J’étais en première secondaire la première fois que j’ai pris la plume pour écrire une lettre d’opinion destinée à mon journal local. Du haut de mes 13 ans bien sonnés, je pensais détenir la vérité. J’étais persuadée que j’avais des arguments de béton et que suite à la publication de ma lettre, plus personne n’irait cogner à la porte d’une clinique d’avortement. Je voulais que toutes ces femmes, que je croyais insouciantes, prennent leurs responsabilités et qu’elles assument leurs actes.
C’était l’été de la saga Chantal Daigle-Jean-Guy Tremblay.
Tremblay avait fait la manchette des journaux, en 1989, lorsqu'il s'était rendu jusqu'en Cour suprême pour tenter d'empêcher sa compagne d'alors, Chantal Daigle, de subir un avortement. Lors de son témoignage, Mme Daigle avait soutenu que Tremblay avait été violent et possessif.
Mais moi, dans ma petite tête d’adolescente, j’étais convaincue de savoir ce qui était bon pour les autres. J’avais lu sur la question. Je m’étais renseignée. C’était très clair dans ma tête : un avortement, c’était tout simplement un crime. Chantal Daigle voulait commettre un meurtre et voulait être cautionnée par la Cour suprême du pays. Nous devions nous ranger de son côté et accepter l’horrible fin qu’attendait son petit bébé.
À mon grand désarroi, ma lettre n’a pas été publiée. À mon avis, le rédacteur en chef de l’époque était dans le champ de patates pour refuser de mettre mon opinion en page du courrier des lecteurs. Je criais à l’injustice. Il y avait une vie en jeu!
Les années ont passé. Le temps a fait son œuvre. Et j’ai compris.
J’ai compris l’importance du droit à l’avortement libre et gratuit. Aujourd’hui, 20 ans après la décriminalisation de l’avortement au Canada, mon fusil a changé d’épaule. Après avoir mis au monde deux enfants, mais surtout après avoir goûté aux joies (et aux difficultés!) de les élever, je ne pense plus du tout pareil.
Quand je vois à la télé ou dans les journaux des images de faux cimetières remplis d’enfants non-nés, je suis insultée. Quand je vois les provie manifester avec leurs grandes affiches avec des images de fœtus avortés, ma colère grimpe.
En fait, une foule de questions me viennent à l’esprit : Qui êtes-vous pour vous incrustez dans nos vies privées? Quels droits vous sont donnés de nous dire ce qui est bon ou non pour nous? Pour qui vous prenez-vous pour juger ainsi nos décisions?
On ne peut pas être pour ou contre l’avortement collectivement. C’est une question hautement personnelle. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises raisons de subir cette intervention chirurgicale. Toute est une question de situation. Par exemple, pour nous, se faire avorter parce que le sexe du bébé ne convient pas ne nous rentre pas dans la tête. Mais pour une famille chinoise, qui n'aura qu'un seul bébé dans toute sa vie et pour qui avoir une fille représente bien des tracas, je peux comprendre.
Et on ne peut pas interdire l’avortement aux femmes qui avortent comme elles changent de chemise sous prétexte que ce n’est pas un moyen de contraception. Encore ici, c’est une question de perspective. Si une femme collectionne les avortements, c’est peut-être mieux qu’elle ne mette pas ces enfants au monde, question de ne pas aller grossir la banque de 60 000 enfants signalés chaque année à la DPJ…
Je ne sais pas s’il est trop tard. Mais près de 15 ans après avoir signé cette lettre, j’offre mes plus profondes excuses à Chantal Daigle. Désolé d’avoir porté un jugement sur votre situation bien personnelle qui ne me regardait pas, mais pas du tout.
Parce que tout ceci ne concerne qu’une seule personne et c’est celle qui doit prendre cette décision. Personne d’autre. Et surtout pas les provie.
29 janvier 2008
Déculpabilisez-moi quelqu'un!
Il n’y a personne qui m’avait prévenue quand même temps que la balance montrait des chiffres de plus en plus gros, dû à mon état de grossesse, que grandirait en moi un tout nouveau sentiment : la culpabilité.
Coupable tout d’abord de siroter un touti verre de vin alors que tous les spécialistes de la terre s’entendent pour dire que c’est la pire chose alors que pousse en nous un magnifique petit bébé pétant de santé.
Coupable par la suite de ne pas avoir fait ces foutus exercices d’étirement du périnée tant préconisés par les sommités en la matière. Faut dire qu’une épisiotomie longue comme ça, ça culpabilise une madame assez longtemps. Du moins, le temps que prend à guérir une épisio, soit six à huit semaines.
Coupable de retourner au boulot alors que le bébé tout neuf n’a pas encore son permis de conduire, qu’il n’est pas sur le point d’aller à son bal de finissant ou que l’idée de retirer ses REER ne lui a pas effleuré l’esprit encore.
Coupable de ne pas avoir allaité les deux ans prescrits par l’Organisation mondiale de la santé et d’avoir osé mettre de l’Enfalac dans le biberon à sept mois pour l’une et à un an pour l’autre les exposant ainsi délibérément à de nombreuses allergies et maladies.
Coupable d’être de mauvaise humeur à 4h du matin alors que bébé se réveille pour la huitième fois en hurlant, car il a perdu sa foutue suce. « À quoi ai-je bien pu penser de lui foutre une suce dans la bouche alors qu’elle aurait pu se démerder toute seule avec son puce? »
Coupable ensuite de ne pas être capable de sevrer de sa suce sa grande de deux ans.
Et pourquoi pas se sentir coupable de donner une petite sœur à l’autre lui imposant ainsi nombre de responsabilités qui viennent avec une titre de grande sœur.
Coupable de ne pas démontrer d’enthousiasme à la 44e lecture de Caillou Le petit pot parce que la lecture en bas âge c’est tellement bénéfique sur le succès futur de son enfant dans la sphère scolaire.
Coupable de ne pas avoir su prévenir une gastro, une otite, une sinusite, une pneumonie.
Coupable de ne pas avoir vu arriver la prune sur le front, le bleu sur la cuisse, la graffigne sur le genou.
Coupable de « ploguer » ses rejetons devant la télé et de ne pas profiter des beautés que la nature nous offre en allant jouer dehors.
Coupable de ne pas offrir des repas quatre étoiles trois fois par jour ainsi que des collations hautement équilibrées.
Coupable. Je me sens tout le temps coupable. Coupable de n’importe quoi. Bref, c’est toujours de ma faute.
Culpabilité. Culpabilité. Culpabilité.
Elle est toujours présente. Toujours là. Elle ne « punch » jamais « out » elle? Ne va jamais en vacances? N’a pas de journées de congés prévus à sa convention collective?
Avec des conditions de travail aussi moches, elle devrait se voter un bon mandat de grève et faire du piquetage. Elle devrait demander une réduction importante de ses heures de travail ainsi qu’une bonification de ses congés flottants. N’importe quel arbitre en matière de négociation syndicale ne s’y opposerait, j’en suis certaine.
Pour toutes les mères membres de l’Alliance mondiale pour la non-culpabilité, autorisez rapidement la culpabilité à prendre une année, non une décennie, sabbatique. Nous avons autre chose à faire que de se morfondre avec les « j’aurais donc dû » et les « si j’avais fait ça… »
Coupable tout d’abord de siroter un touti verre de vin alors que tous les spécialistes de la terre s’entendent pour dire que c’est la pire chose alors que pousse en nous un magnifique petit bébé pétant de santé.
Coupable par la suite de ne pas avoir fait ces foutus exercices d’étirement du périnée tant préconisés par les sommités en la matière. Faut dire qu’une épisiotomie longue comme ça, ça culpabilise une madame assez longtemps. Du moins, le temps que prend à guérir une épisio, soit six à huit semaines.
Coupable de retourner au boulot alors que le bébé tout neuf n’a pas encore son permis de conduire, qu’il n’est pas sur le point d’aller à son bal de finissant ou que l’idée de retirer ses REER ne lui a pas effleuré l’esprit encore.
Coupable de ne pas avoir allaité les deux ans prescrits par l’Organisation mondiale de la santé et d’avoir osé mettre de l’Enfalac dans le biberon à sept mois pour l’une et à un an pour l’autre les exposant ainsi délibérément à de nombreuses allergies et maladies.
Coupable d’être de mauvaise humeur à 4h du matin alors que bébé se réveille pour la huitième fois en hurlant, car il a perdu sa foutue suce. « À quoi ai-je bien pu penser de lui foutre une suce dans la bouche alors qu’elle aurait pu se démerder toute seule avec son puce? »
Coupable ensuite de ne pas être capable de sevrer de sa suce sa grande de deux ans.
Et pourquoi pas se sentir coupable de donner une petite sœur à l’autre lui imposant ainsi nombre de responsabilités qui viennent avec une titre de grande sœur.
Coupable de ne pas démontrer d’enthousiasme à la 44e lecture de Caillou Le petit pot parce que la lecture en bas âge c’est tellement bénéfique sur le succès futur de son enfant dans la sphère scolaire.
Coupable de ne pas avoir su prévenir une gastro, une otite, une sinusite, une pneumonie.
Coupable de ne pas avoir vu arriver la prune sur le front, le bleu sur la cuisse, la graffigne sur le genou.
Coupable de « ploguer » ses rejetons devant la télé et de ne pas profiter des beautés que la nature nous offre en allant jouer dehors.
Coupable de ne pas offrir des repas quatre étoiles trois fois par jour ainsi que des collations hautement équilibrées.
Coupable. Je me sens tout le temps coupable. Coupable de n’importe quoi. Bref, c’est toujours de ma faute.
Culpabilité. Culpabilité. Culpabilité.
Elle est toujours présente. Toujours là. Elle ne « punch » jamais « out » elle? Ne va jamais en vacances? N’a pas de journées de congés prévus à sa convention collective?
Avec des conditions de travail aussi moches, elle devrait se voter un bon mandat de grève et faire du piquetage. Elle devrait demander une réduction importante de ses heures de travail ainsi qu’une bonification de ses congés flottants. N’importe quel arbitre en matière de négociation syndicale ne s’y opposerait, j’en suis certaine.
Pour toutes les mères membres de l’Alliance mondiale pour la non-culpabilité, autorisez rapidement la culpabilité à prendre une année, non une décennie, sabbatique. Nous avons autre chose à faire que de se morfondre avec les « j’aurais donc dû » et les « si j’avais fait ça… »
16 janvier 2008
De quel type êtes-vous?
Êtes-vous de type sauce ou poulet? Choisissez-vous la salade crémeuse ou traditionnelle? Préférez-vous le Coke ou le Pepsi? Votre poutine, vous la préférez nature ou arrosée de ketchup?
Chaque jour, nous sommes confrontés à de multiples choix. À tout moment, nous devons favoriser une option au détriment d’une autre.
Dormez-vous à gauche ou à droite du lit? La porte ouverte ou non? Le chauffage dans le tapis ou à zéro? Et au réveil, c’est la radio ou l’agressant buzzer qui vous tire de Morphée?
Préférez-vous la douche rapide ou un long bain moussant et très chaud? Êtes-vous du type pyjama à pattes ou petit baby doll sexy? Vous avez des pantoufles dans votre garde-robe ou le contact du plancher froid sous vos pieds vous plaît d’avantage?
Qu’aimez-vous le plus : la télé ou la radio? Radio-Canada ou TVA? Canal Vie ou RDS? Musique Plus ou Musimax? Le Retour de Dominic et Martin ou Estrie Express? Les Midis de Véro ou Lavoie en direct?
Apportez-vous votre lunch au bureau ou vous connaissez par cœur les menus du midi de tous les restos de la ville? Votre compte, il est à la Caisse ou à la banque? Vous êtes de type Visa ou Master Card? Votre téléphonie, elle passe par Bell ou par Vidéotron? Le matin, vous déjeunez ou non? Êtes-vous pour ou contre le maintien des arrondissements?
Que de choix. Que de sélections à faire. Que de cases à cocher.
J’apprends ce matin que la neige artificielle produite par les stations de ski a des impacts négatifs considérables sur son environnement. Elle brise les arbres, augmente l’érosion de la montagne sans parler de la quantité d’eau nécessaire à la chose. Que faire? Dois-je arrêter la pratique de mon sport préféré afin d’aller dans le même sens que ma conscience écologique?
La semaine dernière, la Chine a banni la production et la vente des milliards de sacs de plastique mince sur son territoire afin de réduire la prolifération de cette «pollution blanche» et de réduire le gaspillage d'énormes quantités de pétrole. Je dis bravo à cette initiative! Je veux bien utiliser des sacs de coton pour mettre y mes emplettes. Dommage que la plupart proviennent de la… Chine ce qui a pour effet d’augmenter les gaz à effet de serre. Qu’est-ce qui est le moins dommageable : plastique ou coton?
Je tuerais pour une framboise. Quand juillet arrive, je peux engloutir des centaines de casseaux de ce fruit rouge produit près d’ici, à Johnville. J’en mets partout : dans mes salades, avec mon filet de porc, dans une tarte. Mais le reste de l’année, dois-je me priver de mon péché mignon parce que les framboises offertes à l’épicerie se sont tapées 5 000 km en camion déversant ainsi des tonnes de CO2 dans l’atmosphère?
Dans mon nouveau chez-moi, il y a un refroidisseur à vin. J’adore ce nouvel électroménager qui libère beaucoup d’espace dans mon frigo. J’aime passer du temps à la SAQ à la recherche de bonnes bouteilles qui rempliront mon nouveau joujou. Mais à chaque fois que je débouche une bouteille, mon cœur se serre pensant à cette ressource naturelle, l’écorce du chêne-liège, qui est grandement en danger. Il faut entre huit et 12 ans à cette écorce pour se régénérer. Ish. Serai-je obligée de me contenter de piquette twist cap pour faire ma part pour préserver ce joyau naturel?
Je me promène dans une toute petite auto. Tellement petite que mon épicerie ne rentre pas au complet dans le coffre. Quand les filles et moi allons en ski, c’est l’enfer entre les trois paires de planches, les bâtons, les bottes, les casques, le sac à lunch. Imaginez quand nous voulons aller camper. Il y a des bagages partout : un sac de couchage sous mes fesses, un oreiller dans la fenêtre de Filou, la tente sous les pieds de Maxim, la passoire à spaghetti sur l’appui-tête côté passager. Tous les centimètres carrés de la voiture sont alors utilisés. Je rêve donc du moment où ma location se terminera. Je mettrai la main sur une bagnole plus grosse…. et qui demandera plus d’essence et qui émettra encore plus de gaz à effets de serre que ma mini.
Pas simple de choisir. De faire des choix qui n’ont aucun impact sur le futur de notre planète tout en se faisant plaisir. Pas simple.
Chaque jour, nous sommes confrontés à de multiples choix. À tout moment, nous devons favoriser une option au détriment d’une autre.
Dormez-vous à gauche ou à droite du lit? La porte ouverte ou non? Le chauffage dans le tapis ou à zéro? Et au réveil, c’est la radio ou l’agressant buzzer qui vous tire de Morphée?
Préférez-vous la douche rapide ou un long bain moussant et très chaud? Êtes-vous du type pyjama à pattes ou petit baby doll sexy? Vous avez des pantoufles dans votre garde-robe ou le contact du plancher froid sous vos pieds vous plaît d’avantage?
Qu’aimez-vous le plus : la télé ou la radio? Radio-Canada ou TVA? Canal Vie ou RDS? Musique Plus ou Musimax? Le Retour de Dominic et Martin ou Estrie Express? Les Midis de Véro ou Lavoie en direct?
Apportez-vous votre lunch au bureau ou vous connaissez par cœur les menus du midi de tous les restos de la ville? Votre compte, il est à la Caisse ou à la banque? Vous êtes de type Visa ou Master Card? Votre téléphonie, elle passe par Bell ou par Vidéotron? Le matin, vous déjeunez ou non? Êtes-vous pour ou contre le maintien des arrondissements?
Que de choix. Que de sélections à faire. Que de cases à cocher.
J’apprends ce matin que la neige artificielle produite par les stations de ski a des impacts négatifs considérables sur son environnement. Elle brise les arbres, augmente l’érosion de la montagne sans parler de la quantité d’eau nécessaire à la chose. Que faire? Dois-je arrêter la pratique de mon sport préféré afin d’aller dans le même sens que ma conscience écologique?
