doux.
Certains larguent tout ce qui est ennuyant dans leur quotidien et partent à l’aventure. Il y a ceux qui s’investissent corps et âme dans le bénévolat ou qui amassent des millions pour telle œuvre.
Mais moi, que dirais-je? Que ferais-je? Comment me sentirais-je?
Depuis qu’Ian est mort, depuis que le père de mes poules s’est niché une place au paradis des papas que je cherche. Qu’est-ce que ce décès pouvait bien avoir changé en moi?
La coriandre sent toujours aussi bon. Mes cupcakes au caramel et à la fleur de sel sont aussi délicieux qu’avant. Et la mélodie du Repère tranquille de Vallières me fait toujours autant vibrer.
Je n’ai pas envie de tout abandonner pour me rendre travailler dans un camp de réfugiés au Rwanda. Je suis encore parfois fâchée. Je vis également du stress. Pis je fous toujours trop de rendez-vous à mon agenda.
Il arrive que je me rende au boulot de reculons. Que la neige qui tombe m’énerve. Que ça ne va pas assez vite au resto.
Je ne m’extasie pas devant le spectacle d’une tulipe qui s’ouvre à la vie. Le vent qui souffle dans mes cheveux m’agace plus qu’autre chose. Et les -30 ne me rendent pas particulièrement heureuse.
Ce n’est que ce matin que j’ai trouvé ce que la mort de Ian avait changé. C’est tout simple. Une toute petite chose. C’est arrivé au coin des rues Ball et Alexandre.
Je venais tout juste de déposer mes poulettes à l’école. J’étais assise dans ma voiture et je les regardais traverser la rue pour se rendre dans la cour de récré. Ça m’a frappé à cet instant.
C’est le regard que je pose sur elles qui est différent. Cette façon que j’ai de prendre le temps de les contempler dans une simple traversée de rue entre deux trottoirs. De sourire devant la délicatesse de Maxim qui prend soin d’attendre sa benjamine avant de se rendre de l’autre côté de la rue. De rire de l’impatience de Félixe alors qu’elle tente d’enjamber le banc de neige tout en essayant de ne pas abimer son violoncelle qu’elle tient d’une main et sa boîte à lunch qu’elle a dans l’autre. Mon cœur fond quand je vois ces deux sourires, ces yeux lumineux, ces joues rosies.
Et chaque matin, je regrette que Ian ne soit pas là pour admirer ce spectacle.
Mes yeux ne voient plus mes filles de la même façon maintenant. À présent, je mesure toute la chance que j’ai de pouvoir regarder mes poulettes traverser la rue tout simplement.

23 février 2009

L'art de déculpabiliser une maman en 12 secondes

«Ge, tu fais quoi pour souper ce soir?»
Je me retourne et découvre une Julie, un peu découcou, dans l’embrassure de mon bureau. Il est 16 h 20 et je sens que si je ne lui trouve pas une super idée de souper pour sa fille dans les 12 prochaines secondes, elle démission de sa job de cook familial.
«Euh… Je… Ben…»
Je suis un tantinet gênée. Elle s’attend sûrement que je lui dise que j’ai concocté une toute simple terrine de rougets-foie gras en entrée que je présenterai sur un lit de verdures et que j’arroserai de créma de balsamique de Modène. Pour le repas principal? Pourquoi pas des médaillons de homard à l’huile de truffe servi sur un risotto aux champignons sauvages. Nous terminerons ce bon repas avec un nougat glacé impérial. Évidement, mon amoureux et moi lèverons notre verre à notre santé avec ce petit Bordeaux 1991 qui traîne dans le fond de ma cave à vin alors que mes poulettes feront honneur à un verre de lait de chèvre bio.
Le tout fait maison, bien sûr, avec du canard que j’ai chassé moi-même, du homard breton (sinon ça ne vaut même pas la peine d’en servir!), de la truffe importée d’Europe, des champignons cueillis par mes blanches mains et des pistaches totalement biologiques et, SVP, sans OGM. Ma porcelaine, mes couverts de vermeil et mes coupes en cristal seront bien évidement utilisés.
Tout ça pour un mardi soir ordinaire. Quand il n’y a rien à fêter. À la fin d’une journée de débile-mental où j’ai eu à peine le temps d’avaler un Subway pour le lunch. Quand ma réserve d’énergie est à moins 200. Quand je sais qu’un lave-vaisselle bien plein m’attend, de même que deux heures de devoirs avec les poulettes, que les bacs à récup sont à aller porter au chemin et que notre conseiller hypothécaire s’en vient nous faire signer les papiers d’achat de notre nouvelle maison. La routine, vous savez.
«Euh… Je… Ben…»
Comment lui dire, qu’en réalité, j’hésite entre les macaronis au fromage Michelina’s qui trainent dans mon congélo, les pâtes au pesto de Lipton qui étaient en vente à-quatre-sacs-pour-cinq-dollars-chez-IGA-et-qui-me-donnaient-deux-points-Air-Miles-en-prime ou encore des vulgaires grilled cheese?
Les deux bras lui sont tombés quand je lui ai avoué mon plan de match alimentaire. Ses yeux sont devenus aussi gros que les seins d’une maman en montée de lait. Elle s’est assise sur l’autre chaise du bureau de façon tellement abrupte que je crois qu’elle a cassé le mécanisme qui permet de monter ou de baisser le siège. La désillusion, ça peut fesser fort.
«Julie, tu sais, quand j’étais petite, je mangeais des crêpes une fois par semaine pour souper. Ça arrivait qu’on ait du spaghetti aux tomates trois jours de suite. Des fois, on se faisait même un bol de céréales. En suis-je morte? Ai-je un déficit alimentaire quelconque? Est-ce que mon comportement devant la nourriture est déficient? Non, madame (sauf devant un étalage d’oeufs Cadbury où là je perds complètement la tête)! Je suis parfaitement équilibrée. Faut arrêter de capoter avec toutes ces histoires de saine alimentation qui ne font que nous culpabiliser.»
Je n’avais pas fini ma leçon. «Ta fille, elle a bien mangé ce matin? Ce midi, à la gardo, elle a eu un bon dîner. Pis en plus, il y a les deux collations qu’ils lui ont servies. Tout est une question d’équilibre. Laurie n’aura pas de carence en fer ou ne développera pas une aversion pour le saumon si, pour un soir, tu prends un break du Guide alimentaire canadien. Alors, crois-moi, casse pas ta tête et fais-lui un œuf avec une toast pis commande-toi du St-Hub.»
En 12 secondes, c’était réglé. Dossier suivant, SVP.

13 février 2009

Lettre à Jean Charest

Ce n’est pas simple de vous joindre, monsieur le député. C’est incontestablement difficile.
Mais je ne suis pas stupide. Je sais bien que votre agenda déborde. Que les cases de votre horaire doivent se remplir à la vitesse de l’éclair.
Je comprends aussi qu’il y a des priorités. Que lorsque monsieur Sarkozy téléphone, on se démerde pour faire de la place dans l’horaire. Que lorsque qu’il y a un budget provincial à préparer, on privilégie les tête-à-tête avec notre ministre des Finances. Que lorsqu’une crise économique grave plane sur notre province, vaut mieux utiliser tout son temps pour tenter de trouver des solutions qui éviteront de mettre les Québécois dans le pétrin, financièrement parlant.
Je sais également que vous n’êtes pas seulement député de la circonscription de Sherbrooke, mais aussi le premier ministre du Québec. Votre définition de tâches s’en trouve astronomiquement augmentée.
Je suis consciente que vous devez parfois vous diviser en trois entre Québec, Montréal et Sherbrooke. Qu’il y a les réunions avec le conseil des ministres, les groupes de travail, les commissions parlementaires. Qu’il y a aussi tout ce temps passé à siéger à l’Assemblée nationale. Qu’il y a des tonnes et des tonnes de trucs à lire, de dossiers à comprendre, de données à mémoriser. Et je n’oublie pas les conférences de presse et les entrevues avec les journalistes que vous devez accorder régulièrement.
Je conçois aussi que vous avez besoin de dormir de temps à autres. Que votre estomac demande qu’on pense à lui. Et j’ose imaginer que madame Dionne souhaite voir votre sourire ailleurs que dans les bulletins télévisés.
Je réalise aussi que vous ne pouvez pas recevoir tous ceux qui sollicitent une rencontre. Qu’il faut trier les demandes. Choisir celles qui auront le plus d’impact sur le quotidien du plus grand nombre de Québécois possible. J’imagine qu’on appelle ça «optimiser le rendement».
Je suppose que vous vous fiez aux judicieux conseils de vos adjoints dans le choix de vos entrevues.
Mais il n’en demeure pas moins que je suis déçue que la porte de votre bureau me soit fermée. Que l’on refuse de me donner un tout petit rendez-vous de rien du tout avec mon député. Je ne demande pas la lune. À peine 15 minutes. Un tout petit quart d’heure de rien.
Quand j’étais petite, je trouvais que les citoyens de Saint-Laurent, ceux qui ont élu Robert Bourassa, étaient drôlement chanceux d’avoir le premier ministre comme député de leur circonscription. Quelle fierté devaient-ils ressentir! Aujourd’hui, c’est moi qui vis avec le premier ministre dans ma circonscription. Et j’en suis à me demander si je ne suis pas pénalisée comme citoyenne.
Oh! Je sais que vos adjoints doivent faire un boulot formidable. Qu’à bien des niveaux, ils vous prêtent main-forte. Qu’ils règlent les problèmes d’un nombre incalculable de personnes.
Mais moi, c’est à mon député que je veux parler.
Vous verrez, je suis d’agréable compagnie. J’ai un super sens de l’humour et une bonne tête sur les épaules. Je sais être concise et je déteste m’enfarger dans les fleurs du tapis. J’irai droit au but. Loin de moi l’idée de vous faire perdre votre temps.
Et je suis têtue. Il y a une loi qui m’embête et qu’il faut changer. Je veux donc vous faire part de mon point de vue pour que l’on trouve une solution ensemble. Que l’on change les choses.
Ce dont je veux vous faire part est une injustice qui touche les familles monoparentales, soit une grande part des foyers de votre circonscription (24 %). Ce n’est quand même pas rien.