La semaine dernière, la Chine a banni la production et la vente des milliards de sacs de plastique mince sur son territoire afin de réduire la prolifération de cette «pollution blanche» et de réduire le gaspillage d'énormes quantités de pétrole. Je dis bravo à cette initiative! Je veux bien utiliser des sacs de coton pour mettre y mes emplettes. Dommage que la plupart proviennent de la… Chine ce qui a pour effet d’augmenter les gaz à effet de serre. Qu’est-ce qui est le moins dommageable : plastique ou coton?
Je tuerais pour une framboise. Quand juillet arrive, je peux engloutir des centaines de casseaux de ce fruit rouge produit près d’ici, à Johnville. J’en mets partout : dans mes salades, avec mon filet de porc, dans une tarte. Mais le reste de l’année, dois-je me priver de mon péché mignon parce que les framboises offertes à l’épicerie se sont tapées 5 000 km en camion déversant ainsi des tonnes de CO2 dans l’atmosphère?
Dans mon nouveau chez-moi, il y a un refroidisseur à vin. J’adore ce nouvel électroménager qui libère beaucoup d’espace dans mon frigo. J’aime passer du temps à la SAQ à la recherche de bonnes bouteilles qui rempliront mon nouveau joujou. Mais à chaque fois que je débouche une bouteille, mon cœur se serre pensant à cette ressource naturelle, l’écorce du chêne-liège, qui est grandement en danger. Il faut entre huit et 12 ans à cette écorce pour se régénérer. Ish. Serai-je obligée de me contenter de piquette twist cap pour faire ma part pour préserver ce joyau naturel?
Je me promène dans une toute petite auto. Tellement petite que mon épicerie ne rentre pas au complet dans le coffre. Quand les filles et moi allons en ski, c’est l’enfer entre les trois paires de planches, les bâtons, les bottes, les casques, le sac à lunch. Imaginez quand nous voulons aller camper. Il y a des bagages partout : un sac de couchage sous mes fesses, un oreiller dans la fenêtre de Filou, la tente sous les pieds de Maxim, la passoire à spaghetti sur l’appui-tête côté passager. Tous les centimètres carrés de la voiture sont alors utilisés. Je rêve donc du moment où ma location se terminera. Je mettrai la main sur une bagnole plus grosse…. et qui demandera plus d’essence et qui émettra encore plus de gaz à effets de serre que ma mini.
Pas simple de choisir. De faire des choix qui n’ont aucun impact sur le futur de notre planète tout en se faisant plaisir. Pas simple.
09 janvier 2008
Un souvenir lointain
Un de mes souvenirs les plus anciens remonte à mon Noël de six ans. Nous étions réunis chez mes grands-parents paternels. Toute la famille y était : mes tantes, mes oncles, mon cousin et ma cousine, mes parents et ma petite sœur. La soirée était prometteuse. À cet âge, un sapin enseveli sous les cadeaux ça rend n’importe qui heureux de toute façon.
Mais ne me demandez pas ce que j’ai reçu ce soir-là. M’en souviens plus.
Tout ce que je me rappelle, c’est de mon grand-père qui descendait au sous-sol. Une fois en bas, comme il ne se souvenait plus pourquoi il y était, il remontait. Mais dès qu’il mettait le pied sur la dernière marche de l’étage, ce qu’il avait à faire au sous-sol lui revenait en tête et il y redescendait donc. Une fois en bas, il avait déjà oublié ce qu’il avait à faire…
Le manège s’est poursuivi très longtemps. Sur le coup, je trouvais ça amusant de le voir faire. Mais rapidement, à regarder les visages tristes de ma famille, j’ai compris qu’il n’y avait rien de drôle dans les agissements de mon grand-père.
Nous assistions en avant-première (et bien impuissants) à une pièce de théâtre intitulée : « En route vers l’Alzheimer ». Mon grand-père y jouait le rôle principal, bien malgré lui, et à notre plus grand désarroi, il nous avait offert des billets aux premières loges…
Quelques temps plus tard, mon grand-père a fait son entrée à l’hôpital. Il était devenu difficile pour ma grand-mère de veiller sur lui. Il tombait partout, refusait de se laver et perdait de plus en plus la mémoire.
Il n’en est plus jamais sorti. Sauf ce matin d’avril 1990 où on l’a transporté au cimetière Saint-Michel. Ce matin-là, après avoir oublié tout à tour le nom de ma grand-mère, celui de ses enfants et petits-enfants et bon nombre d’événements qui ont ponctué sa vie, il avait oublié de respirer.
On estime qu’en 2008, il y aura 450 000 Canadiens de 65 ans et plus qui seront atteints de la maladie d’Alzheimer ce qui représente 1 personne sur 13. Chez les Canadiens de plus de 85 ans, ce taux grimpe à 1 sur 3. Seulement ici, en Estrie, plus de 8 000 personnes doivent conjuguer avec maladie.
Malgré l’évolution des connaissances et la découverte de médicaments spécifiques, le nombre de personnes atteintes augmentera de 57% d’ici 15 ans. Malheureusement, pour le moment, il n'existe encore aucun moyen de guérir ou de prévenir la maladie.
Janvier est le mois de la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer. Alors pour tout ces Canadiens qui vivent avec cette affection chaque jour, pour les 20% de la population qui ont dans leur famille une personne atteinte de cette maladie, je vous invite à faire un don à la Société Alzheimer de l'Estrie soit directement sur leur site Internet au www.alzheimerestrie.com ou encore par la poste au 375, rue Argyll, Édifice Norton, bureau 0725, Sherbrooke, J1J 3H5.
Mais ne me demandez pas ce que j’ai reçu ce soir-là. M’en souviens plus.
Tout ce que je me rappelle, c’est de mon grand-père qui descendait au sous-sol. Une fois en bas, comme il ne se souvenait plus pourquoi il y était, il remontait. Mais dès qu’il mettait le pied sur la dernière marche de l’étage, ce qu’il avait à faire au sous-sol lui revenait en tête et il y redescendait donc. Une fois en bas, il avait déjà oublié ce qu’il avait à faire…
Le manège s’est poursuivi très longtemps. Sur le coup, je trouvais ça amusant de le voir faire. Mais rapidement, à regarder les visages tristes de ma famille, j’ai compris qu’il n’y avait rien de drôle dans les agissements de mon grand-père.
Nous assistions en avant-première (et bien impuissants) à une pièce de théâtre intitulée : « En route vers l’Alzheimer ». Mon grand-père y jouait le rôle principal, bien malgré lui, et à notre plus grand désarroi, il nous avait offert des billets aux premières loges…
Quelques temps plus tard, mon grand-père a fait son entrée à l’hôpital. Il était devenu difficile pour ma grand-mère de veiller sur lui. Il tombait partout, refusait de se laver et perdait de plus en plus la mémoire.
Il n’en est plus jamais sorti. Sauf ce matin d’avril 1990 où on l’a transporté au cimetière Saint-Michel. Ce matin-là, après avoir oublié tout à tour le nom de ma grand-mère, celui de ses enfants et petits-enfants et bon nombre d’événements qui ont ponctué sa vie, il avait oublié de respirer.
On estime qu’en 2008, il y aura 450 000 Canadiens de 65 ans et plus qui seront atteints de la maladie d’Alzheimer ce qui représente 1 personne sur 13. Chez les Canadiens de plus de 85 ans, ce taux grimpe à 1 sur 3. Seulement ici, en Estrie, plus de 8 000 personnes doivent conjuguer avec maladie.
Malgré l’évolution des connaissances et la découverte de médicaments spécifiques, le nombre de personnes atteintes augmentera de 57% d’ici 15 ans. Malheureusement, pour le moment, il n'existe encore aucun moyen de guérir ou de prévenir la maladie.
Janvier est le mois de la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer. Alors pour tout ces Canadiens qui vivent avec cette affection chaque jour, pour les 20% de la population qui ont dans leur famille une personne atteinte de cette maladie, je vous invite à faire un don à la Société Alzheimer de l'Estrie soit directement sur leur site Internet au www.alzheimerestrie.com ou encore par la poste au 375, rue Argyll, Édifice Norton, bureau 0725, Sherbrooke, J1J 3H5.
02 janvier 2008
Que ferais-je sans elles?
Me suis amusée ce week-end. Les filles étaient chez papa jusqu’au jour de l’An. Ça me laissait un popire répit parental. Rien n’était prévu à l’agenda de ces quatre jours de childs free. Rien. Sweet nothing.
J’ai rempli la baignoire à ras bord. J’y ai mis tout plein de bulles. Pis j’ai trouvé une petite place pour y déposer une coupe de vin. Je me suis glissée dans cette eau bouillante annonciatrice de détente. Ce n’est qu’une fois complètement mouillée, que je me rends compte que j’ai oublié mon livre dans ma chambre. Déception.
Bon, je ne vais pas gâcher cet instant. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me suis mise à penser à ce que serait ma vie sans mes guidounes. Que ferais-je de mon temps si je n’avais pas d’héritières à m’occuper? Comment occuperais-je mes dix doigts devant toutes ces cases vides de mon agenda?
Facile. Trop facile même.
Premièrement, les nuits écourtées seraient terminées. Fini les réveils à 2 heures du mat parce qu’un cauchemar est venu hanter mon bébé ou qu’une gastro a choisi ma plus vieille comme victime.
Deuxièmement, comme je n’aurais pas à accourir à la maison à chaque soir pour remplir deux petits estomacs qui crient famine, je pourrais travailler plus tard et plus fort et ainsi être dans les bonnes grâces du patron. Je serais sans aucun doute une femme grandement valorisée grâce à son boulot.
Aussi, sans devoir à superviser et bain à donner, je serais libre de voir tous les nouveaux films au ciné, d’admirer toutes les expositions culturelles récentes, d’assister à bon nombre de spectacles. Sans enfants, vraiment je serais une fille super cultivée!
Sans calendrier de vaccination à gérer, sans agenda scolaire à regarder, sans horaire de cours de ski (et de ballet et de natation et de violon) à respecter, je serais libre de déjeuner en début d’après-midi, de souper avec un bol de céréales Froot Loops, de me coucher à pas d’heure et de me réveiller quand bon me semblera.
Fini le cassage de bicycle devant le Guide alimentaire canadien, les recommandations de l’Association canadienne de pédiatrie, les rappels de Mattel et les mise en garde importantes du Docteur Chicoine. Maintenant, je peux manger des gras trans, ne pas verrouiller mon armoire à médicaments, jouer avec des Polly Pocket, ne pas me questionner sur les séquelles de la garderie dans la vie d’un enfant et ce, sans culpabilité aucune.
Comme je ne serais plus obligée de jouer les clowns pour divertir mes filles, de me prendre pour un coach de football pour les motiver à aller dehors ou de me transformer en savant mathématicien pour déchiffrer les bulletins scolaires, j’aurais tout mon temps pour lire des tonnes de romans ou encore pour m’instruire d’avantage en m’inscrivant à un cours de point de croix ou de m’ouvrir sur le monde en suivant des leçons de cuisine angolaise.
Mes cotisations aux régimes d’épargnes-études seraient remplacées par des investissements d’épargne-voyage. Mes versements trop fréquents dans les boutiques de fringues pour enfants seraient convertis en mise de fond sur un bateau ou sur une résidence secondaire en Provence.
Sans enfant sous ma gouverne, je ne manquerais plus jamais un 5 à 7. Je répondrais toujours présente aux soupers entre amis. Plus question de rater un seul get together.
Vraiment, ma vie de femme sans progéniture serait comblée.
Mais maudit que ma vie serait plate et ennuyante sans mes deux petits soleils. Vivement qu’elles reviennent jouer les trouble-fête!
J’ai rempli la baignoire à ras bord. J’y ai mis tout plein de bulles. Pis j’ai trouvé une petite place pour y déposer une coupe de vin. Je me suis glissée dans cette eau bouillante annonciatrice de détente. Ce n’est qu’une fois complètement mouillée, que je me rends compte que j’ai oublié mon livre dans ma chambre. Déception.
Bon, je ne vais pas gâcher cet instant. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me suis mise à penser à ce que serait ma vie sans mes guidounes. Que ferais-je de mon temps si je n’avais pas d’héritières à m’occuper? Comment occuperais-je mes dix doigts devant toutes ces cases vides de mon agenda?
Facile. Trop facile même.
Premièrement, les nuits écourtées seraient terminées. Fini les réveils à 2 heures du mat parce qu’un cauchemar est venu hanter mon bébé ou qu’une gastro a choisi ma plus vieille comme victime.
Deuxièmement, comme je n’aurais pas à accourir à la maison à chaque soir pour remplir deux petits estomacs qui crient famine, je pourrais travailler plus tard et plus fort et ainsi être dans les bonnes grâces du patron. Je serais sans aucun doute une femme grandement valorisée grâce à son boulot.
Aussi, sans devoir à superviser et bain à donner, je serais libre de voir tous les nouveaux films au ciné, d’admirer toutes les expositions culturelles récentes, d’assister à bon nombre de spectacles. Sans enfants, vraiment je serais une fille super cultivée!
Sans calendrier de vaccination à gérer, sans agenda scolaire à regarder, sans horaire de cours de ski (et de ballet et de natation et de violon) à respecter, je serais libre de déjeuner en début d’après-midi, de souper avec un bol de céréales Froot Loops, de me coucher à pas d’heure et de me réveiller quand bon me semblera.
Fini le cassage de bicycle devant le Guide alimentaire canadien, les recommandations de l’Association canadienne de pédiatrie, les rappels de Mattel et les mise en garde importantes du Docteur Chicoine. Maintenant, je peux manger des gras trans, ne pas verrouiller mon armoire à médicaments, jouer avec des Polly Pocket, ne pas me questionner sur les séquelles de la garderie dans la vie d’un enfant et ce, sans culpabilité aucune.
Comme je ne serais plus obligée de jouer les clowns pour divertir mes filles, de me prendre pour un coach de football pour les motiver à aller dehors ou de me transformer en savant mathématicien pour déchiffrer les bulletins scolaires, j’aurais tout mon temps pour lire des tonnes de romans ou encore pour m’instruire d’avantage en m’inscrivant à un cours de point de croix ou de m’ouvrir sur le monde en suivant des leçons de cuisine angolaise.
Mes cotisations aux régimes d’épargnes-études seraient remplacées par des investissements d’épargne-voyage. Mes versements trop fréquents dans les boutiques de fringues pour enfants seraient convertis en mise de fond sur un bateau ou sur une résidence secondaire en Provence.
Sans enfant sous ma gouverne, je ne manquerais plus jamais un 5 à 7. Je répondrais toujours présente aux soupers entre amis. Plus question de rater un seul get together.
Vraiment, ma vie de femme sans progéniture serait comblée.
Mais maudit que ma vie serait plate et ennuyante sans mes deux petits soleils. Vivement qu’elles reviennent jouer les trouble-fête!
Le réveillon de la réconciliation
Les temps changent. Les gens aussi.
Nous avançons de deux pas, nous reculons d’un, puis nous avançons à nouveau. Des émotions qui étaient autrefois si douloureuses ont laissé leur place à d’autres beaucoup plus paisibles. Les nuits d’insomnie sont de plus en plus rares. Les moments de mélancolie, les crises de larme, les instants de nostalgie sont allés voir ailleurs s’ils y étaient.
Les temps changent. Les gens aussi.
Nous oublions pourquoi nous étions si fâchés. Les mauvais souvenirs cèdent leur place à d’autres plus doux. L’amertume qui était devenue une grande complice est allée se chercher une nouvelle bande d’amis.
Les temps changent. Les gens aussi.
Ces Noël, si difficiles à traverser, sont devenus beaucoup plus amusants et joyeux. Toutes ces réunions familiales et cette effervescence, qui nous étaient insupportables, sont à présent des plus agréables à vivre. Ces décorations, qui nous semblaient superficielles, trouvent à nouveau place dans notre demeure. Cette redondante musique, qui débarque sur les ondes une fois la page de novembre arrachée du calendrier, devient tout à coup la plus belle de toutes.
Les temps changent. Les gens aussi.