Mais je saurai attendre mon tour. Comme une gentille citoyenne. Quand vous aurez deux minutes, qu’une case se libèrera à votre agenda, passez-moi un coup de fil au 819 564-5450, poste 313.

11 février 2009

L'aimez-vous encore?

C’est toujours pareil dans les débuts. Tout le temps pareil. Inévitablement pareil.
À tout moment, il nous fait tomber dans la lune. Il nous fait rêvasser. Fantasmer. Nous inventons des scénarios nous mettant tous les deux en scène. Et si je faisais ça, comment réagira-t-il? Et s’il arrivait tel truc, que vais-je faire?
Nous mettons sur pied des techniques d’approche. Nous cherchons la méthode de séduction ultime qui fera flancher l’autre. On s’assure que le mascara est impec, que le pantalon n’a pas un pli, que les boucles d’oreilles matchent avec la chaussure et la sacoche.
Que dire des dodos? Aussi compliqué. Quand Morphée réussit enfin à nous amener chez lui, tous nos rêves y sont consacrés. Puis, il y a ce réveil au beau milieu de la nuit, le cœur battant la chamade, le pyjama tout trempé. En vain, nous tentons de retourner dans notre cycle paradoxal afin d’être en forme demain. Une grande journée nous attend. Le réveil indique 4 h. Puis 5 h 15. Rien à faire, l’excitation est trop forte. Trop puissante pour mettre notre cerveau à off. Le cadran sonne, pour la forme, à 7 h 15.
Nous avons à peine fermé l’œil de la nuit. Pas grave, l’adrénaline prend le dessus sur le manque de sommeil. Nous nous sentons en pleine possession de nos moyens, en pleine forme. Pas besoin de notre Red Bull habituel pour nous mettre en marche.
À ce stade, nous sommes persuadés de faire le bon choix. Que c’est ce qu’il nous faut. Qu’il est bâti pour nous. Qu’il est façonné à notre moule.
Que pour les 20, les 30, voire les 40 prochaines années, nous filerons des jours heureux ensemble.
Nous en sommes convaincus. Persuadés. Assurés.
Le jour du premier rendez-vous, nous passons trois heures la tête dans la garde-robe afin de dénicher LA tenue parfaite. Puis, deux autres heures devant le miroir afin d’être certaine que chaque cheveu est à la bonne place, que chaque petit défaut est camouflé, que nos yeux, si charmeurs, sont mis en évidence.
Pas capable de déjeuner. Pas plus capable d’avaler le lunch. Les papillons dans le bedon prennent trop de place. Nous buvons des litres d’eau tant notre bouche est asséchée par la nervosité. Nos mains dégoulinent.
Les avantages sont là. Ensemble, tous les deux, nous irons loin. Très loin si la vie est bonne.
Chaque matin, nous nous lèverons pour lui. Nous nous dévouerons corps et âme pour lui. Nous ferons de lui notre priorité.
Au fil des semaines, des mois, des années, l’adrénaline baissera d’un cran. Nous retrouverons notre facilité à valser vers un sommeil réparateur. Nos rêves n’y seront plus totalement dédiés. La main moite cédera sa place à une peau craquelée, hiver oblige. Notre pulsation cardiaque reprendra un rythme normal.
Un matin, nous oublierons le gloss. Nos cheveux seront attachés. Le jeans et le t-shirt seront plus souvent au rendez-vous.
Le bol de céréales entrera aisément. Nous ferons des excès au lunch. Le Red Bull retrouvera son droit dans notre régime alimentaire.
Bref, la routine reprendra sa place dans notre vie. Et à ce moment, les questions arriveront par dizaines. «L’aimons-nous encore?» «Voulons-nous continuer ensemble tous les deux?» «Sommes-nous vraiment faits l’un pour l’autre?»
Certains matins, nous voudrons tout abandonner. S’enfuir. Tout laisser en plan. Voir si l’herbe est plus verte chez le voisin.
Nous envions les copines qui vivent de passion. Nous cherchons à raviver la flamme. Peut-être même prendrons-nous un temps pour réfléchir à notre avenir commun?
Persuadés d’avoir fait le bon choix, nous continuons. Nous fonçons en nous rappelant nos années de jeunesse où tout était possible.
Jusqu’au jour où nous encaisserons nos REER. Qu’une demande de rente de retraite en notre nom sera déposée au bureau de la Régie des rentes du Québec. La séparation sera alors inévitable.
Et vous, l’aimez-vous encore votre boulot?

03 février 2009

J'ai donné ma démission

J’ai longuement réfléchi.
Ce n’est nullement une décision que j’ai prise à la légère, hâtivement, sur un coup de tête.
J’ai pesé le pour et le contre. J’ai dressé une liste à deux colonnes sur Excel des avantages et des inconvénients que cette décision aurait sur ma vie. Les impacts ont été notés, par ordre alphabétique, sur une feuille de cartable qui est affichée sur le fridg.
C’est vrai que les avantages sociaux peuvent paraître intéressants. Que plusieurs tueraient pour avoir ce poste. Que d’autres me traiteraient de bébé gâté. Mais le prestige et les bénéfices marginaux ne font pas de moi une employée si exemplaire, malheureusement.
J’ai consulté. Plusieurs personnes. Des spécialistes de la question, mais aussi des gens ordinaires. Des personnes qui étaient passées par là avant moi. Qui avaient l’expérience de la chose.
J’ai évalué les conséquences de mon geste, de ma décision. J’ai exploré les possibilités pour « l’après-démission ».
Je voulais être certaine de mon coup. Difficile de revenir en arrière. Et les possibilités de congés sans solde sont nulles dans mon domaine.
Ma description de tâches a été complètement redéfinie sans qu’on me consulte. Un des patrons de l’entreprise a foutu le camp. Un nouveau venu s’est joint à l’équipe sans crier gare.
Que voulez-vous, j’ai essayé. J’ai vraiment travaillé fort pour que ça fonctionne.
Mais, je n’y arrive pas. Je ne suis pas capable. Je suis à bout de ne pas réussir ce que à quoi on s’attend de moi. Ça me déprime de voir la liste de mes échecs s’allonger. Une fille s’écœure un moment donné.
J’ai tout tenté. Vraiment.
J’ai essayé le truc de l’agenda, la « to do list », de prioriser les priorités, de demander de l’aide.
Il n’y a rien qui a marché. Je suis nulle. À chier. Pis je suis fatiguée. Crevée. Claquée.
Alors tant qu’à amener tout le monde dans ma nullité, de faire couler le bateau, je préfère abdiquer. Je laisse ma place à d’autres qui sauront mieux faire.
Voilà c’est fait. J’ai signé ma lettre de démission ce vendredi matin. Je l’ai donnée à qui de droit quand j’ai eu assez de guts pour franchir la porte.
J’étais nerveuse. La main moite. Le papillon dans le bedon. Le cœur qui battait la chamade. La voix qui chevrettait.
Mais j’ai foncé.
J’ai lu ma lettre aux autorités concernées.
Consternées, elles l’ont été.
Je crois qu’on ne s’attendait pas à une telle chose de ma part.
L’une d’entre elles avait les yeux tellement gros que j’ai eu peur qu’ils explosent.
L’autre s’est étouffé avec sa salive. Après quelques manœuvres de réanimation, la patronne a repris ses esprits.
Ne me jugez pas. Ne me regardez pas comme ça. Je ne suis pas une lâche. Vous feriez pareil si vous aviez un peu plus de courage. Vous y avez pensé souvent, j’en suis certaine.
Vous rêvez même secrètement de tout sacrer là. De vous en laver les mains. De crier tout haut : « Tant pis pour eux! Qu’ils se débrouillent sans moi! » Vous me jalousez d’être allée jusqu’au bout.
Oui, oui, je le vois dans vos yeux remplis d’admiration que bien des fois, vous souhaiteriez vous aussi remettre votre démission de mère de famille.
Depuis, Maxim fait son lit, vide le lave-vaisselle, me dit 20 fois par jour que je suis la meilleure mère au monde. Tout ça, sans rien demander. Filou range ses vêtements dans le panier, met la table et ne manque jamais l’occasion de me faire un câlin. Tout ça, sans même rouspéter.
J’ai accepté la contre-offre patronale. Je reste en poste.

29 janvier 2009

Ça suffit les jugements!

Parfois, j'ai l'impression que vous ne savez pas lire.
Que vous me prenez pour une dinde.
Que vous détenez la vérité et pas moi.
Et ce soir, j'en ai assez. Vraiment assez.

Assez de me faire juger parce que je dénonce une situation que je n'ai pas voulue.
Assez de me faire juger parce que je subis des décisions que je n'ai pas prises.
Assez de me faire juger parce que j'ose dire tout haut ce que d'autres personnes pensent tout bas.
Assez de me faire juger parce que vous êtes tellement plus renseignés que moi, tellement plus prévoyants.

Tout ce que j'ai voulu, par cette chronique, c'est dénoncer le fait qu'au Québec, les époux ont plus de considération que les parents.

Alors...

Monsieur André, j'étais séparée de mon ex-conjoint, le père de mes enfants. Mais comme il y avait une OBLIGATION alimentaire, c'est-à-dire qu'il me versait une pension alimentaire, si j'avais été divorcée, j'aurais eu droit à la rente de conjoint survivant.

Monsieur Phil, eh oui! Je fais partie de ces personnes instruites qui ne connaissent pas tous les tenants et aboutissements du Code civil du Québec. Je fais partie de ces gens qui ont l'âge de la sagesse qui en apprennent tous les jours. Que j'aimerais avoir votre culture de notre législation. Aujourd'hui, je ne me retrouverais pas avec une succession sur les bras, des démêlés avec la Curatelle publique, des déboursés importants à faire à un notaire et un avocat. Toutes des choses que JE NE VOULAIS PAS, mais qui me sont tombé dessus MALGRÉ moi.

Madame Éliane, le fait de signer une convention notariée ne m'aurait pas donné plus le droit à la rente de conjoint survivant. La loi est claire: il faut être MARIÉ et avoir une obligation alimentaire pour que l'ex-conjoint ait droit à cette rente. Point final.

J'espère être claire maintenant.

28 janvier 2009

"Chéri, je veux me marier"

«Chéri, je veux me marier.»
Nous étions en 1998. J’étais amoureuse par-dessus la tête, je ne vivais que d’amour et d’eau fraîche et je voulais crier au monde entier que je voulais finir ma vie avec lui.
«Ma puce, on n’a pas besoin de se marier. Je n’ai pas besoin d’un papier pour te dire que je t’aime. La plus grande preuve de mon amour, tu l’as juste ici.»
J’ai regardé mon bedon qui était gros comme un ballon de gymnastique. Dedans nageait ce qui allait devenir notre première fille, Maxim. C’est vrai que j’avais là une grande preuve d’amour, d’engagement.
Adieu rêve de robe-blanche-avec-crinoline-et-diadème. Adieu photos romantiques au Domaine Howard qui auraient pu orner les murs de mon salon. Adieu jonc représentatif d’amour éternel. Adieu soirée festive avec toute la famille et les amis.
Je n’étais pas si triste. Ce n’était pas un si grand deuil. Parce qu’après tout, ce n’est pas un acte simple que de choisir une personne pour devenir mère ou père de nos futurs enfants. C’est plus compliqué, plus «impliquant» que de se pointer au Simon’s pour acheter un bikini pour le voyage de noces.
Je n’ai jamais remonté l’allée avec le père des mes filles. Je ne lui ai jamais dit oui devant Dieu (ou le juge) et les hommes. Je n’ai jamais signé de contrat de mariage.
Pas grave. Nous sommes reconnus comme conjoints de fait aux yeux de l’impôt et des allocations familiales. Nos deux noms sont sur le bail. Pourquoi m’en faire? Je pense que je suis blindée contre tous les imprévus.
Et bien, je me mettais un doigt dans l’œil et de façon tellement profonde que j’aurais pu me gratter le gros orteil avec.
Huit ans plus tard, nous nous sommes séparés. On a fait ça comme des grands. Il est parti avec le mobilier de salon. J’ai gardé celui de la chambre. Il a conservé ses REER, j’ai gardé mon fond de pension. Les filles restaient avec moi dix jours sur quatorze et lui me versait une pension alimentaire pour voir à leur bien-être. Une séparation banale.
Puis, il est parti. Pour de vrai. Dans le ciel. Plus de papa et plus de pension alimentaire.
Et c’est là, maintenant, douze ans plus tard, que je regrette de ne pas avoir poussé mon chum vers l’autel. De ne pas l’avoir forcé à signer un acte de mariage. Et, surtout, de ne pas avoir fait de contrat de vie commune avec lui.
Parce qu’il ne m’a jamais passé la bague au droit, je n’ai pas droit, comme mes consœurs des autres provinces canadiennes, à la rente de conjoint survivant administrée par la Régie des rentes du Québec. Une somme qui sert à remplacer le revenu de la personne décédée. Et qui, dans mon cas, remplacerait ma pension alimentaire.
Pourtant, si j’avais été mariée et divorcée, cette rente serait déposée dans mon compte chaque dernier jour du mois. Suis-je la seule à y voir un non-sens? Mes enfants sont-ils moins importants parce que leurs parents ont décidé, bien naïvement, de ne pas dépenser 10 000 $ pour unir officiellement leurs destinées? Sommes-nous en train de revenir à l’époque des enfants bâtards?

19 janvier 2009

Je voulais donc...