Alors qu’avant le cœur nous levait devant la besogne de la décoration du sapin, voilà que maintenant nous courons les boutiques à la recherche de l’étoile parfaite qui illuminera l’arbre. On fouille les magazines de déco pour faire de cet arbre le plus beau des plus beaux. Nous chantons Petit papa Noël en emballant nos cadeaux en prenant soin d’agencer le papier d’emballage avec la couleur des boules accrochées aux branches du conifère. Nous écoutons Le sapin a des boules ou encore Réellement l’amour en répétition sans maudire le fait que Rumeurs et Les hauts et les bas de Sophie Paquin soient retirés des ondes pendant les fêtes.
Les temps changent. Les gens aussi.
J’ai eu l’occasion de le vérifier en début de semaine. Quatre ans après notre dernier Noël tous ensemble, mes filles ont pu célébrer à nouveau avec leurs deux parents. Les conflits, les frustrations, les désaccords n’étaient pas invités à notre réveillon. Ce sont plutôt la bonne humeur et la volonté de faire passer un merveilleux Noël à nos héritières qui ont reçu un carton d’invitation à notre petite fête.
Nous avons partagé un bon repas pendant lequel nous avons rigolé des sottises de Filou et écouté les dernières péripéties de Maxim. Puis, nous nous sommes délectés des sourires et des yeux émerveillés de nos loulous déballant leurs cadeaux. Nous avons pouffé de rire devant les exploits maladresses de Max au bowling de notre nouvelle Wii. Puis, Félixe nous a grandement impressionnés avec son revers digne de n’importe quelle Martina Hingis de ce monde lorsque nous avons joué au tennis avec cette même console de jeux.
Bref, ce fut une magnifique soirée où les réjouissances occupaient le premier plan. Une fête dont les filles se souviendront longtemps. Et je pense qu’au-delà des cadeaux espérés et déballés, nous leur avons offert le plus beau : des parents séparés qui s’entendent bien et qui mettent en tête de liste le bien-être de leurs enfants avant tout.
Les temps changent. Les gens aussi. L’avenir est prometteur non?
Nous avançons de deux pas, nous reculons d’un, puis nous avançons à nouveau. Des émotions qui étaient autrefois si douloureuses ont laissé leur place à d’autres beaucoup plus paisibles. Les nuits d’insomnie sont de plus en plus rares. Les moments de mélancolie, les crises de larme, les instants de nostalgie sont allés voir ailleurs s’ils y étaient.
Les temps changent. Les gens aussi.
Nous oublions pourquoi nous étions si fâchés. Les mauvais souvenirs cèdent leur place à d’autres plus doux. L’amertume qui était devenue une grande complice est allée se chercher une nouvelle bande d’amis.
Les temps changent. Les gens aussi.
Ces Noël, si difficiles à traverser, sont devenus beaucoup plus amusants et joyeux. Toutes ces réunions familiales et cette effervescence, qui nous étaient insupportables, sont à présent des plus agréables à vivre. Ces décorations, qui nous semblaient superficielles, trouvent à nouveau place dans notre demeure. Cette redondante musique, qui débarque sur les ondes une fois la page de novembre arrachée du calendrier, devient tout à coup la plus belle de toutes.
Les temps changent. Les gens aussi.
Alors qu’avant le cœur nous levait devant la besogne de la décoration du sapin, voilà que maintenant nous courons les boutiques à la recherche de l’étoile parfaite qui illuminera l’arbre. On fouille les magazines de déco pour faire de cet arbre le plus beau des plus beaux. Nous chantons Petit papa Noël en emballant nos cadeaux en prenant soin d’agencer le papier d’emballage avec la couleur des boules accrochées aux branches du conifère. Nous écoutons Le sapin a des boules ou encore Réellement l’amour en répétition sans maudire le fait que Rumeurs et Les hauts et les bas de Sophie Paquin soient retirés des ondes pendant les fêtes.
Les temps changent. Les gens aussi.
J’ai eu l’occasion de le vérifier en début de semaine. Quatre ans après notre dernier Noël tous ensemble, mes filles ont pu célébrer à nouveau avec leurs deux parents. Les conflits, les frustrations, les désaccords n’étaient pas invités à notre réveillon. Ce sont plutôt la bonne humeur et la volonté de faire passer un merveilleux Noël à nos héritières qui ont reçu un carton d’invitation à notre petite fête.
Nous avons partagé un bon repas pendant lequel nous avons rigolé des sottises de Filou et écouté les dernières péripéties de Maxim. Puis, nous nous sommes délectés des sourires et des yeux émerveillés de nos loulous déballant leurs cadeaux. Nous avons pouffé de rire devant les exploits maladresses de Max au bowling de notre nouvelle Wii. Puis, Félixe nous a grandement impressionnés avec son revers digne de n’importe quelle Martina Hingis de ce monde lorsque nous avons joué au tennis avec cette même console de jeux.
Bref, ce fut une magnifique soirée où les réjouissances occupaient le premier plan. Une fête dont les filles se souviendront longtemps. Et je pense qu’au-delà des cadeaux espérés et déballés, nous leur avons offert le plus beau : des parents séparés qui s’entendent bien et qui mettent en tête de liste le bien-être de leurs enfants avant tout.
Les temps changent. Les gens aussi. L’avenir est prometteur non?
03 décembre 2007
Jamais deux sans trois
Je trouve que les expressions toutes faites et les proverbes des pages roses du Larousse ne valent pas grand-chose. Souvent, j’ai l’impression que ça ne sert qu’à meubler une conversation pauvre en action. Sans compter que la plupart du temps, personne ne saisit le 1/8 du sens de la dite expression. Par exemple, je peux vous garocher comme ça à brûle pour point « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » et vous donner l’impression que je suis très cultivée et intelligente. Pourtant, je n’ai aucune idée de ce que ça veut dire.
Par contre, je pourrais longuement discourir sur l’explication de l’expression « Jamais deux sans trois ». Tellement que c’est devenu un mode de vie. Quand quelque chose m’arrive deux fois, c’est sûr qu’une troisième se pointera à l’horizon sous peu.
Sceptiques? Voici quelques exemples. Je n’ai pas occupé deux, mais trois postes au journal depuis mon arrivée dans les locaux de la rue Roy : préposée à la production publicitaire, pigiste puis rédactrice en chef.
Aussi, trois de mes os se sont retrouvés dans le plâtre: un poignet, un doigt et un coude. Au cours des prochaines semaines, j’aurais à me rendre à trois partys de Noël pour le boulot. J’ai pendu trois fois la crémaillère à Proulxville. J’ai fait trois voyages au cours de la dernière année. Le robinet du bain a brisé à trois reprises.
Mais le comble de cette expression est arrivé samedi dernier. J’attendais sagement à une lumière que le rouge cède sa place au vert. Pour passer le temps, je mets le cd de Tricot machine dans le lecteur. Plutôt que d’entendre la voix de Catherine Leduc dans mes haut-parleurs, c’est plutôt le bruit d’un crissement de pneu qui s’est rendu à mes oreilles, suivi d’un grand bang. Avant même que je ne réalise ce qui venait de se produire, j’entendais Filou hurler derrière. (Pas deux, mais trois bruits!).
Pour la troisième fois cet automne, des gens ont foncé dans mon pare-choc arrière. Vous avez bien lu : trois fois cet automne! Les trois ont frappé ma voiture sans que je les ais sonnés. Et trois fois, j’ai téléphoné mes assurances pour leur raconter l’aventure. Si bien que maintenant quand j’appelle mon agent d’assurances, il reconnaît ma voix et demande des nouvelles des enfants…
J’espérais bien que cette série de trois s’arrêterait ici. Mais était-ce trop demander à la vie? Voyez par vous-même.
Vendredi matin, le cadran n’a pas sonné. C’est donc dans un état de panique total que je me suis réveillée. Samedi matin, c’est le téléphone à 4h30 du matin qui m’a sorti d’un sommeil des plus paisibles. Devinez ce qui est arrivé dimanche matin…
« Maman d’amour… réveille-toi…. » « Ohhh! Les filles. Il est juste 7h et c’est dimanche. Je veux dooooormir un peu…. » « Allez maman, ouvre les yeux. C’est le matin… »
De peine et de misère, j’ai ouvert les yeux. Sur mon lit, il y avait deux puces au sourire grand comme ça avec un plateau à déjeuner dans les mains sur lequel était disposé un grand verre de jus d’orange, un bol de yogourt aux fruits accompagné d’un super sandwich aux œufs et fromage suisse.
J’ai tout de suite crains le pire pour ma cuisine. Il en était rien heureusement. C’est en savourant mon petit-déj que j’ai pensé que mes séries de trois étaient terminées. Que c’était de l’histoire ancienne. Que mes réveils seraient à nouveau plus cléments.
Mais non.
Ce matin, c’est une tempête de neige qui m’a réveillée. Un congé d’école pour mes loulous, mais surtout un casse-tête pour la maman qui travaille. Soupir. Ce n’est pas terminé.
Par contre, je pourrais longuement discourir sur l’explication de l’expression « Jamais deux sans trois ». Tellement que c’est devenu un mode de vie. Quand quelque chose m’arrive deux fois, c’est sûr qu’une troisième se pointera à l’horizon sous peu.
Sceptiques? Voici quelques exemples. Je n’ai pas occupé deux, mais trois postes au journal depuis mon arrivée dans les locaux de la rue Roy : préposée à la production publicitaire, pigiste puis rédactrice en chef.
Aussi, trois de mes os se sont retrouvés dans le plâtre: un poignet, un doigt et un coude. Au cours des prochaines semaines, j’aurais à me rendre à trois partys de Noël pour le boulot. J’ai pendu trois fois la crémaillère à Proulxville. J’ai fait trois voyages au cours de la dernière année. Le robinet du bain a brisé à trois reprises.
Mais le comble de cette expression est arrivé samedi dernier. J’attendais sagement à une lumière que le rouge cède sa place au vert. Pour passer le temps, je mets le cd de Tricot machine dans le lecteur. Plutôt que d’entendre la voix de Catherine Leduc dans mes haut-parleurs, c’est plutôt le bruit d’un crissement de pneu qui s’est rendu à mes oreilles, suivi d’un grand bang. Avant même que je ne réalise ce qui venait de se produire, j’entendais Filou hurler derrière. (Pas deux, mais trois bruits!).
Pour la troisième fois cet automne, des gens ont foncé dans mon pare-choc arrière. Vous avez bien lu : trois fois cet automne! Les trois ont frappé ma voiture sans que je les ais sonnés. Et trois fois, j’ai téléphoné mes assurances pour leur raconter l’aventure. Si bien que maintenant quand j’appelle mon agent d’assurances, il reconnaît ma voix et demande des nouvelles des enfants…
J’espérais bien que cette série de trois s’arrêterait ici. Mais était-ce trop demander à la vie? Voyez par vous-même.
Vendredi matin, le cadran n’a pas sonné. C’est donc dans un état de panique total que je me suis réveillée. Samedi matin, c’est le téléphone à 4h30 du matin qui m’a sorti d’un sommeil des plus paisibles. Devinez ce qui est arrivé dimanche matin…
« Maman d’amour… réveille-toi…. » « Ohhh! Les filles. Il est juste 7h et c’est dimanche. Je veux dooooormir un peu…. » « Allez maman, ouvre les yeux. C’est le matin… »
De peine et de misère, j’ai ouvert les yeux. Sur mon lit, il y avait deux puces au sourire grand comme ça avec un plateau à déjeuner dans les mains sur lequel était disposé un grand verre de jus d’orange, un bol de yogourt aux fruits accompagné d’un super sandwich aux œufs et fromage suisse.
J’ai tout de suite crains le pire pour ma cuisine. Il en était rien heureusement. C’est en savourant mon petit-déj que j’ai pensé que mes séries de trois étaient terminées. Que c’était de l’histoire ancienne. Que mes réveils seraient à nouveau plus cléments.
Mais non.
Ce matin, c’est une tempête de neige qui m’a réveillée. Un congé d’école pour mes loulous, mais surtout un casse-tête pour la maman qui travaille. Soupir. Ce n’est pas terminé.
27 novembre 2007
Rhume et monoparentalité
Aujourd’hui, en ce moment précis, je déteste être monoparentale.
Ça m’est tombé dessus hier après-midi. Au départ, je n’avais que quelques frissons. Puis, mon nez s’est mis à couler, mes yeux à piquer, ma tête à faire mal.
Un vulgaire rhume m’avait choisie comme cible. En l’espace d’un seul après-midi, j’étais la proie de millions de bactéries prêtes à me rendre la vie difficiles pour les prochains jours et moi, comme je n’avais aucune arme pour me défendre contre eux (surtout à la gang qu’ils étaient) que j’ai abdiqué. J’ai capitulé. J’ai baissé les bras.
Les mouchoirs n’ont pas trop pris de temps à faire déborder ma poubelle. Je faisais le rêve éveillé d’un lit et d’une belle dédette d’après-midi. D’une maman qui venait me porter une bonne soupe poulet et nouilles.
Je fantasmais sur mon divan et mon doudou tout en regardant Terre Humaine à la télé. Je pensais à un immense bain chaud avec de l’huile d’eucalyptus dedans. J’imaginais une main dans mon dos à étendre du Vicks. Je ne me cassais pas la tête avec le panier de linge sale rempli à pleine capacité, le frigo vide pis le plancher tout sale. J’avais besoin de toutes mes forces pour venir à bout de mon virus.
Ça aurait été tellement simple. Avec un tel régime, mon maudit rhume aurait été de l’histoire ancienne en moins de 24 heures. Mais ce n’est pas la vraie vie ça. La vraie vie, du moins, par chez moi, ce n’est pas comme ça.
Le cadran n’avait même pas encore sonné que j’avais ma loulou de six ans à côté du lit qui voulait jouer aux Petshop avec moi. Puis-je vous confier que je n’avais nullement envie de me prendre pour un véto-pour-petites-bêtes-en-plastique-à-la-tête-qui-dodeline? Ma langue épaisse comme ça, conséquence d’une nuit à respirer par la bouche, me quémandait beaucoup plus un grand verre d’eau.
Entre temps, Maxim a cru que c’était le bon moment pour pratique son Menuet, sa dernière pièce apprise au piano. Malheureusement, le bouton du volume du clavier est resté coincé au plus fort. Les ré-sol-la-si-do-ré-sol-sol ont donc retenti dans ma tête aussi fort qu’une explosion nucléaire.
Il n’était que 7h20 et j’avais déjà envie de démissionner de mon rôle de mère. De me recoucher en position fœtale dans mon lit et d’attendre que les 24 heures me séparant du lendemain passe.
J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai fait déjeuner mes puces. C’est Filou qui s’est rendue compte la première que j’étais au bord de mourir de mon rhume. Elle était là derrière mon dos à me flatter le derrière des cuisses (j’imagine que son intention première était de me flatter le dos, mais à la grandeur qu’elle a, les cuisses étaient plus faciles à atteindre). « Ça ne va pas maman d’amour? Est-ce que tu es malade? Est-ce que tu veux un bon jus d’orange-parce-que-les-oranges-ça-guérit-les-rhumes? » me dit-elle d’un trait tout en cherchant dans le frigo la fameuse bouteille de jus miracle.
Dès que Maxim a entendu que je vivais de grandes souffrances, elle s’est offerte pour ranger la vaisselle du déj et pour préparer ses collations et celles de sa sœur. Elle a pensé également à faire son lit, à envoyer au panier son pyjama, à se laver les dents. Tout ça, ça que je le demande. Cerise sur le sundae, elle a même aidé sa petite sœur à enfiler ses bottes et à attacher son manteau d’hiver.
Bref, à 8h10, soit 15 minutes plus tôt qu’à l’habitude, mes petites colocs étaient prêtes à partir à l’école. Un record!
Finalement, conjuguer monoparentalité et rhume, ce n’est pas si pire. C’est même plutôt agréable. Je pense même à simuler un rhume 365 jours par année…
Ça m’est tombé dessus hier après-midi. Au départ, je n’avais que quelques frissons. Puis, mon nez s’est mis à couler, mes yeux à piquer, ma tête à faire mal.
Un vulgaire rhume m’avait choisie comme cible. En l’espace d’un seul après-midi, j’étais la proie de millions de bactéries prêtes à me rendre la vie difficiles pour les prochains jours et moi, comme je n’avais aucune arme pour me défendre contre eux (surtout à la gang qu’ils étaient) que j’ai abdiqué. J’ai capitulé. J’ai baissé les bras.
Les mouchoirs n’ont pas trop pris de temps à faire déborder ma poubelle. Je faisais le rêve éveillé d’un lit et d’une belle dédette d’après-midi. D’une maman qui venait me porter une bonne soupe poulet et nouilles.
Je fantasmais sur mon divan et mon doudou tout en regardant Terre Humaine à la télé. Je pensais à un immense bain chaud avec de l’huile d’eucalyptus dedans. J’imaginais une main dans mon dos à étendre du Vicks. Je ne me cassais pas la tête avec le panier de linge sale rempli à pleine capacité, le frigo vide pis le plancher tout sale. J’avais besoin de toutes mes forces pour venir à bout de mon virus.
Ça aurait été tellement simple. Avec un tel régime, mon maudit rhume aurait été de l’histoire ancienne en moins de 24 heures. Mais ce n’est pas la vraie vie ça. La vraie vie, du moins, par chez moi, ce n’est pas comme ça.
Le cadran n’avait même pas encore sonné que j’avais ma loulou de six ans à côté du lit qui voulait jouer aux Petshop avec moi. Puis-je vous confier que je n’avais nullement envie de me prendre pour un véto-pour-petites-bêtes-en-plastique-à-la-tête-qui-dodeline? Ma langue épaisse comme ça, conséquence d’une nuit à respirer par la bouche, me quémandait beaucoup plus un grand verre d’eau.
Entre temps, Maxim a cru que c’était le bon moment pour pratique son Menuet, sa dernière pièce apprise au piano. Malheureusement, le bouton du volume du clavier est resté coincé au plus fort. Les ré-sol-la-si-do-ré-sol-sol ont donc retenti dans ma tête aussi fort qu’une explosion nucléaire.
Il n’était que 7h20 et j’avais déjà envie de démissionner de mon rôle de mère. De me recoucher en position fœtale dans mon lit et d’attendre que les 24 heures me séparant du lendemain passe.
J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai fait déjeuner mes puces. C’est Filou qui s’est rendue compte la première que j’étais au bord de mourir de mon rhume. Elle était là derrière mon dos à me flatter le derrière des cuisses (j’imagine que son intention première était de me flatter le dos, mais à la grandeur qu’elle a, les cuisses étaient plus faciles à atteindre). « Ça ne va pas maman d’amour? Est-ce que tu es malade? Est-ce que tu veux un bon jus d’orange-parce-que-les-oranges-ça-guérit-les-rhumes? » me dit-elle d’un trait tout en cherchant dans le frigo la fameuse bouteille de jus miracle.
Dès que Maxim a entendu que je vivais de grandes souffrances, elle s’est offerte pour ranger la vaisselle du déj et pour préparer ses collations et celles de sa sœur. Elle a pensé également à faire son lit, à envoyer au panier son pyjama, à se laver les dents. Tout ça, ça que je le demande. Cerise sur le sundae, elle a même aidé sa petite sœur à enfiler ses bottes et à attacher son manteau d’hiver.
Bref, à 8h10, soit 15 minutes plus tôt qu’à l’habitude, mes petites colocs étaient prêtes à partir à l’école. Un record!
Finalement, conjuguer monoparentalité et rhume, ce n’est pas si pire. C’est même plutôt agréable. Je pense même à simuler un rhume 365 jours par année…
Ces héros parmi nous
Ils sont ici. Ils sont là.
Malheureusement, on ne les voit pas. Du moins, pas assez.
Sherbrooke regorge de héros. Dans toutes les sphères de la société. Dans toutes les couches sociales. Ils sont cachés dans tous les arrondissements.
Ils s’investissent sans relâche. Sans demander plus. Sans vouloir se mettre en valeur au détriment des autres.
Mon ami Jean-Pascal est des leurs. Chaque semaine, ce médecin sauve des vies. Il aide des centaines de personnes par année à mieux marcher, à mieux fonctionner dans leur quotidien, à moins souffrir.
La salle d’op est devenue sa deuxième maison. Les prothèses de hanches et de genoux sont devenues ses alliés. Les scalpels, les marteaux et les perceuses sont devenus ses copains. Une belle gang qui change la vie de tellement de gens.
Vraiment, il en est un.
Même si Mélanie ne travaille pas au bloc opératoire, il serait complètement faux de dire qu’elle ne sauve pas de vie. Chaque matin, alors qu’elle se pointe dans sa classe d’élèves vivant avec des troubles de comportement, cette prof rivalise d’ingéniosité et d’audace pour leur permettre de croire en eux, de voir que demain est possible malgré leurs difficultés.
Pourquoi s’en tenir aux traditionnels cahiers d’exercices alors qu’on peut leur donner l’espoir qu’ils réussiront avec des projets géniaux qui cherchent beaucoup à les remplir de confiance qu’à en faire des petits singes savants?
Sans aucun doute, elle en est une.
Avec un diplôme en droit dans les poches, les futurs avocats rêvent, pour la plupart, de défendre de grandes causes qui les aideront grandement à rembourser l’hypothèque de leur nouvelle maison de la rue Rostand. Probablement qu’ils travailleront sans relâche facturant d’innombrables heures à coup de 250$ à leurs riches clients. Ils se voient en mettre plein la vue à la cour avec leurs grands plaidoyers espérant ainsi convaincre le jury qu’ils ont raison.
Mais de croire ça, ça serait de bien mal connaître mon cousin Mario. Avocat à la Direction de la protection de la jeunesse, son travail consiste à défendre des loulous pour qui la vie ne les a pas nécessairement gâtés avant même qu’ils aient l’âge de penser que ce n’est pas partout pareil.
Des cœurs meurtris, des os cassés, des âmes brisées, il n’y a pas grande souffrance que Mario n’a pas rencontrée dans sa carrière. Mais il continue, chaque jour, à travailler pour que pareille injustice soit réparée. Pour que ces enfants puissent espérer qu’un jour le vent tournera en leur faveur.
Il en est un aussi.
Ce sont tous des héros.
Même s’ils ne font pas la manchette chaque jour. Même si on ne leur demande pas leur autographe à chaque coin de rue. Même s’ils ne bossent pas pour la gloire. Ce sont des héros.
Malheureusement, on ne les voit pas. Du moins, pas assez.
Sherbrooke regorge de héros. Dans toutes les sphères de la société. Dans toutes les couches sociales. Ils sont cachés dans tous les arrondissements.
Ils s’investissent sans relâche. Sans demander plus. Sans vouloir se mettre en valeur au détriment des autres.
Mon ami Jean-Pascal est des leurs. Chaque semaine, ce médecin sauve des vies. Il aide des centaines de personnes par année à mieux marcher, à mieux fonctionner dans leur quotidien, à moins souffrir.
La salle d’op est devenue sa deuxième maison. Les prothèses de hanches et de genoux sont devenues ses alliés. Les scalpels, les marteaux et les perceuses sont devenus ses copains. Une belle gang qui change la vie de tellement de gens.
Vraiment, il en est un.
Même si Mélanie ne travaille pas au bloc opératoire, il serait complètement faux de dire qu’elle ne sauve pas de vie. Chaque matin, alors qu’elle se pointe dans sa classe d’élèves vivant avec des troubles de comportement, cette prof rivalise d’ingéniosité et d’audace pour leur permettre de croire en eux, de voir que demain est possible malgré leurs difficultés.
Pourquoi s’en tenir aux traditionnels cahiers d’exercices alors qu’on peut leur donner l’espoir qu’ils réussiront avec des projets géniaux qui cherchent beaucoup à les remplir de confiance qu’à en faire des petits singes savants?
Sans aucun doute, elle en est une.
Avec un diplôme en droit dans les poches, les futurs avocats rêvent, pour la plupart, de défendre de grandes causes qui les aideront grandement à rembourser l’hypothèque de leur nouvelle maison de la rue Rostand. Probablement qu’ils travailleront sans relâche facturant d’innombrables heures à coup de 250$ à leurs riches clients. Ils se voient en mettre plein la vue à la cour avec leurs grands plaidoyers espérant ainsi convaincre le jury qu’ils ont raison.
Mais de croire ça, ça serait de bien mal connaître mon cousin Mario. Avocat à la Direction de la protection de la jeunesse, son travail consiste à défendre des loulous pour qui la vie ne les a pas nécessairement gâtés avant même qu’ils aient l’âge de penser que ce n’est pas partout pareil.
Des cœurs meurtris, des os cassés, des âmes brisées, il n’y a pas grande souffrance que Mario n’a pas rencontrée dans sa carrière. Mais il continue, chaque jour, à travailler pour que pareille injustice soit réparée. Pour que ces enfants puissent espérer qu’un jour le vent tournera en leur faveur.
Il en est un aussi.
Ce sont tous des héros.
Même s’ils ne font pas la manchette chaque jour. Même si on ne leur demande pas leur autographe à chaque coin de rue. Même s’ils ne bossent pas pour la gloire. Ce sont des héros.
Les amis de mes amis de leurs amis sont...
Il paraît que nous sommes tous reliés par un maximum de six personnes. Cette théorie s’appelle les Six degrés de séparation ou « it’s a small world ». C’est le docteur Milgram, un psycho-sociologue qui, en 1967, soumet la première fois cette idée. Si l’on prend deux personnes n’importe où dans le monde, on pourra les relier en moyenne par une chaîne de six relations.
Ce chercheur avait choisi au hasard des habitants d'Omaha au Nebraska, et leur avait demandé d'expédier des colis à un habitant de Boston identifié par son seul nom et son métier; jamais son adresse. Les expéditeurs devaient envoyer le colis à une personne qu'ils connaissaient, et qui leur paraissait être la plus susceptible de faire progresser le colis vers Boston. Il avait fallu, chaque fois, entre six et sept étapes au colis pour atteindre sa destination.
Voilà pour la partie théorique et instructive de cette chronique. Passons aux choses sérieuses maintenant.
J’avoue ne pas détester l’idée de me retrouver à moins de six relations de Hugh Grant. Ça été tellement facile à trouver que j’en ai été décontenancée.
Voyez par vous-même : Mon ami Jean-François a fréquenté Michelle Meyer l’été dernier qui se retrouve à être l’hôtesse de l’air personnel de Rowan Atkinson (Mr Bean) pendant sa tournée européenne. En 2003, ce dernier a participé au tournage du film Love Actually avec nul autre que… Hugh Grant.
Ouf! Il n’y a que quatre degrés de séparation qui me sépare de Hugh Grant. Popire pareil non?
Maintenant, me croiriez-vous si je vous disais que je suis liée d’aussi près à Bono? En effet, le chanteur de U2 se retrouve à être (soyez attentif) le fils de la grand-tante de la cousine du beau-frère du grand-père de ma copine Marie-Andrée. Encore ici ça fonctionne. Six degrés et le lien est fait. Phénoménal!
Mais bon, j’ai bien beau avoir trouvé plein de liens pouvant me rendre à ces deux vedettes, n’empêche que mon agenda n’a pas encore de case horaire où c’est inscrit « Date avec Hugh ». Dommage.
Pour en revenir à nos moutons, sachez que des chercheurs de l'Université de l'état de l'Ohio profitent de la montée fulgurante de l’Internet pour tenter de valider la théorie de Milgram.
Pour cela, ils ont monté le Electronic Small World Project qui propose à des volontaires de participer à une expérience. Une fois inscrit, chaque personne reçoit le nom et quelques renseignements - mais pas l'adresse de courriel - d'un autre individu au hasard. Si le volontaire la connait, il peut lui écrire directement. Sinon, il doit faire appel à une seule autre personne, choisie selon les quelques renseignements concernant la personne-mystère, pour lui poser la même énigme. Et ainsi de suite.
Et si vous m’aidiez en entrer en contact avec Brad Pitt ou encore mieux avec Tom Cruise (j’ai l’impression qu’Angelina sera plus difficile à tasser que Katie….)? J’ai rien à faire vendredi soir…
Ce chercheur avait choisi au hasard des habitants d'Omaha au Nebraska, et leur avait demandé d'expédier des colis à un habitant de Boston identifié par son seul nom et son métier; jamais son adresse. Les expéditeurs devaient envoyer le colis à une personne qu'ils connaissaient, et qui leur paraissait être la plus susceptible de faire progresser le colis vers Boston. Il avait fallu, chaque fois, entre six et sept étapes au colis pour atteindre sa destination.
Voilà pour la partie théorique et instructive de cette chronique. Passons aux choses sérieuses maintenant.
J’avoue ne pas détester l’idée de me retrouver à moins de six relations de Hugh Grant. Ça été tellement facile à trouver que j’en ai été décontenancée.
Voyez par vous-même : Mon ami Jean-François a fréquenté Michelle Meyer l’été dernier qui se retrouve à être l’hôtesse de l’air personnel de Rowan Atkinson (Mr Bean) pendant sa tournée européenne. En 2003, ce dernier a participé au tournage du film Love Actually avec nul autre que… Hugh Grant.
Ouf! Il n’y a que quatre degrés de séparation qui me sépare de Hugh Grant. Popire pareil non?
Maintenant, me croiriez-vous si je vous disais que je suis liée d’aussi près à Bono? En effet, le chanteur de U2 se retrouve à être (soyez attentif) le fils de la grand-tante de la cousine du beau-frère du grand-père de ma copine Marie-Andrée. Encore ici ça fonctionne. Six degrés et le lien est fait. Phénoménal!
Mais bon, j’ai bien beau avoir trouvé plein de liens pouvant me rendre à ces deux vedettes, n’empêche que mon agenda n’a pas encore de case horaire où c’est inscrit « Date avec Hugh ». Dommage.
Pour en revenir à nos moutons, sachez que des chercheurs de l'Université de l'état de l'Ohio profitent de la montée fulgurante de l’Internet pour tenter de valider la théorie de Milgram.
Pour cela, ils ont monté le Electronic Small World Project qui propose à des volontaires de participer à une expérience. Une fois inscrit, chaque personne reçoit le nom et quelques renseignements - mais pas l'adresse de courriel - d'un autre individu au hasard. Si le volontaire la connait, il peut lui écrire directement. Sinon, il doit faire appel à une seule autre personne, choisie selon les quelques renseignements concernant la personne-mystère, pour lui poser la même énigme. Et ainsi de suite.
Et si vous m’aidiez en entrer en contact avec Brad Pitt ou encore mieux avec Tom Cruise (j’ai l’impression qu’Angelina sera plus difficile à tasser que Katie….)? J’ai rien à faire vendredi soir…
08 novembre 2007
Terreurs et rideaux
Les boîtes sont peut-être défaites à Proulxville, mais les fenêtres, quant à elles ne sont toujours pas voilées. Si bien que dès que le soleil se pointe le bout du nez le matin venu, ses rayons me sortent du sommeil illico et ce, même si c’est inscrit congé à mon calendrier.
Une visite au magasin de rideaux s’imposait donc et rapidement. Ma qualité de vie, mais surtout mon humeur dû au manque de sommeil et qui risquait de rendre mes collègues de bureau dépressifs m’ont poussé à agir au plus vite. Et ce même si les filles auraient fait mille autres trucs que de chercher le couvre-fenêtre par excellence qui s’harmoniserait avec le reste de la literie de ma chambre à coucher. Elles sont fatiguées les cocottes. Le déménagement jumelé à un virée d’Halloween et un changement d’heure ont fait en sorte que le shopping était vraiment, mais vraiment de trop dans leur agenda.
« Allez les filles. J’en ai juste pour une petite minute. Vous allez voir, ça ira vite et après, je vous promets que vous pourrez jouer à tout ce que vous voulez et que vous pourrez manger tout votre sac de bonbons. »
La manipulation a fonctionné à merveille. Les puces ont grimpé dans l’auto avec des images de petites filles se roulant dans le chocolat au caramel en jouant au V-Smile à deux pouces de la télé le tout sans se faire chicaner par une mère casse-pieds.