Je cherchais comme une dingue cette foutue bouteille d’Advil qui soulagerait la fièvre de Filou. Je savais qu’elle était quelque part dans le foutoir de la lingerie de la salle de bain parce que j’en ai acheté il y a deux semaines. Mais où exactement? Mystère. Tout ce que je trouve, c’est du sirop pour la toux, du Vicks, du Benadryl. Pas la moindre trace d’ibuprofène.
Je me fais donc la promesse que, dès qu’un jour de congé se pointe sur le calendrier, je rangerai toutes ces bouteilles de médicaments, ces pots de crème, ces échantillons de cosmétiques, ces souvenirs de chambres d’hôtel par ordre alphabétique, de couleur et de substances, question de retrouver facilement l’Advil quand j’en ai de besoin.
Maxim avait envie d’une partie de Monopoly. Bah… pourquoi pas? Entre laver mon four ou acheter des terrains aux quatre coins du Canada, le choix est simple. Comme j’ouvrais l’armoire de jeux, un casse-tête de 500 morceaux me tombe sur la tête. Grrrr… J’ai tenté d’attraper le Monopoly qui est coincé entre le Scrabble et Jour de paye. Impossible d’y arriver sans tout foutre par terre. Je vous jure que lorsque j’aurai une journée de congé, cette armoire y passera et ce sera aussi clean que chez Toys r’ us.
J’ai ouvert la valise de la voiture. Hum… pas de place pour y déposer mes sacs d’épicerie: nos chaises de camping, nos patins à roues alignées, la bouteille de lave-glace, le balai à neige, mes câbles de survoltage, un seau et une pelle à sable prennent tout l’espace disponible. J’ai lorgné vers la banquette arrière. Pas plus de chance entre Maxim et Félixe, surtout qu’il y a nos trois paires de skis, une tonne de livres, le lecteur de dvd portatif, des boîtes de jus vides, mon étui à cd, des jouets (inutiles) du McDo. Finalement, les sacs ont trouvé place aux pieds de l’amoureux. J’ai tellement hâte d’avoir une journée de congé pour faire le ménage de ma bagnole afin qu’elle reluise comme celles des salles de montre.
«Je le sais, maman, que c’est le bordel total dans mon garde-manger. Oui, tu as raison. Oui, c’est sûr que j’ai de la poudre à pâte quelque part, mais je ne la trouve pas et là, mon mélange à gâteau attend sur mon comptoir. Oui, dès que j’ai une journée de congé je vais faire de mon garde-manger un exemple pour toutes les cuisinières du monde et je te remettrai la cuillère à soupe de poudre à pâte que je t’emprunte. Merci, maman.»
Vous auriez dû me voir au dépanneur l’autre fois. Gênée, c’est un piètre mot pour décrire l’état d’embarras dans lequel je me trouvais quand j’ai payé mon essence. Je n’arrivais pas à trouver ma carte de guichet entre la Air Miles, l’assurance-maladie, l’assurance-sociale, mon permis de conduire, ma carte de crédit, mes reçus de guichet automatique, les photos des poulettes, la carte d’affaires de Dany, la carte de membre du Costco, ma carte de presse, mon argent Canadian Tire, mes restes d’argent américain, mes timbres Clément, le papier de mon prochain rendez-vous chez le dentiste. Derrière moi, ils sont cinq à s’impatienter, à soupirer, à taper du pied. Si seulement je peux avoir une journée de congé, mon portefeuille passera un méchant quart d’heure…
Dans les deux derniers mois, j’ai eu droit à 42 jours de congé et pourtant, je n’ai rien fait dans ma «to do list». Rien. Sweet nothing. C’est toujours aussi à l’envers dans mon garde-manger et dans la lingerie de la salle de bain. Les jeux de société sont toujours aussi mal classés. Les patins à roues alignées traînent toujours dans ma valise d’auto. Pis je n’ai pas encore retrouvé ma carte de guichet.
Mais ce n’est pas très grave. J’avais d’autres priorités. Des trucs plus importants à faire. Remette sur les rails mes petites poulettes qui ont été grandement éprouvés avant Noël. Recommencer à dormir. Réorganiser ma vie familiale. Magasiner un notaire. Jaser avec le curateur public. Retrouver un équilibre.
C’est peut-être le bordel dans mon garde-robe, mais cette pause m’aura permis de faire le ménage dans ma tête, dans mon cœur. Un nettoyage beaucoup important que tout ce qui figurait sur ma liste. Le reste? J’attends ma prochaine journée de congé!

20 novembre 2008

Nous sommes moins seuls que nous pouvons le croire

C’est vraiment poche quand on y pense.
C’était là tout près. Mais mes yeux étaient fermés. Complètement bouchés. Je ne voyais rien. Du tout.
Même problème avec mes oreilles. Elles n’entendaient rien. Sweet nothing.
Je ne le savais pas. J’étais inculte dans ce domaine. Pourtant, c’était tout près. Tout juste à mes côtés.
Il y a tout d’abord eu le téléphone qui n’a pas dérougi pendant plusieurs jours. Tant à la maison que sur mon cellulaire.
Ma boîte de courriels qui a explosé. Postes Canada m’a octroyé une deuxième boîte postale tant la mienne était pleine.
On a tellement cogné sur la porte de ma maison qu’elle est renfoncée.
Puis, j’ai vu clair et j’ai entendu. Ma cornée a fait son boulot. Mes tympans également. Il était temps. J’aurais pu passer à côté de quelque chose de merveilleux. De fabuleux.
Et ça aurait été dommage. Vraiment dommage que je ne vois pas tout ce qu’il y avait autour de moi. Et qui est probablement aussi autour de vous.
Il y a eu Dany qui a tout plaqué pour s’occuper de mes loulous et ainsi me donner un petit répit. Il y a eu aussi Lalie qui s’est transformée en chauffeuse parce que je ne savais plus faire la différence entre l’embrayage, l’accélérateur et le frein. Maryse qui m’a fait un super souper parce que je ne voyais que le McDo comme solution aux casse-tête des repas qui revenaient beaucoup trop rapidement.
Je pense à Souzika qui a eu une patience d’ange en tentant de me trouver quelque chose à me mettre sur le dos pour les funérailles. Il y aussi eu Manon qui m’a fait un bon deal sur des vêtements.
Mélanie, Fanny et Stéphanie qui sont venues me voir pour m’offrir un shopping-o-thérapie. Ma cousine Karine, qui à 6000 km, a pensé à nous en nous envoyant le plus beau bouquet de soleils du monde. Patrick et Erik qui se sont tapé 300 kilomètres simplement pour me serrer dans leurs bras.
Mes collègues de travail qui nous enverront, mes filles et moi, passer une journée de dorlotage au spa. Mélissa qui a envoyé une cargaison de livres à mes poulettes.
Les profs qui ont fait livrer de magnifiques oursons en peluche à leurs petites élèves éprouvées. Mon patron qui a été d’un support incroyable. Mes parents qui ont toujours une épaule prête pour accueillir mes larmes.
Sandra qui appelle tous les jours pour prendre des nouvelles. Bert et Danielle qui partagent mon incompréhension. Nathalie qui comprend plus que personne le vide qui s’est installé en moi. Pis la patience d’ange de Mathieu.
Et il y a vous aussi. Vous êtes des dizaines à m’avoir écrit. Vous êtes des dizaines à m’avoir donné votre support. Vous êtes des dizaines à m’avoir dit que j’étais capable. Que j’étais forte.
Il a fallu qu’un drame se pointe sur ma route pour que je me rende compte à quel point je n’étais pas seule. C’est poche pareil quand on y pense.

13 novembre 2008

La vérité sort de la bouche des enfants

J’ai 32 ans et zéro expérience.
J’ai 32 ans et pas une goutte de savoir-faire dans ce domaine.
J’ai 32 ans et je dois admettre que je fais dur devant cette situation.
Pourtant, j’ai l’âge de raison depuis un bail. J’ai fait mes dents comme adulte. J’ai vécu mon lot d’expériences.
J’ai mon opinion sur plein de trucs. Je sais plein de choses. Je peux m’inviter dans n’importe quelle conversation et avoir quelque chose à dire.
Mais là je suis bouche-bée. Pour ne pas dire complètement bouchée. Je suis muette. Sciée. Incapable de dire un seul mot.
Ma langue refuse de se mettre en mouvement. Mes lèvres sont cousues. Mes cordes vocales sont parties en vacances.
Pire encore, mon cerveau ne fonctionne pas. Quelqu’un l’a mis à off et je ne retrouve pas la switch pour le repartir.
Je n’ai pas vécu de sommeil paradoxal depuis plus de deux semaines. J’ai épuisé mes réserves de cache-cernes. J’ai le nez tout rouge en raison de l’utilisation abusive de mouchoirs.
Je tremble. J’ai la gorge serrée. J’ai le cœur pris dans un étau. J’ai froid. Je flotte dans mes jeans.
Je pense tout le temps. Il y a 100 questions à la minute que je me pose. Je me réveille la nuit et je me demande ci. Je me couche le soir et je me demande ça. Je me lève le matin et je me demande encore ci. Je suis un jeu questionnaire ambulant. Malheureusement, aucun choix de réponse.
Rien. Niet. Nada.
Je vis un deuil. Un vrai. Un solide. Un qui vous envoie sur la planète mystère et boule de gomme. Un qui vous empêche de fonctionner normalement. Un qui vous colle au derrière. Un qui ne va jamais prendre son Bovril question de vous laisser deux minutes de répit.
Il est là, tout le temps. A déménagé dans ma tête, dans mon cœur, dans ma gorge. Il vit dans la poche arrière de mon jean trop grand désormais. Il est dans mon lit, sur mon écran d’ordinateur. Partout où je pose les yeux, il est là. Pas moyen de m’en défaire.
« Mais les enfants Geneviève, comment vont les enfants? »
Filou joue avec Lili Bunny. Elle lui raconte des histoires abracadabrantes. Ma puce rit aux éclats en voyant sa petite lapine réintégrer sa cage parce qu’elle est effrayée par le chien. « Regarde maman, Gucci a fait peur à Lili! »
Maxim jase sur MSN avec ses amies. En même temps, elle se construit un blogue où elle parle de tendances vestimentaires de la saison et de ses groupes de musique préférés. Il y a Louis-José Houde à la télé. Je l’entends rire de ses idioties.
« Maman, est-ce que le souper est bientôt prêt? J’ai super faim! » qu’elle me crie. Filou l’a rejointe dans sa requête. « Oh moi aussi j’ai faim maman. Est-ce qu’on peut manger du spaghetti? »
Je les regarde de la tête aux pieds. Je les examine sous toutes leurs coutures. Pas de perte de poids. Pas de rougeurs au nez. Pas de yeux remplis d’eau salée.
Ce que je vois? Des yeux pétillants. Des joues roses. Des sourires éclatants. Des dos droits.
Une envie de profiter de la vie. Une grande volonté de regarder vers demain. Un désir de ne pas se laisser abattre.
À sept et dix ans, mes puces ont compris que ça ne servait à rien d’arrêter de vivre. Que des oreillers mouillés de larmes, ça ne ramenait pas un papa. Que d’arrêter de rire n’allait pas leur permettre de serrer leur père à nouveau dans leurs bras. Que même s’il ne pourra plus jamais signer les dictées de Maxim, il sera toujours fier des résultats de sa gringalette hawaïenne. Que même s’il ne pourra plus aider Filou à lacer ses chaussures, il sera toujours de bons conseils pour sa crapounette.
À sept et dix ans, mes puces ont compris des choses que je n’avais pas comprises encore à 32…