Premier arrêt : la quincaillerie pour acheter une tringle à rideaux. Ici déjà, j’ai outrepassé le temps qui m’était alloué par mes cocottes. C’est que ce n’est pas si simple que de faire un choix entre les tringles à rideaux doubles, à rails, à pression, à crochets, Levelor, magnétiques, à embouts, sans embouts, Twist ‘n’ fit, à supports, à anneaux. À cela, il faut choisir le matériau: en chêne, en métal brossé, en laiton ou en plastique. Et il ne faut pas oublier la couleur. Bref, beaucoup de grandes questions qui ont nécessité d’aussi grandes réflexions et par conséquent qui ont demandé beaucoup plus de temps que la petite minute promise à mes héritières.
Pendant que je jonglais entre les pour et les contre que m’offraient chacune des tringles offertes, j’ai cru voir Filou et Maxim grimpées sur une échelle servant à atteindre le deuxième étage des étalages de marchandises. « Les filles, voulez-vous descendre de là tout de suite? Vous n’avez pas le droit de monter là, c’est inscrit ‘réservé aux employés’ et vous n’êtes pas des employés du magasin à ce que je sache! »
Piteuses, elles sont redescendues de l’échelle me permettant de retourner à mes tringles. C’est devenu très silencieux autour de moi. Trop silencieux même. Elles étaient passées où les filles vous pensez? Cachées derrières les gallons de peinture…. Soupir.
J’ai donc pris la première tringle du bord et j’ai couru vers la caisse. Mais je n’avais que la moitié du travail d’effectué. C’est bien beau une tringle dans une fenêtre, mais ça n’empêche pas le soleil d’entrer.
Deuxième arrêt : le magasin de rideaux. Une centaine de modèles m’était proposée. Du blanc au noir, des carreautés, des picotés, des rayés, des voilages, des simili-suèdes, des cotonnades, du lin, du polyester étaient disponibles. Pendant que je réfléchissais à la teinte à choisir, j’ai entendu des femmes soupirer : « Avez-vous vu les petites filles couchées dans le rack à rouleaux de tissus? Franchement, ils sont où les parents? »
À l’instant même, j’ai comme eu un petit vertige. Effectivement, c’étaient bel et bien les terribles sœurs qui logent sous mon toit qui se prenaient pour du coton enroulés. Complètement découragée, je me suis retrouvée à la caisse avec un rideau orange rayé bleu (spécifions que ma literie est rose…), le premier en fait qui s’est trouvé sur mon chemin, d’une main et deux terreurs sous l’autre bras.
Une visite au magasin de rideaux s’imposait donc et rapidement. Ma qualité de vie, mais surtout mon humeur dû au manque de sommeil et qui risquait de rendre mes collègues de bureau dépressifs m’ont poussé à agir au plus vite. Et ce même si les filles auraient fait mille autres trucs que de chercher le couvre-fenêtre par excellence qui s’harmoniserait avec le reste de la literie de ma chambre à coucher. Elles sont fatiguées les cocottes. Le déménagement jumelé à un virée d’Halloween et un changement d’heure ont fait en sorte que le shopping était vraiment, mais vraiment de trop dans leur agenda.
« Allez les filles. J’en ai juste pour une petite minute. Vous allez voir, ça ira vite et après, je vous promets que vous pourrez jouer à tout ce que vous voulez et que vous pourrez manger tout votre sac de bonbons. »
La manipulation a fonctionné à merveille. Les puces ont grimpé dans l’auto avec des images de petites filles se roulant dans le chocolat au caramel en jouant au V-Smile à deux pouces de la télé le tout sans se faire chicaner par une mère casse-pieds.
Premier arrêt : la quincaillerie pour acheter une tringle à rideaux. Ici déjà, j’ai outrepassé le temps qui m’était alloué par mes cocottes. C’est que ce n’est pas si simple que de faire un choix entre les tringles à rideaux doubles, à rails, à pression, à crochets, Levelor, magnétiques, à embouts, sans embouts, Twist ‘n’ fit, à supports, à anneaux. À cela, il faut choisir le matériau: en chêne, en métal brossé, en laiton ou en plastique. Et il ne faut pas oublier la couleur. Bref, beaucoup de grandes questions qui ont nécessité d’aussi grandes réflexions et par conséquent qui ont demandé beaucoup plus de temps que la petite minute promise à mes héritières.
Pendant que je jonglais entre les pour et les contre que m’offraient chacune des tringles offertes, j’ai cru voir Filou et Maxim grimpées sur une échelle servant à atteindre le deuxième étage des étalages de marchandises. « Les filles, voulez-vous descendre de là tout de suite? Vous n’avez pas le droit de monter là, c’est inscrit ‘réservé aux employés’ et vous n’êtes pas des employés du magasin à ce que je sache! »
Piteuses, elles sont redescendues de l’échelle me permettant de retourner à mes tringles. C’est devenu très silencieux autour de moi. Trop silencieux même. Elles étaient passées où les filles vous pensez? Cachées derrières les gallons de peinture…. Soupir.
J’ai donc pris la première tringle du bord et j’ai couru vers la caisse. Mais je n’avais que la moitié du travail d’effectué. C’est bien beau une tringle dans une fenêtre, mais ça n’empêche pas le soleil d’entrer.
Deuxième arrêt : le magasin de rideaux. Une centaine de modèles m’était proposée. Du blanc au noir, des carreautés, des picotés, des rayés, des voilages, des simili-suèdes, des cotonnades, du lin, du polyester étaient disponibles. Pendant que je réfléchissais à la teinte à choisir, j’ai entendu des femmes soupirer : « Avez-vous vu les petites filles couchées dans le rack à rouleaux de tissus? Franchement, ils sont où les parents? »
À l’instant même, j’ai comme eu un petit vertige. Effectivement, c’étaient bel et bien les terribles sœurs qui logent sous mon toit qui se prenaient pour du coton enroulés. Complètement découragée, je me suis retrouvée à la caisse avec un rideau orange rayé bleu (spécifions que ma literie est rose…), le premier en fait qui s’est trouvé sur mon chemin, d’une main et deux terreurs sous l’autre bras.
Un "Bonheur sein"
C’était il y a cinq ans déjà. Je jasais avec Suzanne sur Internet. Une façon de passer le temps pendant que nous allaitions nos loulous. Elle était déprimée la copine. « Ah! Ge! Je fais encore une mastite. C’est ma troisième depuis que Sébastien est né. Mais là, j’ai toute une bosse. J’ai l’impression que je vais avoir besoin d’antibio cette fois-ci », m’écrivait-elle.
Le lendemain, elle se pointait chez son médecin.
Le surlendemain, elle passait un écho et une mammographie d’urgence.
Moins d’une semaine plus tard, le diagnostique tombait. La bonne nouvelle? Il n’y avait pas de mastite. La mauvaise? C’est qu’elle aurait à combattre un cancer du sein dans les prochains mois.
Trois semaines plus tard, son soutien-gorge était rempli à moitié. Mais son agenda était, quant à lui, rempli à pleine capacité. Rendez-vous chez l’oncologue, la psy, le médecin de famille, le chirurgien, le CLSC. Sans oublier les traitements de chimio, de radio, les changements de pansements, les prises de sang. Un dur moment bref.
Ma copine s’est battue. Pour ne perdre le combat comme sa grand-mère, sa mère et sa tante. Mais surtout pour voir grandir ses deux enfants. Suzanne s’est battue et elle a gagné. Aujourd’hui en rémission, mon amie a toutefois de la difficulté à penser que plus jamais elle n’aura à vivre avec un coco chauve. La peur que cette maladie revienne hanter sa paisible vie est toujours présente.
Et c’est pour que cette raison que lorsqu’octobre se pointe sur mon calendrier, je fais ma part pendant ce mois de la sensibilisation au cancer du sein. Pour que Suzanne puisse vivre en paix. Vraiment en paix.
La première année, j’ai fais un don à la Fondation québécoise du cancer du sein. En 2004, j’ai acheté des babioles à l’effigie du ruban rose. En octobre suivant, j’ai bu une tonne de bouteilles de rosé dont les profits allaient à la Fondation. L’année dernière, j’ai participé à la rédaction de pages spéciales sur le cancer du sein dans La Nouvelle.
Mais cette année? Je n’avais aucune idée.
J’ai cherché. Je voulais une idée qui sorte de l’ordinaire. Je n’avais pas envie d’être déprimante. Au contraire, j’espérais trouver quelque chose de positif qui pourrait sensibiliser à la fois.
J’ai cherché toute une soirée. C’est à 1h du mat que mon hamster a trouvé. Une exposition de photos qui mettrait les seins en valeur. Rien de triste. Juste du beau qui pourrait amener l’espoir vers demain. « Bonheur sein » était presque né.
Presque parce qu’il me manquait un élément pour tout mettre en place : Jessica. Une collègue photographe qui partage les mêmes valeurs de vie que moi. C’est avec impatience que j’ai attendu le 10h règlementaire pour appeler chez quelqu’un le week-end.
L’offre de collaboration a été acceptée sur le champ. En moins de deux, nos idées de photos étaient amassés, la salle d’exposition louée et les sujets trouvés.
Un mois de travail intense qui prendra l’affiche demain dans le hall du Théâtre Granada. Douze clichés qui nous permettent de croire en des lendemains plus beaux. Du moins, je l’espère.
Le lendemain, elle se pointait chez son médecin.
Le surlendemain, elle passait un écho et une mammographie d’urgence.
Moins d’une semaine plus tard, le diagnostique tombait. La bonne nouvelle? Il n’y avait pas de mastite. La mauvaise? C’est qu’elle aurait à combattre un cancer du sein dans les prochains mois.
Trois semaines plus tard, son soutien-gorge était rempli à moitié. Mais son agenda était, quant à lui, rempli à pleine capacité. Rendez-vous chez l’oncologue, la psy, le médecin de famille, le chirurgien, le CLSC. Sans oublier les traitements de chimio, de radio, les changements de pansements, les prises de sang. Un dur moment bref.
Ma copine s’est battue. Pour ne perdre le combat comme sa grand-mère, sa mère et sa tante. Mais surtout pour voir grandir ses deux enfants. Suzanne s’est battue et elle a gagné. Aujourd’hui en rémission, mon amie a toutefois de la difficulté à penser que plus jamais elle n’aura à vivre avec un coco chauve. La peur que cette maladie revienne hanter sa paisible vie est toujours présente.
Et c’est pour que cette raison que lorsqu’octobre se pointe sur mon calendrier, je fais ma part pendant ce mois de la sensibilisation au cancer du sein. Pour que Suzanne puisse vivre en paix. Vraiment en paix.
La première année, j’ai fais un don à la Fondation québécoise du cancer du sein. En 2004, j’ai acheté des babioles à l’effigie du ruban rose. En octobre suivant, j’ai bu une tonne de bouteilles de rosé dont les profits allaient à la Fondation. L’année dernière, j’ai participé à la rédaction de pages spéciales sur le cancer du sein dans La Nouvelle.
Mais cette année? Je n’avais aucune idée.
J’ai cherché. Je voulais une idée qui sorte de l’ordinaire. Je n’avais pas envie d’être déprimante. Au contraire, j’espérais trouver quelque chose de positif qui pourrait sensibiliser à la fois.
J’ai cherché toute une soirée. C’est à 1h du mat que mon hamster a trouvé. Une exposition de photos qui mettrait les seins en valeur. Rien de triste. Juste du beau qui pourrait amener l’espoir vers demain. « Bonheur sein » était presque né.
Presque parce qu’il me manquait un élément pour tout mettre en place : Jessica. Une collègue photographe qui partage les mêmes valeurs de vie que moi. C’est avec impatience que j’ai attendu le 10h règlementaire pour appeler chez quelqu’un le week-end.
L’offre de collaboration a été acceptée sur le champ. En moins de deux, nos idées de photos étaient amassés, la salle d’exposition louée et les sujets trouvés.
Un mois de travail intense qui prendra l’affiche demain dans le hall du Théâtre Granada. Douze clichés qui nous permettent de croire en des lendemains plus beaux. Du moins, je l’espère.
24 octobre 2007
Sabrons le champagne!
Ça aura pris trois mois pile poil entre la première pelletée de terre et la journée où mon camion de déménagement se stationnera dans ma nouvelle entrée de cours. Douze semaines où j’ai créché dans le sous-sol de ma copine Annie. 84 jours à attendre patiemment le moment où je mettrais officiellement les pieds à Proulxville.
Ce moment tant attendu est prévu pour ce dimanche. J’ai très hâte, mais en même temps je suis un peu triste. J’ai le motton dans le dalot disons. C’est que depuis tout ce temps où je vis avec Annie, Jo et Maïka, je vois arriver le jour de mon départ avec chagrin. Ironique tout de même.
Comment oublier l’accueil qu’ils me réservaient chaque jour lorsque je revenais du travail? Comment effacer de ma mémoire ces soupers bien arrosés qui nous donnaient tant de joie à préparer? Comment survivre sans nos interminables discussions en pyjama avant d’aller au lit? Comme réussirai-je à me passer de Maïka, le bouvier bernois de la maisonnée, qui venait se coller sur moi lorsque j’écoutais la télé?
Sais pas. Le sevrage ne sera pas des plus simples, c’est certain. Par contre, ma copine Annie m’aura légué beaucoup plus que de la tristesse de quitter sa maison.
Je l’ai rencontrée lors d’un voyage de ski aux Etats-Unis et j’ai tout de suite su que nous étions faites pour nous entendre. J’avais vu juste. En avril dernier, à peine deux mois après notre rencontre, nous soupions toutes les deux ensemble. Je venais de vendre ma maison et j’étais très inquiète parce que mes filles et moi, nous nous retrouvions sans logis pour toute la durée de la construction du quadruplex. « Hé! Viens-t-en ici avec les filles! »
Euh… pardon?
« Oui, oui, tu prendras tout le sous-sol. Vous allez être bien toutes les trois. Pis on va se faire plein de soupers. Tu vas voir, on va avoir de fun. C’est décidé, tu t’en viens! »
C’était une affaire réglée. Deux mois plus tard, je débarquais chez elle avec mon petit bonheur sous le bras et l’espoir qu’elle ne regrette pas son offre domiciliaire. Au début, je me faisais discrète. Je mangeais en cachette, je me lavais en cachette et mes enfants étaient cachés aussi. Mais la copine s’est fâchée. « Gege, c’est ta maison ici maintenant. Je veux que tu manges à la table. Je veux que tu laisses tes filles écouter la télé au salon. Je veux que tu vives normalement. »J’étais sous le choc. Mais ceux qui connaissent Annie ne sauront pas étonner d’entendre ce genre d’histoire. Cette fille a un cœur grand comme ça. Elle a de l’énergie à revendre qui fouetteraient sans aucun doute le plus paresseux des paresseux. Elle fonce dans la vie à grands coups de défis. Rien ne peut l’arrêter dans sa quête d’arriver à ses objectifs.
Bref, les douze dernières semaines n’ont pas que solidifié notre nouvelle amitié. Elles m’ont permise de me fouetter pour devenir une personne meilleure qui n’attend pas que le temps passe pour regretter de ne pas avoir osé.
C’est sans aucun doute grâce à Annie que dès mardi prochain, je relèverai un grand défi en mettant en lumière devant tout Sherbrooke une idée qui me tenait très à cœur.
Merci Annie pour tout. Je t’attends n’importe quand pour souper. Il y a un rôti dans la mijoteuse.
Ce moment tant attendu est prévu pour ce dimanche. J’ai très hâte, mais en même temps je suis un peu triste. J’ai le motton dans le dalot disons. C’est que depuis tout ce temps où je vis avec Annie, Jo et Maïka, je vois arriver le jour de mon départ avec chagrin. Ironique tout de même.
Comment oublier l’accueil qu’ils me réservaient chaque jour lorsque je revenais du travail? Comment effacer de ma mémoire ces soupers bien arrosés qui nous donnaient tant de joie à préparer? Comment survivre sans nos interminables discussions en pyjama avant d’aller au lit? Comme réussirai-je à me passer de Maïka, le bouvier bernois de la maisonnée, qui venait se coller sur moi lorsque j’écoutais la télé?
Sais pas. Le sevrage ne sera pas des plus simples, c’est certain. Par contre, ma copine Annie m’aura légué beaucoup plus que de la tristesse de quitter sa maison.