04 novembre 2008

Le paradis des papas

Dans notre cour d’école, Annie nous intriguait. C’est que la copine n’avait plus de papa. Il était au paradis. Pour nous, c’était un concept bien abstrait, la plupart d’entre nous n’avions jamais côtoyé la mort de près.
Pour nous, l’absence d’une figure paternelle signifiait, sans aucun doute, qu’Annie pleurait tous les soirs, qu’elle parlait aux étoiles, que tous ses Noëls et tous ses anniversaires étaient fêtés entre larmes et tristesse.
Pourtant, Annie était tout sauf triste. Elle affichait sourire et joie de vivre. Mais c’était impensable pour nous que notre amie soit heureuse sans papa qui soupait avec elle chaque soir.
Quand j’allais jouer chez elle, je me sentais toujours étrange. J’avais toujours peur de surprendre sa mère en pleine crise de larmes dans sa chambre à coucher ou encore au désespoir alors qu’elle coupait les carottes du souper. Parce que pour moi, un papa en moins dans une maisonnée signifiait malheur à jamais, désespoir, problème à l’adolescence, crise d’identité, et quoi encore?
Je suis restée longtemps avec cette impression. Avec ces peurs. Ces craintes. Hantise que ça arrive chez moi.
Malheureusement, la petite Annie de mon école primaire est devenue Maxim et Félixe.
Mardi dernier, le papa de mes poulettes s’est envolé vers le paradis des papas. Une virulente pneumonie a emporté Ian dans l’au-delà sans que lui-même ne s’en rende compte.
En quatre jours, mes filles ont plus grandi que n’importe quel autre enfant en quatre ans. En quatre jours, elles ont appris la signification de mots difficiles comme: soins intensifs, saturation, choc sceptique, pression artérielle… En quatre jours, elles sont passées de l’espoir au désespoir. En quatre jours, elles ont appris que la vie ne tenait qu’à un fil, un si petit fil.
À compter du mois prochain, mes cocottes empocheront une prestation d’orpheline. À partir de la semaine prochaine, mes poulettes devront s’habituer à ne pas aller passer le week-end chez papa. Dès maintenant, mes puces devront conjuguer leur père à l’imparfait et au passé composé. Demain, mes filles ne verront leur père qu’en photo…
Probablement que dimanche, ç’a été le pire jour de la courte vie de Maxim et Félixe. Dimanche, elles ont réalisé que papa n’appellerait plus pour souhaiter bonne nuit. Dimanche, elles ont dû dire au revoir à l’une des deux personnes qui leur est le plus chère.
Frustration, sentiment d’injustice, impuissance, tristesse, peur, colère, questionnements se bousculent dans ma tête depuis ce jour où le téléphone a sonné. Un simple coup de fil qui a changé de nombreuses vies à jamais.
Quels seront les impacts? Seront-elles les petites filles éplorées comme j’imaginais Annie? Riront-elles à nouveau? Couleront-elles leur année scolaire? Passeront-elles leurs nuits à sangloter dans leur oreiller? Comment se sortiront-elles de cette terrible épreuve?
Dites-moi. Rassurez-moi.
Je veux que la vie soit douce avec mes poulettes. Je veux tellement le meilleur pour elle alors que le pire leur est arrivé.
Alors Ian, de ton nouveau chez-toi, au paradis des papas, veille sur ta vieille crapule et sur ta crapounette. Elles en auront bien besoin. Mes câlins, mon amour et mes sourires ne suffiront probablement pas.P.-S. Merci de m’avoir donné ce que j’ai de plus beau dans ma vie. Pour toujours, je t’en serai reconnaissante.

23 octobre 2008

Plus vert chez le voisin

Ça m’angoissait un brin de voir débarquer une Française entre les quatre murs de mon bureau. Parce qu’Anne a gagné un stage de deux semaines dans notre hebdo. Bon, égoïstement je dirais qu’une paire de bras de plus pour faire le journal, ce n’est jamais de refus. Mais au-delà du boulot qu’elle accomplira, il faudra bien l’occuper les soirs venus. Il n’était quand même pas question de lui faire écouter Virginie et de la mettre au lit à l’heure où elle soupe habituellement.
J’étais un brin gênée lorsque je pensais aux trucs touristiques sherbrookois. Parce que si on compare la Tour Eiffel au cénotaphe de la côte King, il y a de quoi regarder ses souliers. Que même si nous en sommes fiers, le Musée de la nature et des sciences est loin d’être aussi impressionnant que le Louvre. Que même si elle est très belle, la cathédrale Saint-Michel émeut un peu moins que Notre-Dame de Paris. Le Carrefour de l’Estrie fait bien mon affaire pour mes emplettes, mais que dire des Galeries Lafayette?
Je me voyais mal lui faire faire le tour du cimetière Saint-Michel alors que celui du Père-Lachaise est si bouleversant. Comment trouverait-elle une balade en kayak sur la Magog alors qu’une randonnée en bateau-mouche sur la Seine peut être tellement romantique?
Ici, il n’y a pas de Versailles, d’Arc de Triomphe, de Champs Élysée. Pas de repères d’artistes comme à Montmartre. Pas d’arrêts obligatoires comme le Moulin Rouge, le Mont Saint-Michel, les catacombes.
Intimidant de la nourrir aussi. Si la France ne possédait qu’une seule qualité, ce serait bien sa gastronomie si riche. Comment nos restos pourront rivaliser contre les Maxim’s, Pierre Gagnaire, Le Meurice? Comment réagira-t-elle devant notre pâté chinois, notre macaroni et notre tourtière?
Inquiète, angoissée, je l’étais. Deux semaines, ça peut être tellement long. J’ai donc fait l’autruche et je me suis caché la tête dans le sable. Si elle avait voulu venir ici, tant pis pour elle.
Le premier soir, on lui a fait connaître nos deux sports nationaux : le hockey et le lever du coude. Direction Cage aux sports où nous étions une dizaine à explique à Anne les rudiments du hockey et l’importance de la bière dans de telles soirées. Du coup, elle s’est acheté un chandail du Canadien et a demandé à plusieurs reprises quand était le prochain match.
Le lendemain, elle a goûté aux couleurs flamboyantes de l’automne à Orford. Depuis, je crois qu’elle a aimé parce qu’elle en parle tous les jours. Et elle compte fait agrandir plusieurs photos en 16 X 20 pour décorer tous les murs de son appart.
C’est avec appétit qu’elle a découvert la poutine, les hot dog steamés et la Root Beer du Louis. C’est avec grand intérêt qu’elle a lunché à la Taverne Alexandre où elle s’est tapé un smoked meat et une paire de sept. Elle songe d’ailleurs à ouvrir une franchise de Louis dans son patelin…
La tournée des murales l’a grandement impressionnée. Elle s’est même fait photographier aux côtés de Garou!
Il n’était quand même pas question de la laisser partir sans lui faire découvrir le centre-ville. On a commencé par la gaver de délicieux chocolats de chez Choco-là. On lui a fait découvrir nos artistes locaux à la Corporation des métiers d’arts. On s’est promenés rue Wellington et ses yeux ne savaient plus trop où regarder.
On l’a initiée à la folie du foot universitaire. À un souper à la brasserie. À une virée dans les bars. On l’a fait marcher sur la promenade du Lac-des-Nations. On l’a instruite sur l’histoire de la Paton, sur nos avancées environnementales, nos potins sherbrookois.
Et là, on manque de temps. La copine repart demain et nous avons manqué le 5 à 7 au Caffu, un lunch chez Auguste, un après-midi aux pommes, une randonnée au bois Beckett, au mont Bellevue…
Dis Anne, tu reviens quand?