Je l’ai rencontrée lors d’un voyage de ski aux Etats-Unis et j’ai tout de suite su que nous étions faites pour nous entendre. J’avais vu juste. En avril dernier, à peine deux mois après notre rencontre, nous soupions toutes les deux ensemble. Je venais de vendre ma maison et j’étais très inquiète parce que mes filles et moi, nous nous retrouvions sans logis pour toute la durée de la construction du quadruplex. « Hé! Viens-t-en ici avec les filles! »
Euh… pardon?
« Oui, oui, tu prendras tout le sous-sol. Vous allez être bien toutes les trois. Pis on va se faire plein de soupers. Tu vas voir, on va avoir de fun. C’est décidé, tu t’en viens! »
C’était une affaire réglée. Deux mois plus tard, je débarquais chez elle avec mon petit bonheur sous le bras et l’espoir qu’elle ne regrette pas son offre domiciliaire. Au début, je me faisais discrète. Je mangeais en cachette, je me lavais en cachette et mes enfants étaient cachés aussi. Mais la copine s’est fâchée. « Gege, c’est ta maison ici maintenant. Je veux que tu manges à la table. Je veux que tu laisses tes filles écouter la télé au salon. Je veux que tu vives normalement. »J’étais sous le choc. Mais ceux qui connaissent Annie ne sauront pas étonner d’entendre ce genre d’histoire. Cette fille a un cœur grand comme ça. Elle a de l’énergie à revendre qui fouetteraient sans aucun doute le plus paresseux des paresseux. Elle fonce dans la vie à grands coups de défis. Rien ne peut l’arrêter dans sa quête d’arriver à ses objectifs.
Bref, les douze dernières semaines n’ont pas que solidifié notre nouvelle amitié. Elles m’ont permise de me fouetter pour devenir une personne meilleure qui n’attend pas que le temps passe pour regretter de ne pas avoir osé.
C’est sans aucun doute grâce à Annie que dès mardi prochain, je relèverai un grand défi en mettant en lumière devant tout Sherbrooke une idée qui me tenait très à cœur.
Merci Annie pour tout. Je t’attends n’importe quand pour souper. Il y a un rôti dans la mijoteuse.
16 octobre 2007
Un rendez-vous poche
Je déteste ce rendez-vous matinal.
C’est la même histoire qui se présente chaque fois qu’une page de calendrier est tournée.
Je soupire. Je cherche. Je chiale. J’implore le Saint de la guenille de me sortir de ce merdier.
Je ferais 10 000 autres choses plutôt que d’être en tête à tête avec ma garde-robe chaque jour.
Vous savez, c’est pareil partout.
Le placard est plein pour ne pas dire qu’il déborde. Les tablettes sont garnies. Les cintres ne suffisent plus à la demande. Et on ne voit pas un pouce carré de plancher tant il y a des paniers remplis de textile de toutes sortes.
Pourtant, à chaque fois, devant ce monticule de tissus, je déprime. Je déprime parce que je n’ai rien à me mettre sur le dos. Jamais. Jamais. Jamais.
Ces pantalons-là sont trop grands. Ceux-ci, bof. Il me semble que j’ai une méga culotte de cheval quand je les porte. Eux-autres, ils sont tachés. Ah oui! Mes noirs ont besoin d’être réparés, le bouton a lâché. Pis mes bruns, je les déteste : trop de trouble à repasser! Les blancs, ça fait trop été. Les bleus? Sont passés mode.
J’aurais envie d’enfiler une jupe aujourd’hui, mais le thermomètre indique trois degrés et je n’ai pas de bottes qui s’agencent avec elle.
Au final, j’ai toujours la même affaire sur le dos : mes maudites jeans!
Bon, j’ai au moins un problème de réglé.
Attaquons le haut à présent.
On élimine les camisoles spaghetti qui sont interdites au bureau. On met de côté, du même coup, les chandails de laine, beaucoup trop chauds pour notre système de climatisation. Les blouses? Peut-être. Enfin, si mon fer accepte de coopérer ce matin, ce qui n’était pas le cas la semaine dernière alors que j’ai définitivement envoyé ma jupe préférée au cimetière après l’avoir brûlée au troisième degré.
J’attaque donc la mauve. Portée avec un débardeur, j’aime bien le look. En prime, selon les millions de magazines de mode consultés dernièrement, le mauve est à l’honneur. Je suis donc ok.
Une fois la besogne de la planche à repasser complétée, j’enfile le tout pour m’apercevoir que le débardeur en question est… sale. Ah zut! (Le mot zut est utilisé ici uniquement pour ne pas brutaliser vos yeux. Parce qu’en réalité, le mot employé, dans la vraie histoire, est d’une toute autre nature...)
Retour à la case départ. Résignée, je choisi un simple t-shirt et un kangourou en coton ouaté. J’ai beaucoup plus l’impression de filer droit vers un cours d’éduc que vers le bureau. En tout cas, ils me prendront comme ça aujourd’hui. Je ne suis plus d’humeur à négocier autre chose avec ma penderie à la noix.
C’est décidé donc. Ce midi, plutôt que de manger à la café du journal devant un tv dinner peu invitant, j’irai investir mon avoir dans la guenille. Je me promets de revenir de cette virée avec assez de vêtements pour suffire à un mois complet de tiraillements entre ma garde-robe et moi.
Mais ce n’est pas si simple. Vous savez comment ça fonctionne le shopping : c’est quand on est décidé à acheter qu’on ne trouve rien qui nous plaît, que notre grandeur ne se retrouve jamais sur les rayons et que tout est beaucoup trop cher.
Finalement, j’ai réussi à acheter… un nouveau t-shirt et un… jeans. Soupir.
C’est la même histoire qui se présente chaque fois qu’une page de calendrier est tournée.
Je soupire. Je cherche. Je chiale. J’implore le Saint de la guenille de me sortir de ce merdier.
Je ferais 10 000 autres choses plutôt que d’être en tête à tête avec ma garde-robe chaque jour.
Vous savez, c’est pareil partout.
Le placard est plein pour ne pas dire qu’il déborde. Les tablettes sont garnies. Les cintres ne suffisent plus à la demande. Et on ne voit pas un pouce carré de plancher tant il y a des paniers remplis de textile de toutes sortes.
Pourtant, à chaque fois, devant ce monticule de tissus, je déprime. Je déprime parce que je n’ai rien à me mettre sur le dos. Jamais. Jamais. Jamais.
Ces pantalons-là sont trop grands. Ceux-ci, bof. Il me semble que j’ai une méga culotte de cheval quand je les porte. Eux-autres, ils sont tachés. Ah oui! Mes noirs ont besoin d’être réparés, le bouton a lâché. Pis mes bruns, je les déteste : trop de trouble à repasser! Les blancs, ça fait trop été. Les bleus? Sont passés mode.
J’aurais envie d’enfiler une jupe aujourd’hui, mais le thermomètre indique trois degrés et je n’ai pas de bottes qui s’agencent avec elle.
Au final, j’ai toujours la même affaire sur le dos : mes maudites jeans!
Bon, j’ai au moins un problème de réglé.
Attaquons le haut à présent.
On élimine les camisoles spaghetti qui sont interdites au bureau. On met de côté, du même coup, les chandails de laine, beaucoup trop chauds pour notre système de climatisation. Les blouses? Peut-être. Enfin, si mon fer accepte de coopérer ce matin, ce qui n’était pas le cas la semaine dernière alors que j’ai définitivement envoyé ma jupe préférée au cimetière après l’avoir brûlée au troisième degré.
J’attaque donc la mauve. Portée avec un débardeur, j’aime bien le look. En prime, selon les millions de magazines de mode consultés dernièrement, le mauve est à l’honneur. Je suis donc ok.
Une fois la besogne de la planche à repasser complétée, j’enfile le tout pour m’apercevoir que le débardeur en question est… sale. Ah zut! (Le mot zut est utilisé ici uniquement pour ne pas brutaliser vos yeux. Parce qu’en réalité, le mot employé, dans la vraie histoire, est d’une toute autre nature...)
Retour à la case départ. Résignée, je choisi un simple t-shirt et un kangourou en coton ouaté. J’ai beaucoup plus l’impression de filer droit vers un cours d’éduc que vers le bureau. En tout cas, ils me prendront comme ça aujourd’hui. Je ne suis plus d’humeur à négocier autre chose avec ma penderie à la noix.
C’est décidé donc. Ce midi, plutôt que de manger à la café du journal devant un tv dinner peu invitant, j’irai investir mon avoir dans la guenille. Je me promets de revenir de cette virée avec assez de vêtements pour suffire à un mois complet de tiraillements entre ma garde-robe et moi.
Mais ce n’est pas si simple. Vous savez comment ça fonctionne le shopping : c’est quand on est décidé à acheter qu’on ne trouve rien qui nous plaît, que notre grandeur ne se retrouve jamais sur les rayons et que tout est beaucoup trop cher.
Finalement, j’ai réussi à acheter… un nouveau t-shirt et un… jeans. Soupir.
04 octobre 2007
L'héritage du 11 septembre
Je refuse de croire que je suis raciste.
Ce n’est pas si simple. Facile de dire qu’aucun préjugé racial ne se retrouve dans nos pensées. Mais en réalité, sommes-nous aussi ouverts et tolérants que l’on affirme haut et fort? Sais pas.
J’ai pris l’avion le week-end dernier. En comptant les escales, j’ai vécu cinq décollages et cinq atterrissages.
Inconsciemment à chaque reprise, le même scénario s’est répété dans ma tête.
J’observe tous les passagers du vol. Ont-ils l’air louche? L’air méchant? Les gens près du cockpit paraissent-ils dangereux? Je scrute leurs bagages. Contiennent-ils des armes? Des explosifs? Que font les gens? Les plus nonchalants attirent mon attention. Celui qui lit le journal, celui qui joue au Gameboy, celui qui écoute son Ipod me font peur. Il faut se méfier de ses personnes qui ont l’air au dessus de tout. Ils veulent se fondre dans la masse pour mieux mettre leur plan d’attentat à exécution. Mes yeux s’attardent à la cabine du pilote. Est-elle bien verrouillée? Je m’interroge sur les compétences du pilote. Est-il bien formé pour affronter un terroriste?
Tout semble sous contrôle. Pour le moment.
Plus tard, un peu avant le décollage, j’ai visité la salle de bain de l’avion. C’est à ce moment que mes yeux ont croisé ceux d’un Arabe. Mon cœur s’est emballé et mon envie de pipi est partie instantanément. Je suis retourné subito-presto à mon siège. Sans même réfléchir, j’ai vérifié si mon cellulaire fonctionnait bien au cas où je doive appeler les secours. J’ai regretté de ne pas avoir encore rédigé mon testament. J’ai eu envie d’appeler mes filles pour leur dire que je les aimais. J’ai analysé si ma place dans l’avion était stratégique si un quelconque pépin survenait. Et pour une rare fois, j’ai bien écouté les consignes de l’hôtesse de l’air sur les règles de survie en cas d’accident…
C’est pendant que je vérifiais sous mon siège si une ceinture de sauvetage si trouvait que j’ai réalisé que j’avais un comportement des plus stupides. J’étais complètement ridicule.
Je sais bien que tous les Arabes ne sont pas membres d’Al-Qaïda. Je sais bien que les Arabes ne sont pas tous intégristes. Je sais bien que ce n’est qu’une toute petite minorité d’Arabes qui souhaitent voir les Etats-Unis s’effacer du globe-terrestre.
C’est à ce moment que j’ai réalisé que les attentats du 11 septembre 2001 ont laissé des traces sournoises. Que sans le vouloir, tous les Arabes et tous les Musulmans sont mis dans le même bateau. Que six ans plus tard, les cicatrices laissées par les attentats contre le World Trade Center sont encore bien vives. La peur d’être parmi les prochaines victimes des amis de Ben Laden est ancrée en nous.
Le plus triste dans toute cette histoire, c’est que probablement que l’on se ferme à de belles rencontres. C’est que l’on se crée des peurs inutiles. C’est aussi que l’on gâche des moments qui pourraient être magiques. Tout ça parce qu’un monsieur a fait une connerie un jour.
Plus question qu’une crainte injustifiée m’accompagne en avion dorénavant. J’ai autre chose à faire. Ma vessie s’est mise à crier son inconfort. Je suis retournée aux toilettes. Mes yeux ont recroisé ceux de l’Arabe. Au lieu de lui faire sentir une anxiété démesurée, je lui ai servi mon plus beau sourire. Qu’il m’a rendu.
Et si j’ai à craindre de quelque chose, c’est bien plus celle de perdre mes bagages… D’ailleurs, j’attends toujours ma valise qui s’est perdue quelque part entre Las Vegas, Memphis et Burlington.
Ce n’est pas si simple. Facile de dire qu’aucun préjugé racial ne se retrouve dans nos pensées. Mais en réalité, sommes-nous aussi ouverts et tolérants que l’on affirme haut et fort? Sais pas.
J’ai pris l’avion le week-end dernier. En comptant les escales, j’ai vécu cinq décollages et cinq atterrissages.
Inconsciemment à chaque reprise, le même scénario s’est répété dans ma tête.
J’observe tous les passagers du vol. Ont-ils l’air louche? L’air méchant? Les gens près du cockpit paraissent-ils dangereux? Je scrute leurs bagages. Contiennent-ils des armes? Des explosifs? Que font les gens? Les plus nonchalants attirent mon attention. Celui qui lit le journal, celui qui joue au Gameboy, celui qui écoute son Ipod me font peur. Il faut se méfier de ses personnes qui ont l’air au dessus de tout. Ils veulent se fondre dans la masse pour mieux mettre leur plan d’attentat à exécution. Mes yeux s’attardent à la cabine du pilote. Est-elle bien verrouillée? Je m’interroge sur les compétences du pilote. Est-il bien formé pour affronter un terroriste?
Tout semble sous contrôle. Pour le moment.
Plus tard, un peu avant le décollage, j’ai visité la salle de bain de l’avion. C’est à ce moment que mes yeux ont croisé ceux d’un Arabe. Mon cœur s’est emballé et mon envie de pipi est partie instantanément. Je suis retourné subito-presto à mon siège. Sans même réfléchir, j’ai vérifié si mon cellulaire fonctionnait bien au cas où je doive appeler les secours. J’ai regretté de ne pas avoir encore rédigé mon testament. J’ai eu envie d’appeler mes filles pour leur dire que je les aimais. J’ai analysé si ma place dans l’avion était stratégique si un quelconque pépin survenait. Et pour une rare fois, j’ai bien écouté les consignes de l’hôtesse de l’air sur les règles de survie en cas d’accident…
C’est pendant que je vérifiais sous mon siège si une ceinture de sauvetage si trouvait que j’ai réalisé que j’avais un comportement des plus stupides. J’étais complètement ridicule.
Je sais bien que tous les Arabes ne sont pas membres d’Al-Qaïda. Je sais bien que les Arabes ne sont pas tous intégristes. Je sais bien que ce n’est qu’une toute petite minorité d’Arabes qui souhaitent voir les Etats-Unis s’effacer du globe-terrestre.
C’est à ce moment que j’ai réalisé que les attentats du 11 septembre 2001 ont laissé des traces sournoises. Que sans le vouloir, tous les Arabes et tous les Musulmans sont mis dans le même bateau. Que six ans plus tard, les cicatrices laissées par les attentats contre le World Trade Center sont encore bien vives. La peur d’être parmi les prochaines victimes des amis de Ben Laden est ancrée en nous.
Le plus triste dans toute cette histoire, c’est que probablement que l’on se ferme à de belles rencontres. C’est que l’on se crée des peurs inutiles. C’est aussi que l’on gâche des moments qui pourraient être magiques. Tout ça parce qu’un monsieur a fait une connerie un jour.
Plus question qu’une crainte injustifiée m’accompagne en avion dorénavant. J’ai autre chose à faire. Ma vessie s’est mise à crier son inconfort. Je suis retournée aux toilettes. Mes yeux ont recroisé ceux de l’Arabe. Au lieu de lui faire sentir une anxiété démesurée, je lui ai servi mon plus beau sourire. Qu’il m’a rendu.
Et si j’ai à craindre de quelque chose, c’est bien plus celle de perdre mes bagages… D’ailleurs, j’attends toujours ma valise qui s’est perdue quelque part entre Las Vegas, Memphis et Burlington.