Nostalgique marmite

Certains sont tombés dans une marmite remplie de hockey quand ils étaient petits. Les week-ends, ils les passaient à geler l’aréna à tenter de ne pas tomber en bas de leurs petites lames. Pour d’autres, leur chaudron d’Obélix était rempli de soccer, de cours de piano, de religion peut-être.
La mienne? Plein à ras bord de politique. Me suis intéressée très tôt à nos leaders gouvernementaux. Pas le choix, avec une mère adjointe de député, un père directeur de campagne électorale, une ex-belle-mère candidate au provincial, un ami attaché politique, des grands-parents bénévoles aux élections, une tante et un oncle employés d’Élections Canada. J’arrête, la liste pourrait être longue et vous avez le souper à préparer. J’abrège donc.
Me suis donc impliquée et impliquée encore dans de multiples campagnes électorales. J’ai été la fatigante qui appelait le soir chez vous pour savoir pour qui vous voterez. J’ai tenté de ne pas me péter la gueule en posant des pancartes sur les poteaux de téléphone. J’ai rempli les pages de l’agenda d’un candidat de poignées de mains et de débats animés. J’ai fait du porte à porte avec un autre. J’ai distribué des dépliants à des automobilistes au coin d’une rue. J’ai entré des données sur un ordi. Bref, vous saisissez.
Ce n’était pas tant la cause que le trip de travailler ensemble dans un même but qui m’animait. L’idée de se sentir dans la gang. De se retrouver ensemble et d’espérer avoir fait le maximum pour voir notre candidat arriver premier au fil d’arrivée.
On a, quelques fois, pleuré de déception. Souvent, on a crié notre joie de voir l’un des notres prendre le chemin du gouvernement. Mais peu importe l’issue du vote, nous avions tissé des liens solides, forts. Passer 35 jours ensemble, de 8h le matin à très tard le soir, ça soude une équipe. Rien de mieux qu’une campagne électorale pour se magasiner des amis.
Depuis que je gagne ma vie en écrivant dans un journal, j’ai dû laisser tomber ce pan de ma vie, impartialité journalistique oblige.
Ce matin, avec toute la fébrilité entourant l’élection d’aujourd’hui, me suis sentie nostalgique. J’aurai eu le goût d’aller prêter main forte à une équipe. Peu importe laquelle. Juste pour le fun de vivre un jour J à nouveau.
J’ai prétexté le sujet d’une chronique pour me pointer dans un local électoral. Moi qui avais toujours vu tout de l’intérieur, je regardais ces abeilles bosser dans cette ruche avec détachement. Et j’étais béate d’admiration.
Ils étaient une vingtaine. En plus d’une dizaine de chauffeurs qui offraient du transport aux électeurs, des téléphonistes répartis dans les huit maisons différentes, des releveurs de liste, des conseillers juridiques, des préposés à l’informatique, etc. Ils sont 175 en tout sur le terrain aujourd’hui.
Ce sont 175 personnes qui auront skippé l’école, auront pris off du bureau, auront sacrifié une journée de congé pour bosser bénévolement pour ce candidat. « Faut y croire en maudit! », me disait le grand patron de cette équipe. Impressionnant non?
La dernière nuit a été difficile pour plusieurs. « J’étais un peu nerveuse, alors j’ai pris quelque chose pour dormir. Je n’arrivais pas à fermer l’œil », me racontait la dame de l’accueil en riant. Mais il était hors de question pour elle d’être ailleurs qu’ici aujourd’hui. « Je suis ici par conviction. Pour gagner. Nous sommes une belle gang. Tout le monde est de bonne humeur. C’est quelque chose que de travailler pour une campagne électorale! »
Et ils reviennent. La politique, c’est une drogue. L’exemple de ce monsieur est éloquent : « Depuis 1970, je n’ai pas raté une seule élection ou référendum tant au fédéral, au provincial et au municipal… »
Malgré tout ce boulot abattu, ils seront quatre équipes ce soir à retourner à la maison le cœur gros parce que la population aura décidé que leur candidat n’était pas le bon.
Mais ils n’auront pas perdu leurs élections. Ils auront gagné des amis pour la vie.

Moi je le sais. Pas toi.

« Moi je le sais. Pas toi. »
On pourrait facilement croire que cette phrase provient tout droit du fond d’une cour de récré d’école primaire de votre quartier. Que c’est une petite fille de huit ans qui cherche à mettre le trouble dans sa relation d’amitié avec sa copine. Ou que c’est plutôt ce pense-bon qui se vante à tout le monde qu’il connaît le nom de toutes les constellations de l’univers.
Pourtant, ce n’était nullement le cas.
Cette conversation a eu lieu dans un bar du centre-ville où la moyenne d’âge dépasse les 40 ans. Où la quantité de têtes blanches présentes fait penser que les discussions sont plus approfondies et intéressantes que ce qu’on peut trouver sur un terrain de ballon prisonnier.
C’est Marie-Claude qui m’a garoché ça. De même. Sans avoir rien demandé.
Je n’avais rien vu venir. On jasait de la pluie pis du beau temps. De son nouveau copain. Du fait qu’elle soit capable de monter le mont Orford en courant en moins de 30 minutes. Vous voyez le genre de banalités?
« Mais comment tu fais Marie pour réussir à tout concilier? On a à peu près le même beat de travail, on est toutes les deux monoparentales, veux-tu bien me dire où tu trouves le temps pour t’entraîner de la sorte? »
Elle est partie à rire. Pis elle me lance : « J’ai la sclérose en plaques Gen. On m’a diagnostiquée l’été dernier. »
J’ai pris le temps de ramasser mes dents par terre. De raccrocher ma mâchoire. De remettre mes esprits en place. De boire une grande gorgée de bière. Tout ça dans le but évident de trouver quelque chose d’intelligent à lui répondre.
Marie-Claude a probablement senti ma détresse. « Je suis nulle pour le dire, mais je pense qu’il n’y a pas de bonne façon d’apprendre ma maladie de toute façon. »
Ouais elle n’a pas tort. Je suis toujours sous le choc. Les yeux plein d’eau. La tête pleine d’images. La grand-mère de mes filles a la sclérose en plaques. Je sais c’est quoi cette foutue maladie. Je sais ce qu’elle fait. Ce qu’elle détruit. On la pense nonchalante, elle traîne en longueur puis un moment donné, la main droite ne ferme plus, le pied gauche n’avance plus, la vision baisse, les intestins cessent de coopérer.
Pas possible que Marie-Claude ait les mots sclérose en plaques inscrits à son dossier médical. Pétillante, pleine de vie, toujours un immense sourire dans le visage, remplie de mille et un projets, impossible pour moi d’imaginer la copine dans son fauteuil roulant écoutant les Feux de l’amour en boucle.
« Arrête de t’en faire Gen, me dit-elle. Ça va. J’ai accepté ma maladie. Et ça fait que moi je le sais et pas toi. »
Hein?
« Oui, moi quand je vais courir au mont Orford, je sais que je suis chanceuse de pouvoir le faire. Quand je serre ma fille dans mes bras, j’en profite parce que peut-être qu’un jour je ne serai plus capable de le faire. Toi, quand tu te lèves le matin, qu’il fasse soleil ou non, que tu sois en forme ou non, tu t’en fiches, parce que tu ne sais pas ce qui peut t’arriver. Moi je le sais. Je le sais que je dois profiter de chaque petit instant qui passe. De chaque petite chose que je suis capable de faire. »
En moins de deux minutes, la copine aura éjecté à nouveau mes dents de mon dentier. Aura encore décroché ma mâchoire. Et je n’aurai jamais bu un 20 onces de bière aussi rapidement.
Mais jamais une blonde n’aura eu si bon goût.