25 septembre 2007
Mon hamster
Est-ce que je vous ai déjà parlé de mon hamster?
Depuis plusieurs années, je prends soin d’un hamster. Un «touti» hamster. D’ailleurs, quand je suis allée le chercher à l’animalerie, j’ai bien pris soin de prendre le plus petit de la gang pour être certaine qu’il soit bien confortable dans sa nouvelle maison. Je crois même qu’il provient d’une race de mini-hamster très spéciale. Mais bon, ce n’est que supposition, car à 4,99 $ la petite bête, elle ne vient pas avec un certificat médical très poussé.
N’empêche que ma petite bête, malgré sa petitesse, court vite en sale. Très très vite même. D’ailleurs, s’il y avait des championnats de monde de 400m. pour hamsters, il gagnerait haut la main. Je le sens, il a de la graine de Bruny Surin qui germe en lui. J’en suis persuadée. Et avec de l’entraînement, il pourrait surclasser l’Américain Michael Johnson, qui détient à peu près tous les records du moment dans cette discipline.
En plus, mon hamster ne dévoilera pas en primeur à Alain Gravel qu’il a pris de l’EPO en cachette afin d’augmenter le taux d’oxygénation de son sang. Le Canada a assez d’un Ben Johnson et d’une Geneviève Jeanson dans son histoire sportive.
Alors mon hamster en court une claque dans une journée. Il m’empêche même de dormir une nuit sur deux. L’autre nuit, celle où je dors, c’est que je suis tellement claquée que je ne l’entends plus. Mais il galope tout de même dans sa petite roue. Sans jamais se fatiguer, à mon grand désarroi.
S’il pouvait arrêter deux secondes seulement. Juste deux petites secondes, pour que je puisse me reposer un brin. Mais non. Rien à faire. Mon hamster carbure à l’adrénaline. Et Dieu sait que j’en ai de l’adrénaline dans le corps. Trop peut-être.
Alors mon hamster, qui a trouvé refuge dans un coin de mon cerveau, n’arrête pas. N’arrête jamais.
Voulez-vous un exemple?
Pendant que je bossais sur le cahier spécial du 25e anniversaire de La Nouvelle, je rêvais de me prélasser dans un spa. Je m’imaginais passer la journée en pyjama à regarder en rafale la dernière saison de 24 et à manger des céréales pour souper. J’aurais tué pour m’asseoir dans mon Lay-z-boy et attendre que le temps passe en regardant dans la rue le nombre de voitures qui passent à l’heure devant chez moi.
Au moment même où je suis allée porter les dernières épreuves à l’impression, à cet instant précis où enfin je pouvais respirer, mon hamster s’est remis à courir. Ses pas de course m’ont donné une idée. Une sacrée idée. Une illumination qui me tiendrait occupée pendant le prochain mois. Pour le week-end de lâcheté, on repassera.
Impossible de dormir tant ça galopait dans ma tête. Ce n’est qu’à trois heures du mat que je l’ai supplié de me laisser tranquille et que j’ai réussi à fermer les yeux. Je souhaitais même en secret qu’il se casse une hanche et que la liste d’attente en orthopédie pour son remplacement soit d’au moins un an. Je l’ai même menacé de l’échanger s’il n’arrêtait pas. Il a pris un break, à contrecœur.
La trêve n’aura été que de courte durée. Moins de trois heures plus tard, il se remettait à courir. Toujours courir, m’empêchant ainsi de dormir. J’avais les cernes en-dessous du menton, le teint d’une pinte de lait passée date, l’humeur de chien. Mais je lui ai pardonné.
Le flash était bon. La cause noble. Soyez attentifs, d’ici la fin octobre, vous en saurez plus.
En attendant, je vais nourrir mon hamster. En espérant que tous les kilomètres qu’il a parcourus en valaient la peine…
Depuis plusieurs années, je prends soin d’un hamster. Un «touti» hamster. D’ailleurs, quand je suis allée le chercher à l’animalerie, j’ai bien pris soin de prendre le plus petit de la gang pour être certaine qu’il soit bien confortable dans sa nouvelle maison. Je crois même qu’il provient d’une race de mini-hamster très spéciale. Mais bon, ce n’est que supposition, car à 4,99 $ la petite bête, elle ne vient pas avec un certificat médical très poussé.
N’empêche que ma petite bête, malgré sa petitesse, court vite en sale. Très très vite même. D’ailleurs, s’il y avait des championnats de monde de 400m. pour hamsters, il gagnerait haut la main. Je le sens, il a de la graine de Bruny Surin qui germe en lui. J’en suis persuadée. Et avec de l’entraînement, il pourrait surclasser l’Américain Michael Johnson, qui détient à peu près tous les records du moment dans cette discipline.
En plus, mon hamster ne dévoilera pas en primeur à Alain Gravel qu’il a pris de l’EPO en cachette afin d’augmenter le taux d’oxygénation de son sang. Le Canada a assez d’un Ben Johnson et d’une Geneviève Jeanson dans son histoire sportive.
Alors mon hamster en court une claque dans une journée. Il m’empêche même de dormir une nuit sur deux. L’autre nuit, celle où je dors, c’est que je suis tellement claquée que je ne l’entends plus. Mais il galope tout de même dans sa petite roue. Sans jamais se fatiguer, à mon grand désarroi.
S’il pouvait arrêter deux secondes seulement. Juste deux petites secondes, pour que je puisse me reposer un brin. Mais non. Rien à faire. Mon hamster carbure à l’adrénaline. Et Dieu sait que j’en ai de l’adrénaline dans le corps. Trop peut-être.
Alors mon hamster, qui a trouvé refuge dans un coin de mon cerveau, n’arrête pas. N’arrête jamais.
Voulez-vous un exemple?
Pendant que je bossais sur le cahier spécial du 25e anniversaire de La Nouvelle, je rêvais de me prélasser dans un spa. Je m’imaginais passer la journée en pyjama à regarder en rafale la dernière saison de 24 et à manger des céréales pour souper. J’aurais tué pour m’asseoir dans mon Lay-z-boy et attendre que le temps passe en regardant dans la rue le nombre de voitures qui passent à l’heure devant chez moi.
Au moment même où je suis allée porter les dernières épreuves à l’impression, à cet instant précis où enfin je pouvais respirer, mon hamster s’est remis à courir. Ses pas de course m’ont donné une idée. Une sacrée idée. Une illumination qui me tiendrait occupée pendant le prochain mois. Pour le week-end de lâcheté, on repassera.
Impossible de dormir tant ça galopait dans ma tête. Ce n’est qu’à trois heures du mat que je l’ai supplié de me laisser tranquille et que j’ai réussi à fermer les yeux. Je souhaitais même en secret qu’il se casse une hanche et que la liste d’attente en orthopédie pour son remplacement soit d’au moins un an. Je l’ai même menacé de l’échanger s’il n’arrêtait pas. Il a pris un break, à contrecœur.
La trêve n’aura été que de courte durée. Moins de trois heures plus tard, il se remettait à courir. Toujours courir, m’empêchant ainsi de dormir. J’avais les cernes en-dessous du menton, le teint d’une pinte de lait passée date, l’humeur de chien. Mais je lui ai pardonné.
Le flash était bon. La cause noble. Soyez attentifs, d’ici la fin octobre, vous en saurez plus.
En attendant, je vais nourrir mon hamster. En espérant que tous les kilomètres qu’il a parcourus en valaient la peine…
18 septembre 2007
Ma relation amour-haine avec les pommes
Dans ma liste de fruits préférés, la pomme ne se retrouve pas dans le top 10, ni même dans le top 20. Ce n’est pas que je ne déteste ce fruit, je suis seulement saturée. J’ai la nette impression que j’en mangeais tout le temps quand j’étais petite. Pis elles étaient toujours rouges et appartenaient inévitablement à la catégorie des McIntosh. Vive la variété qu’offrait l’épicerie que ma mère fréquentait à l’époque!
Pour mes collations d’école, ma mère me mettait une pomme et un sac de carottes dans mon sac. Pour accompagner mon sandwich au jambon-moutarde-fromage-jaune du midi, je buvais un jus de pomme. Comme dessert, j’avais droit à un bol de compote de pommes. C’était très correct et vous pouvez vous imaginer qu’avec la quantité de vitamine C que j’ingérais, les microbes me fuyaient comme la peste!
Mais un moment donné, j’ai atteint un point de non-retour. Une écoeurantite aigüe comme on dit.
Je ne cuisine donc jamais de porc aux pommes ou de croustade aux pommes à l’érable. Vous ne verrez jamais de beurre aux pommes dans mon frigo et aucune bouteille de cidre ne traîne dans mon cellier. J’aime beaucoup mieux les muffins aux bleuets qu’aux pommes. Les crèmes de céleri sont aussi délicieuses sans les pommes. Les beignets, les clafoutis, les crêpes, les gâteaux renversés, les salades, les strudels, les tartes et les millions d’autres idées de menus que l’on pourrait avoir peuvent très bien s’apprêter sans ce fruit rouge.
N’empêche.
À chaque fois que je vois les feuilles des arbres rougir. Dès que les normales saisonnières se situent dans 14-15 degrés. Dès que septembre se pointe sur le calendrier, je fais la même chose. La même envie monte en moi.
Je veux aller aux pommes.
Je veux marcher dans un verger.
Je veux faire des photos de pommes.
Je veux me promener en tracteur.
Je veux voir Maxim grimper dans une échelle pour aller cueillir la plus haute pomme du pommier.
Je veux voir Félixe croquer à pleines dents dans une pomme.
Je veux les voir courir entre les dizaines de pommiers.
Je veux les entendre rire lorsqu’elles réussissent à attraper une pomme très très loin sur la branche.
Bref, la virée aux pommes est un incontournable de mon calendrier d’automne. Même si pendant 51 semaines, je boude les pommes, je fais exception en septembre.
Mais à voir ma Filou sur cette photo, je regrette que parmi les douze mois de l’année, il n’y ait pas plus de septembre…
Pour mes collations d’école, ma mère me mettait une pomme et un sac de carottes dans mon sac. Pour accompagner mon sandwich au jambon-moutarde-fromage-jaune du midi, je buvais un jus de pomme. Comme dessert, j’avais droit à un bol de compote de pommes. C’était très correct et vous pouvez vous imaginer qu’avec la quantité de vitamine C que j’ingérais, les microbes me fuyaient comme la peste!
Mais un moment donné, j’ai atteint un point de non-retour. Une écoeurantite aigüe comme on dit.
Je ne cuisine donc jamais de porc aux pommes ou de croustade aux pommes à l’érable. Vous ne verrez jamais de beurre aux pommes dans mon frigo et aucune bouteille de cidre ne traîne dans mon cellier. J’aime beaucoup mieux les muffins aux bleuets qu’aux pommes. Les crèmes de céleri sont aussi délicieuses sans les pommes. Les beignets, les clafoutis, les crêpes, les gâteaux renversés, les salades, les strudels, les tartes et les millions d’autres idées de menus que l’on pourrait avoir peuvent très bien s’apprêter sans ce fruit rouge.
N’empêche.
À chaque fois que je vois les feuilles des arbres rougir. Dès que les normales saisonnières se situent dans 14-15 degrés. Dès que septembre se pointe sur le calendrier, je fais la même chose. La même envie monte en moi.
Je veux aller aux pommes.
Je veux marcher dans un verger.
Je veux faire des photos de pommes.
Je veux me promener en tracteur.
Je veux voir Maxim grimper dans une échelle pour aller cueillir la plus haute pomme du pommier.
Je veux voir Félixe croquer à pleines dents dans une pomme.
Je veux les voir courir entre les dizaines de pommiers.
Je veux les entendre rire lorsqu’elles réussissent à attraper une pomme très très loin sur la branche.
Bref, la virée aux pommes est un incontournable de mon calendrier d’automne. Même si pendant 51 semaines, je boude les pommes, je fais exception en septembre.
Mais à voir ma Filou sur cette photo, je regrette que parmi les douze mois de l’année, il n’y ait pas plus de septembre…
L'automne de mes six ans...
Si je me fie à mon certificat de naissance, je venais à peine de souffler six chandelles sur mon gâteau au chocolat en septembre 1982. Au moment même où naissait La Nouvelle, ma courte existence allait connaître un grand tournant.
Je commence à maîtriser les rudiments de la lecture et à être capable de lire sans problème « Luc va à l’école avec son chien Fido ». J’adore d’ailleurs prendre l’autobus qui me conduit à ma nouvelle école de Stoke même s’il y a des grands de sixième qui tentent de me faire faire toutes sortes de coups pendables. Je ne laisse pas ma place en entraînant ma petite sœur Anne-Marie dans mes expériences culinaires : « Qu’est-ce que ça fait du jus de raisin mélangé avec du lait et de la farine? » Je vous laisse imaginer le résultat…
1982, c’est aussi une année de bouleversements pour mes parents. J’entends encore ma mère s’inquiéter de ces taux d’intérêts qui montent en flèche. Je n’y comprends rien à ce charabia d’adulte, et pourtant, je sais compter jusqu’à 100. C’est assez frustrant! Et je ne comprends pas trop pourquoi mon père ne va plus travailler le matin. C’est à six ans que j’ai appris la signification du mot chômage.
C’est aussi l’année où nous avons quitté notre maison de Deauville située entre celle de mes grands-parents et de mes tantes pour emménager dans une autre à Stoke. Une belle maison blanche avec un étang en avant et une petite ferme sur le côté.
Nous avons une dinde et un dindon, une dizaine de poules et un coq. Il y a aussi Suzanne, la brebis, Daisy, son bébé, et deux magnifiques lapins. Je n’oublie pas les jolis canards qui voguent sur l’étang.
Derrière la ferme, il y a un immense jardin potager et des dizaines d’arbres fruitiers. Des pommiers, des pruniers, des poiriers même sont plantés dans ce grand champ qui s’étend à perte de vue. Je crois que je n’ai jamais autant mangé de fraises, de framboises, de bleuets et de mûres que cet été là.
Et je ne vous ai même pas parlé de l’intérieur de la maison. C’est vraiment le sous-sol qui mérite le plus mon attention! Un sous-sol de rêve. Sur le sol, il y a un jeu de marelle de peint, une balançoire et un trapèze étaient accrochés au plafond. Vous imaginez les heures que j’y ai passées…
Je me souviens de ces journées où j’allais au poulailler chercher des œufs pour notre déjeuner. Je me rappelle de ces parties de cachette que l’on faisait avec mes parents. Je repense à mon père qui me poussait sur ma balançoire. Je rigole en pensant à ma mère qui s’était transformée en coach pour mon équipe de soccer. Je revois tout ça dans ma tête et je souris.
Mais chaque fois que l’on évoque « l’année Stoke » dans ma famille, le visage de mes parents s’assombrit. Ils ne veulent pas se souvenir, eux. Ils auraient préféré oublié cette année si difficile.
Pourtant, et de loin, l’année 1982 a été la plus belle de mon enfance. Celle où mes souvenirs les plus importants sont logés.
Vingt-cinq ans plus tard, jour pour jour, je revivrai en quelque sorte l’année de mes six ans. Dans quelques semaines, nous serons à nouveau tous réunis dans notre quadruplex. Il n’y aura peut-être pas de ferme ou de balançoire, mais mes parents seront tout près, prêts à rire j’en suis certaine.
Bref, il n’y a pas que La Nouvelle qui fête!
Je commence à maîtriser les rudiments de la lecture et à être capable de lire sans problème « Luc va à l’école avec son chien Fido ». J’adore d’ailleurs prendre l’autobus qui me conduit à ma nouvelle école de Stoke même s’il y a des grands de sixième qui tentent de me faire faire toutes sortes de coups pendables. Je ne laisse pas ma place en entraînant ma petite sœur Anne-Marie dans mes expériences culinaires : « Qu’est-ce que ça fait du jus de raisin mélangé avec du lait et de la farine? » Je vous laisse imaginer le résultat…
1982, c’est aussi une année de bouleversements pour mes parents. J’entends encore ma mère s’inquiéter de ces taux d’intérêts qui montent en flèche. Je n’y comprends rien à ce charabia d’adulte, et pourtant, je sais compter jusqu’à 100. C’est assez frustrant! Et je ne comprends pas trop pourquoi mon père ne va plus travailler le matin. C’est à six ans que j’ai appris la signification du mot chômage.
C’est aussi l’année où nous avons quitté notre maison de Deauville située entre celle de mes grands-parents et de mes tantes pour emménager dans une autre à Stoke. Une belle maison blanche avec un étang en avant et une petite ferme sur le côté.
Nous avons une dinde et un dindon, une dizaine de poules et un coq. Il y a aussi Suzanne, la brebis, Daisy, son bébé, et deux magnifiques lapins. Je n’oublie pas les jolis canards qui voguent sur l’étang.
Derrière la ferme, il y a un immense jardin potager et des dizaines d’arbres fruitiers. Des pommiers, des pruniers, des poiriers même sont plantés dans ce grand champ qui s’étend à perte de vue. Je crois que je n’ai jamais autant mangé de fraises, de framboises, de bleuets et de mûres que cet été là.
Et je ne vous ai même pas parlé de l’intérieur de la maison. C’est vraiment le sous-sol qui mérite le plus mon attention! Un sous-sol de rêve. Sur le sol, il y a un jeu de marelle de peint, une balançoire et un trapèze étaient accrochés au plafond. Vous imaginez les heures que j’y ai passées…
Je me souviens de ces journées où j’allais au poulailler chercher des œufs pour notre déjeuner. Je me rappelle de ces parties de cachette que l’on faisait avec mes parents. Je repense à mon père qui me poussait sur ma balançoire. Je rigole en pensant à ma mère qui s’était transformée en coach pour mon équipe de soccer. Je revois tout ça dans ma tête et je souris.
Mais chaque fois que l’on évoque « l’année Stoke » dans ma famille, le visage de mes parents s’assombrit. Ils ne veulent pas se souvenir, eux. Ils auraient préféré oublié cette année si difficile.
Pourtant, et de loin, l’année 1982 a été la plus belle de mon enfance. Celle où mes souvenirs les plus importants sont logés.
Vingt-cinq ans plus tard, jour pour jour, je revivrai en quelque sorte l’année de mes six ans. Dans quelques semaines, nous serons à nouveau tous réunis dans notre quadruplex. Il n’y aura peut-être pas de ferme ou de balançoire, mais mes parents seront tout près, prêts à rire j’en suis certaine.
Bref, il n’y a pas que La Nouvelle qui fête!
07 septembre 2007
Les trois shifts des mamans...
Il m’a fait sourire le patron ce matin.
À 9h, quand j’ai mis le pied dans la porte de son bureau, c’est par un « Bonjour Geneviève! En forme pour commencer la journée? » que j’ai été accueillie.
Commencer la journée? À 9h? Ça parait que ses enfants ont tous quitté le domicile familial. Il doit déjà avoir oublié c’est quoi avoir deux flots de six et neuf ans à gérer. Je suis donc loin de débuter ma journée à 9h. C’est parce que je viens de terminer mon premier shift moi. J’en suis presque au milieu de la journée! Je sais bien qu’il voulait être gentil le patron. Mais ça m’a fait réfléchir sur la tonne de travail que l’on pouvait abattre avant même de poser le gros orteil dans sa shop.
En effet, avant même que Salut bonjour n’ait terminé sa première heure de télé, j’ai déjà une brassée de lavage de pliée et une autre est dans la laveuse. Il y a une recette de poulet à la crème et moutarde de Dijon dans la mijoteuse, ce qui me facilitera la vie au souper de ce soir. J’ai préparé trois lunchs et six collations aussi tout en lisant le journal du matin. Je me suis également occupée de sortir Gucci, le chien, dehors. (Note à moi-même: penser à prendre rendez-vous au toilettage, Gucci sent commence à sentir étrange.)
Ensuite, j’ai réveillé les puces. Pendant qu’elles s’habillaient, j’ai fais les lits puis nous sommes montés manger. Deux déjeuners, deux verres de jus d’orange et deux verres de chocolat au lait plus tard, j’ai tressé les cheveux de Filou et peigné ceux de Max. (Note à moi-même : penser à acheter du lait au retour à la maison ce soir).
Pendant qu’elles se lavaient les dents, j’ai vidé le lave-vaisselle et l’ai rempli à nouveau de verres vides et d’assiettes collées de sirop d’érable.
Je réussi à régler une chicane entre sœurs au moment où je me rends compte que l’autobus n’est pas trop loin. C’est à la course que j’aide Loulou à enfiler ses chaussures et à attacher son manteau. On sort ensemble pour se rendre à l’arrêt. J’en profite pour porter au chemin les bacs de déchets et de récupération.
Il est huit heures.
Je saute dans la douche, me sèche les cheveux, mets un peu de mascara, me lave les dents et m’habille. Évidemment, la seule paire de pantalons qu’il reste de propre dans la garde-robe est froissée. Le fer est branché en moins de deux et d’une main habile je tente de redonner une forme respectable à mes pantalons. (Note à moi-même : penser à acheter de nouveaux pantalons infroissables pour matins pressés…)
Ensuite, je prends une minute pour vérifier mes courriels au cas où il y aurait un truc important que je pourrais régler avant d’arriver au bureau. J’en profite pour payer mon compte d’Hydro et le Bell. (Note à moi-même : penser à m’inscrire au service de prélèvement automatique.)
Avant de partir, je pense à mettre mes vêtements lavés dans la sécheuse. Je remplis les bols d’eau et de nourriture de Gucci. Je peux enfin quitter la maison.
J’avoue que c’est souvent un peu essoufflée que je mets les pieds au bureau, mais je suis tout de même d’attaque pour commencer mon deuxième quart de travail celui du travail rémunéré… Tout juste avant de puncher à nouveau à la maison pour le shift du soir (souper, vaisselle, devoirs, bain, dodo, alouette).
Dommage pareil que nous ne soyons pas payés pour toutes nos heures travaillées…
À 9h, quand j’ai mis le pied dans la porte de son bureau, c’est par un « Bonjour Geneviève! En forme pour commencer la journée? » que j’ai été accueillie.
Commencer la journée? À 9h? Ça parait que ses enfants ont tous quitté le domicile familial. Il doit déjà avoir oublié c’est quoi avoir deux flots de six et neuf ans à gérer. Je suis donc loin de débuter ma journée à 9h. C’est parce que je viens de terminer mon premier shift moi. J’en suis presque au milieu de la journée! Je sais bien qu’il voulait être gentil le patron. Mais ça m’a fait réfléchir sur la tonne de travail que l’on pouvait abattre avant même de poser le gros orteil dans sa shop.
En effet, avant même que Salut bonjour n’ait terminé sa première heure de télé, j’ai déjà une brassée de lavage de pliée et une autre est dans la laveuse. Il y a une recette de poulet à la crème et moutarde de Dijon dans la mijoteuse, ce qui me facilitera la vie au souper de ce soir. J’ai préparé trois lunchs et six collations aussi tout en lisant le journal du matin. Je me suis également occupée de sortir Gucci, le chien, dehors. (Note à moi-même: penser à prendre rendez-vous au toilettage, Gucci sent commence à sentir étrange.)
Ensuite, j’ai réveillé les puces. Pendant qu’elles s’habillaient, j’ai fais les lits puis nous sommes montés manger. Deux déjeuners, deux verres de jus d’orange et deux verres de chocolat au lait plus tard, j’ai tressé les cheveux de Filou et peigné ceux de Max. (Note à moi-même : penser à acheter du lait au retour à la maison ce soir).
Pendant qu’elles se lavaient les dents, j’ai vidé le lave-vaisselle et l’ai rempli à nouveau de verres vides et d’assiettes collées de sirop d’érable.
Je réussi à régler une chicane entre sœurs au moment où je me rends compte que l’autobus n’est pas trop loin. C’est à la course que j’aide Loulou à enfiler ses chaussures et à attacher son manteau. On sort ensemble pour se rendre à l’arrêt. J’en profite pour porter au chemin les bacs de déchets et de récupération.
Il est huit heures.
Je saute dans la douche, me sèche les cheveux, mets un peu de mascara, me lave les dents et m’habille. Évidemment, la seule paire de pantalons qu’il reste de propre dans la garde-robe est froissée. Le fer est branché en moins de deux et d’une main habile je tente de redonner une forme respectable à mes pantalons. (Note à moi-même : penser à acheter de nouveaux pantalons infroissables pour matins pressés…)
Ensuite, je prends une minute pour vérifier mes courriels au cas où il y aurait un truc important que je pourrais régler avant d’arriver au bureau. J’en profite pour payer mon compte d’Hydro et le Bell. (Note à moi-même : penser à m’inscrire au service de prélèvement automatique.)
Avant de partir, je pense à mettre mes vêtements lavés dans la sécheuse. Je remplis les bols d’eau et de nourriture de Gucci. Je peux enfin quitter la maison.
J’avoue que c’est souvent un peu essoufflée que je mets les pieds au bureau, mais je suis tout de même d’attaque pour commencer mon deuxième quart de travail celui du travail rémunéré… Tout juste avant de puncher à nouveau à la maison pour le shift du soir (souper, vaisselle, devoirs, bain, dodo, alouette).
Dommage pareil que nous ne soyons pas payés pour toutes nos heures travaillées…
Cauchemar et épicerie
J’étais en forme. J’avais ma liste prête. J’étais d’attaque pour une virée à l’épicerie. C’était le temps d’y aller d’ailleurs parce que le frigo criait famine.
Filou était gentiment installée à l’avant du panier. Avec ses trois ans bien comptés, j’aimais mieux la voir là que de courir après elle dans les allées. Max était, quant à elle, installée au bout du panier et me racontait sa journée à l’école. Nous étions toutes souriantes et la vie était belle. Voyez le tableau?
La balade dans la section des fruits et légumes s’est déroulée à merveille, les filles étant fort satisfaites de mon choix de fruits. Les raisins verts et les bananes, c’est toujours gagnant aux collations.
Le scénario s’est reproduit dans le rayon de la boucherie. Rien à dire. Une visite à l’épicerie comme il s’en passe des milliers chaque jour. À vrai dire, ça frôlait la banalité.
Ennuyant jusqu’à ce que mon panier passe devant l’étalage des biscuits. La petite menotte de ma Filou s’est emparé, sans que je la vois faire, d’un paquet d’Oreo double crème. La cocotte croyait bien faire, et même qu’elle pensait sûrement me rendre service du même coup m’évitant le douloureux travail de choisir entre les 44 sortes de biscuits offertes sur le marché.
Hélas, les Oreo n’étaient pas inscrits à ma liste dûment préparée.
J’ai donc repris le dessert convoité par ma plus jeune pour le remettre sur sa tablette. Et sans que j’aille vu le coup venir voilà mon petit ange qui se met à crier comme si je m’étais subitement transformée en loup-garou et que je voulais la manger tout rond sans ketchup.
Je tente de désamorcer cette attaque avec douceur maternelle. « Voyons ma belle loulou, il en reste encore des Oreo à la maison, on en a pas besoin. » Elle en a que faire de mes explications à la noix. Ses pleurs reprennent de plus belle et ses cris redoublent d’intensité.
Ces cinq minutes qu’ont duré ce supplice m’ont paru une éternité. Ce n’était pas la première fois qu’elle m’offrait ce spectacle. Par contre, habituellement, les crises ont lieu dans mon salon en moins de deux ma petite colérique se retrouve en réflexion dans sa chambre.
Mais dans ce supermarché, il n’y a pas d’endroit pour envoyer nos petits diables en crise. Alors, je redouble d’effort pour tenter de calmer ma démone. Rien ne fonctionne.
Et là, arrive la goutte qui fait déborder le vase. Une vieille dame passe à côté de moi en me disant d’un ton des plus méprisants : « Mauvais caractère la petite, très mauvais caractère. Vous n’êtes pas capable de la faire taire? »
Puis-je vous dire que de nombreux scénarios très violents se sont déroulés dans ma tête lorsqu’elle m’a lancé ces paroles. Elle était qui elle pour insulter ma fille et pour me juger ainsi? Qu’est-ce que je pouvais faire de plus?
Quand une maman doit négocier avec un enfant en crise, ce n’est pas le moment d’en rajouter avec vos yeux remplis d’impatience et de mépris. C’est encore moins le temps de donner votre opinion sur notre manière d’élever nos bambins. Vraiment pas.
Oui ça tape sur le système des cris et des pleurs. Oui, l’épicerie est beaucoup plus sympathique au son de la musique d’ascenseur qu’à celui d’une crise infernale d’un bébé de trois ans.
Mais c’est la vie. Et la vie ce sont aussi des enfants qui pleurent en public.
La prochaine fois, mettez votre impatience de côté et souriez à la pauvre maman. Du coup, elle se sentira épaulée et trouvera plus facilement la patience nécessaire pour rétablir l’harmonie familiale.
Filou était gentiment installée à l’avant du panier. Avec ses trois ans bien comptés, j’aimais mieux la voir là que de courir après elle dans les allées. Max était, quant à elle, installée au bout du panier et me racontait sa journée à l’école. Nous étions toutes souriantes et la vie était belle. Voyez le tableau?
La balade dans la section des fruits et légumes s’est déroulée à merveille, les filles étant fort satisfaites de mon choix de fruits. Les raisins verts et les bananes, c’est toujours gagnant aux collations.
Le scénario s’est reproduit dans le rayon de la boucherie. Rien à dire. Une visite à l’épicerie comme il s’en passe des milliers chaque jour. À vrai dire, ça frôlait la banalité.
Ennuyant jusqu’à ce que mon panier passe devant l’étalage des biscuits. La petite menotte de ma Filou s’est emparé, sans que je la vois faire, d’un paquet d’Oreo double crème. La cocotte croyait bien faire, et même qu’elle pensait sûrement me rendre service du même coup m’évitant le douloureux travail de choisir entre les 44 sortes de biscuits offertes sur le marché.
Hélas, les Oreo n’étaient pas inscrits à ma liste dûment préparée.
J’ai donc repris le dessert convoité par ma plus jeune pour le remettre sur sa tablette. Et sans que j’aille vu le coup venir voilà mon petit ange qui se met à crier comme si je m’étais subitement transformée en loup-garou et que je voulais la manger tout rond sans ketchup.
Je tente de désamorcer cette attaque avec douceur maternelle. « Voyons ma belle loulou, il en reste encore des Oreo à la maison, on en a pas besoin. » Elle en a que faire de mes explications à la noix. Ses pleurs reprennent de plus belle et ses cris redoublent d’intensité.
Ces cinq minutes qu’ont duré ce supplice m’ont paru une éternité. Ce n’était pas la première fois qu’elle m’offrait ce spectacle. Par contre, habituellement, les crises ont lieu dans mon salon en moins de deux ma petite colérique se retrouve en réflexion dans sa chambre.
Mais dans ce supermarché, il n’y a pas d’endroit pour envoyer nos petits diables en crise. Alors, je redouble d’effort pour tenter de calmer ma démone. Rien ne fonctionne.
Et là, arrive la goutte qui fait déborder le vase. Une vieille dame passe à côté de moi en me disant d’un ton des plus méprisants : « Mauvais caractère la petite, très mauvais caractère. Vous n’êtes pas capable de la faire taire? »
Puis-je vous dire que de nombreux scénarios très violents se sont déroulés dans ma tête lorsqu’elle m’a lancé ces paroles. Elle était qui elle pour insulter ma fille et pour me juger ainsi? Qu’est-ce que je pouvais faire de plus?
Quand une maman doit négocier avec un enfant en crise, ce n’est pas le moment d’en rajouter avec vos yeux remplis d’impatience et de mépris. C’est encore moins le temps de donner votre opinion sur notre manière d’élever nos bambins. Vraiment pas.
Oui ça tape sur le système des cris et des pleurs. Oui, l’épicerie est beaucoup plus sympathique au son de la musique d’ascenseur qu’à celui d’une crise infernale d’un bébé de trois ans.
Mais c’est la vie. Et la vie ce sont aussi des enfants qui pleurent en public.
La prochaine fois, mettez votre impatience de côté et souriez à la pauvre maman. Du coup, elle se sentira épaulée et trouvera plus facilement la patience nécessaire pour rétablir l’harmonie familiale.
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