Le double standard des parents

Lu sur un forum internet : « Thomas a six ans. Il est en première année dans une classe-cycle (1re-2e année). Il est entré en maternelle en sachant lire. Après évaluation par l’orthopédagogue de l’école, on a appris que Thomas est de niveau de 2e année et a même des acquis de 3e. Depuis le début de l’année, il chiale parce que ses devoirs sont trop faciles. Quand il termine ses leçons, il prend des feuilles et ne cesse d’écrire des mots. En fait, c’est son jeu préféré. Hier, il s’est même endormi avec… le Bescherelle!
« Dans un sens, c’est vrai, c’est merveilleux… mais je fais quoi avec ça? Je n’ose pas le stopper, en même temps, il va tellement vite. Peut-il aller trop vite? Je me sens coincée. J’ai peur qu’il finisse par s’ennuyer.
« Je termine en disant que j’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce message… On a souvent l’impression que c’est mal vu de se questionner quand on a un enfant qui a de la facilité en classe. Par contre, lorsque l’on parle d’une situation contraire, c’est bien accueilli. On nous inonde de conseils. Mais je pense que mon questionnement concernant mon aîné est tout aussi valable. »
C’est la dernière partie de son message qui m’a touchée. Lorsqu’on a une poulette qui a un déficit d’attention, une hyperactivité, une maladie quelconque, un retard en lecture, une déficience au ballon prisonnier, peu importe, on l’écoute avec intérêt. On cherche des solutions. On donne notre appui aux parents.
Pourquoi faut-il cacher les succès de nos enfants? Pourquoi faut-il taire les 100 % que notre héritier cumule sur son bulletin? Pourquoi est-il mal vu de dire que notre enfant réussit à l’école?
Pis pourquoi a-t-on peur de pousser nos loulous lorsqu’il est question de compétences scolaires? Si Maxim avait démontré un certain talent en patin artistique, on ne l’aurait pas laissée moisir parmi ceux qui excellent moins. Elle aurait gravi les niveaux, se serait entraînée tous les matins avant d’aller à l’école, aurait participé à de nombreuses compétitions, aurait eu des articles à son sujet dans les journaux. On l’aurait poussée au cas où elle serait la prochaine championne olympique.
Pourquoi hésite-t-on à pousser nos enfants qui démontrent un intérêt prononcé pour la grammaire, les formules algébriques ou le système solaire? Pourquoi pense-t-on qu’ils s’ennuieront à l’école s’ils se trouvent en avance sur leurs camarades? N’y a-t-il pas une place pour ces enfants dans nos classes?
Je n’ai pas vraiment de réponses à offrir à cette copine d’internet. Pas de recettes toutes faites pour répondre à ses questions. Mais j’ai surtout envie de lui dire de ne pas être gênée de son fils. D’en être fière. Peut-être a-t-elle un Wayne Gretzky de la dictée entre ses mains. Ou est-ce le futur Bernard Pivot ou encore un Michel Tremblay qu’elle cajole chaque soir. Peu importe comment il gagnera sa vie plus tard, une chose est certaine, c’est son fils et pour aucune raison au monde elle ne doit cacher cette fierté.

19 septembre 2008

L'art de se compliquer la vie selon Geneviève

Tout était en place pour une petite soirée parfaite comme je les aime.
Un petit souper simple : un bon pain de viande maison (du M&M), des légumes du jardin (surgelés) et une purée de pommes de terre (Sherriff). Je m’étais même gâtée avec une petite coupe de vin que je méritais bien avec la tonne de boulot que j’avais abattu dans la journée.
Il y avait le dernier Carole Facal qui jouait en arrière-plan. Les filles ne s’étaient pas encore chicané (note à moi-même : penser à contacter le Livre des records Guinness. Je dois pouvoir faire inscrire cet exploit). Rien ne traînait dans le salon, sur le comptoir, ni même par terre. Le bonheur.
Alors je soupe avec mes cocottes. On parle de tout, de rien. Du nouveau prof de Filou, de celui de Max, de mon retour au travail.
Parfait comme soirée, je vous dis.
Je n’avais rien vu venir et pourtant, tout à coup, la question que toute maman redoute a fusé sans même cogner à la porte.
« Maman, explique-moi comment les bébés font pour entrer et sortir du ventre des mamans. Est-ce qu’on fait ça par le nombril? Parce que j’ai regardé ça et je ne comprends pas comment ça se fait », me demande Filou complètement dépassée par tant de questionnements.
Non, mais ai-je demandé à être ici ce soir? Qu’est-ce qui m’a pris un jour de vouloir être mère?
Après avoir réglé mon problème d’étouffements et de bouffée de chaleur soudaine, j’ai tenté de recouvrer mes esprits et cherché une réponse sensée à donner à ma puce en quête de savoir existentiel.
« Euh… (une minute passe). Ben… (une autre minute passe…) Tu sais loulou… (deux autres minutes s’égrainent…) »
Ma puce s’impatiente devant tant de non-réponse de celle qui est supposée tout savoir, et me coupe la parole (chose assez facile à faire compte tenu que je ne parle à peu près pas). « Mais maman, t’en as eu deux bébés, tu dois bien savoir comment ça fonctionne! Moi, tu as fait comment pour me rentrer dans ton ventre? »
Si c’était si simple. On va au magasin, on choisit le modèle qui nous convient, on ouvre la porte de notre utérus pis on attend neuf mois avant de rouvrir cette même porte et de ressortir un beau bébé tout joufflu.
Je prends une grande respiration (qui sert plus à chercher une réponse adéquate à donner à ma fille de sept ans qu’à me fournir en oxygène). « Tu sais ma pitoune, c’est un peu compliqué faire un bébé. (Vous dire que je m’en veux à mort de ne pas avoir acheté Le grand livre de la sexualité lors de ma dernière virée à la librairie est un euphémisme.) Il faut un papa et une maman qui s’aiment très fort… »
« Oui, ça je le sais. C’est papa qui est allé me porter dans ton ventre? J’étais petite comment quand papa est allée me porter dans ton ventre? Est-ce que ça t’a fait mal? Est-ce qu’il a été obligé de couper ton ventre avec un couteau? », me demande-t-elle le plus sérieusement du monde.
Ça se complique un peu mon affaire. Je cherche un moyen de m’en sortir. La vaisselle? Le lavage? Un soudain téléphone urgent à faire? Il me semble que mon frigo aurait besoin d’un bon ménage.
C’est Maxim qui m’a sorti du pétrin. Pas d’une façon aussi sympathique que j’aurais souhaité, mais c’est l’intention qui compte.
« Oh maman, déniaise! Filou, pour faire un bébé, il faut que le papa aille porter une petite graine avec son pénis dans le vagin de maman. La petite graine va grandir pis dans plusieurs mois, un bébé va sortir par la même place qu’il est rentré. On va tu jouer dehors maintenant? »
Ma puce, satisfaite de l’explication de sa grande sœur, l’a suivie sans poser d’autres questions.
Ouin. Je pense à écrire un livre : L’art de se compliquer la vie selon Geneviève.

16 septembre 2008

Le rechargeur de maman

J’ai la tête pleine d’images. La carte mémoire est bourrée. Les albums photos débordent.
Même si je le voulais très très fort, j’ai été incapable de trouver une place pour caser toutes ces choses que j’ai vues, goûtées, entendues, touchées au cours des quatre dernières semaines.
Il y a l’immensité du Grand Canyon qui occupe une large part de mes souvenirs de voyage. Toutes ces couleurs magnifiques défient l’imagination. C’est parfois d’un jaune serin que le calcaire, et les années, ont fait prendre à ces parois rocheuses. D’autres fois, c’est d’un rouge éclatant. Le vert du lac Powell, dû à la présence d’algues au fond rappellent les mers des Bermudes.
Mais j’ai tout de même manqué le rose sur les joues de Filou au retour de sa première journée d’école. J’ai raté l’étincelle dans le vert des yeux de Maxim quand elle est partie voir Simple Plan au Centre Bell samedi dernier.
J’ai plongé dans un nouveau monde. Je suis sortie de ma zone de confort. J’ai élargi mes horizons. J’ai avalé une tête de crevette (avec les yeux et les antennes svp). J’ai mangé de l’oursin. Du snapper. Du Yellowtail.
Mais j’ai raté ce simple pâté chinois arrosé de Ketchup que j’aurais partagé avec mes poulettes dans le rush du soir entre les devoirs et le bain. Ce filet mignon en tête à tête avec mon amoureux. Ce rôti de porc lors du souper familial dimanche dernier.
J’ai assisté en direct à une touchante demande en mariage sur Rodeo Drive. J’ai marché sur la plus que parfaite Wisteria Lane entre les maisons de Bree Van de Kamp, Linette Scavo, Susan Mayer et de Gabrielle Solis. J’ai fait du tandem entre deux rues des plus pentues de San Francisco.
Mais je n’ai pas préparé de lunchs pour mes héritières. Je n’ai pas aidé Filou à décortiquer ses premiers devoirs de l’année. J’ai passé droit devant les émotions que peut apporter un retour à l’école pour ma grande.
J’ai été charmée par une danse traditionnelle offerte par des Mexicains en plein cœur de Los Angeles. Je me suis laissée bercer par la douce musique d’un erhù qu’un Chinois faisait chanter dans le Chinetown de San Francisco. Le vacarme incessant des machines à sous de Las Vegas retentit encore dans mes oreilles…
Mais pas un son du violon de Max. Pas une note du violoncelle de Filou. Pas de touches de piano enfoncées par ces petites mains si délicates.
Mes pieds ont gelé dans le Pacifique. Les 41 degrés qu’affichaient les thermomètres de San Diego m’ont fait suer un brin. Ma petite laine était nécessaire lorsque le soleil se couchait sur la baie de San Francisco.
Mais je n’ai pas eu à convaincre Maxim de laisser tomber les sandales. Je n’ai pas réchauffé Filou quand elle sortait du bain. Je n’ai pas eu chaud quand elle est tombée de sa bicyclette.
Une balade avec les Simpson m’a donné mal au cœur à Universal Studios. Un 5 à 7 plutôt bien arrosé m’a donné un foutu mal de tête. Les coups de soleil que m’a laissé le soleil de la Californie a fait des ravages sur ma peau.
Je n’ai pas amené Filou chez le dentiste pour la soulager de cette dent qui la faisait souffrir. Mon épaule n’était pas disponible pour le cœur brisé de Dominique. Mes bras étaient très loin pour faire des câlins à ceux qui étaient restés ici.
C’est certain que mes pitounes, mon amoureux, mes sœurs, mes copines m’ont manqué terriblement. Qu’à chaque moment de mon absence, j’aurais souhaité plus que tout au monde d’être avec eux.
Mais, les mamans, les amoureuses, les sœurs, les amies, c’est comme autre chose. Un jour ou l’autre, les piles tombent à plat. Et pour éviter qu’elles ne soient plus bonnes à rien, vaut mieux les foutre sur le chargeur.

11 août 2008

Le bain, ce remède si puissant

Depuis que je suis toute petite, ma mère a toujours la solution à tout.
« Maman, j’ai mal à la tête. »
« Vas prendre un bon bain chaud ma cocotte. Ça va passer. »
Sans rechigner, je filais dans le bain, faisant ainsi une pierre deux coups : je guérissais ma migraine et j’en épargnais une à ma maman.
« Snif… Maman… Resnif, Annie m’a appelée Geneviève Prouuuuutttt aujourd’hui. Bou hou hou… »
« Pauvre pitoune… viens, je vais te faire couler un bon bain chaud. Ça va te faire le plus grand bien. »
Ma peine s’apaisait effectivement dans le bain. Point positif, je profitais de ce moment pour ébaucher des plans machiavéliques pour faire ravaler à Annie toutes les sottises qu’elle disait à mon propos.
« Mom, je ne l’ai pas pantoute. Je vais pocher mon examen de maths demain. Je ne comprends rien. Pis si je poche, je vais pocher mon étape. Pis si je poche mon étape, ben je vais pocher mon année itou, pis j’aurai pas mes maths 536, pis ça va être full poche mom. »
« Tu es trop stressée ma grande. Vas dans le bain. Ça va te relaxer et tu verras, demain tout ira bien avec tes formules. N’oublie pas de mettre de l’huile de lavande, ça va aider à ta détente.»
Même si à cette époque, je trouvais ma mère full poche, j’y allais quand même. Qu’avais-je à perdre? Pour me calmer, ça me calmait. Mais de là à dire que je pétais des scores avec les cosinus, il y a toute une marge.
« Ahhhh! Maman! Je ne suis pas capable de dormir. J’ai trop hâte d’arriver à Paris. J’ai hâte de voir ma cousine. J’ai hâte de prendre l’avion. J’ai hâte de voir la Tour Eiffel. J’ai hâte de boire du vin. »
« Fais-toi couler un bain. Ça va te détendre et tu vas t’endormir dans le temps de le dire. Tu dois être en forme. Tu as une grosse journée demain. »
Vingt minutes plus tard, je ronflais sur l’oreiller et j’étais en super forme pour traverser l’Atlantique.
« Maman, j’ai des méchantes contractions aux dix minutes depuis une heure, mais je ne sais pas si c’est du vrai travail. Elles font mal quand même. Je ne sais pas trop si je dois appeler ma sage-femme.»
« Vas dans le bain. Tu verras. Si ça arrête, c’est que c’est du faux travail. De toute façon, ça va te faire le plus grand bien de te reposer un peu avant la naissance. »
Comme une petite fille, j’écoutais ma maman. Je me doutais bien qu’elle aurait raison. Elle n’avait jamais tort quand il était question de la baignoire. Les contractions n’ont pas passé. Félixe est née cinq heures plus tard… dans le bain du Centre de maternité de l’Estrie.
Pis là, j’ai le «rhube». Mon nez coule. Mes yeux aussi. Je panique devant l’immensité du boulot que j’ai à abattre avant de partir avec mes poules en vacances lundi prochain. J’ai même pas besoin d’appeler ma mère pour lui partager mon anxiété. Je sais quoi faire pour atténuer mes angoisses.
Si vous me cherchez au cours des quatre prochaines semaines, prenez un bain. Ça devrait vous aider à alléger votre inquiétude.

Mon truc météo

Ces jours-ci, s’il y a bien une job que je ne voudrais pas faire, c’est celle de météorologue. Quoique celle de miss météo ne doit pas être cool non plus. Il leur faut un moral d’acier et une colonne de fer pour annoncer de la pluie encore et encore à un peuple fana de météo qui n’espère que voir du soleil dans les prévisions.
Faudrait leur demander s’ils aiment leur boulot ces jours-ci. J’ai déjà entendu dire que Colette se fait régulièrement apostropher dans la rue pour se faire enguirlander sur ce qu’elle annonce au bulletin de nouvelles, comme si c’était elle qui décidait du nombre de millimètres de pluie qu’il tombera lors des prochains jours.
Il ne faudrait donc pas se surprendre qu’un moment donné, un fru fatigué de chanter « Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille » ait commis un acte violent envers un de ces spécialistes des prévisions météo.
Sais pas s’il existe des congrès de météorologues, mais je crois qu’il serait pertinent de mettre un atelier à l’agenda sur les effets psychologiques des petits nuages gorgés de pluie sur le moral des présentateurs météo. Il ne faudrait pas attendre qu’il y ait une hausse marquée du nombre de suicides dans la profession pour bouger. Soyez proactifs!
Contente tout de même de ne pas avoir passé mes années universitaires dans une fac de météorologie. Parce que travailler dans un domaine où l’on se plante une fois sur deux (si ce n’est pas deux fois sur trois…) doit amener un lot important de frustrations et de déprime. Je serais très curieuse de connaître le nombre de prescriptions de Prozac qui circulent parmi eux.
Et vous, vous l’aimez votre boulot? Quand vous punchez in le matin, c’est fait avec sourire et entrain? Comptez-vous les minutes qui vous séparent du retour vers la maison? Votre travail, vous l’avez choisi avec cœur et passion ou bien la vie vous y a mené? Vous le faites pour la paye ou pour ce que ça vous apporte psychologiquement?
Si on vous retournait en arrière, referiez-vous les mêmes choix? Seriez-vous plus sérieux dans vos études? Tenteriez-vous de vous lancer dans une carrière qui semble étrange aux yeux des autres et dont les débouchés sont quasi nuls?
Quand j’étais petite, je rêvais de devenir première ministre du Canada, rien de moins. Au fil des années, mes aspirations ont changé. J’ai troqué le Parlement pour une craie à tableau. Je voulais devenir alors professeur. Je me voyais enseigner l’histoire. Tellement que j’en ai fait un baccalauréat.
La vie s’est chargée de m’amener ailleurs. Ai-je des regrets? Pense pas. Par moment, surtout quand je vois le beau Dr Shepherd dans Grey’s Anatomy, je me surprends à m’imaginer bosser en chirurgie dans un hôpital. Passer mes journées à sauver des vies et à côtoyer de séduisants doc, ça me plairait bien. (Ne m’enlevez pas mes illusions svp.)
Parfois, je pense à ce que serait ma vie professionnelle si j’avais choisi les chiffres plutôt que les lettres. Mon compte de banque ne flirterait probablement pas avec le rouge, ce qui serait un très bon avantage selon mon comptable actuel…
Travailler dans un centre anti-terroriste pourrait me faire du bien à l’égo. Je suis certaine que je ferais une très bonne Jack Bauer (24). Sauver le monde des attaques terroristes ferait de moi une super-héros dont le travail serait reconnu à travers le monde. Avoir l’impression que nos actions ont une influence et qu’elles amènent un sentiment de sécurité à la population, ça doit être formidable.
Quand je suis fatiguée, je me dis qu’un job d’usine ferait bien mon affaire. Emballer des draps ou assembler des roues de motoneige, le genre d’emploi parfait pour mettre mon cerveau à off. Passer huit heures par jour à effectuer les mêmes confortables mouvements qui me permettraient de rêver à mes prochaines vacances, d’analyser la situation de la baleine bleue en Antarctique ou de repenser tranquillement au souper d’hier soir.
Mais c’est drôle, je ne pense jamais à faire des cours du soir en météorologie. Pas du tout. Je ne veux pas porter sur mes épaules toute la mauvaise humeur des Québécois. Je laisse ça à d’autres.