19 juin 2006

Soleil et travail buissonnier

Ne le dites à personne et surtout pas au patron, mais vendredi, j’ai « foxé » le travail. Ne faites pas ces yeux d’épouvante. Il faisait soleil pour la première fois depuis six mois, le mercure était sous le point de bouillir et Maxim était en congé. Une folle d’une poche.
Alors tant pis pour le journal, mais ma peau couleur collier de perles avait besoin de basaner un peu et ma grande n’a pas trouvé meilleure gardienne que moi. Je me suis donc sacrifiée pour le bien de ma fille. Je sais, je sais, j’ai une grandeur d’âme incommensurable.
Nous voilà donc en duo mère-fille pour une journée entière où tout ce que nous avons à faire, c’est de relaxer et de profiter de Galarneau.
Nous avons débuté notre journée de travail buissonnier par une partie de Uno dans la cour arrière. Je ne sais pas trop comment elle réussit son coup, mais elle gagne toujours à ce jeu. C’est à croire qu’elle a un jeu truqué. Même si je perds tout le temps, de voir son sourire lorsqu’elle dépose sa dernière carte sur la table vaut largement l’atteinte à mon orgueil que de se faire battre par une puce de sept ans.
Tant qu’à être en congé « forcé » aussi bien en profiter pour faire quelques commissions. Nous faisons donc un arrêt chez la décoratrice où je dois récupérer des trucs que j’avais commandés. « Maman, c’est vraiment beau les rideaux que tu as choisis. Est-ce que je pourrais t’aider à les installer? » me demande-t-elle les yeux pleins d’admiration.
Ne lui dites surtout pas que c’est Mélissa qui a tout décidé. Ça pourrait détruire l’image très positive qu’elle a de sa mère et moi ça me fait plaisir qu’elle ressente ça pour moi. Nous sommes donc toutes deux gagnantes.
Vous comprendrez que cet avant-midi très chargé nous a ouvert grandement l’appétit. Lorsque je propose à Max de manger sur une terrasse au centre-ville, vous devinerez que c’est sans hésitation qu’elle a répondu positivement à ma demande.
Alors que nous marchions main dans la main rue Wellington Sud en direction du resto, j’appréciais le fait qu’elle accepte encore de me témoigner de l’affection en public et je songeais tristement au jour où elle ne le voudra plus.
« Maxim, est-ce que tu crois que tu voudras toujours me tenir la main en public? » lui ai-je demandé, craignant du même coup la réponse qui viendrait.
« C’est sûr maman! »
Sceptique, je la relance. « Même quand ta mère sera vieille-moche-poche et que ça ne sera plus cool d’aimer sa mère? »
« Maman, premièrement tu ne seras jamais vieille-moche-poche et je vais toujours trouver ça cool de t’aimer », m’a-t-elle répondu d’un ton rempli de sourires.
Du coup, je n’ai plus eu peur de l’avenir. Et j’ai souhaité encore plusieurs vendredis de congé.

12 juin 2006

Bonne route Marie-Claude!

À la minute même où j’ai vu son courriel tomber dans ma boîte de réception, un énorme sentiment de regret m’a envahi. Les « j’aurais donc dû » et les « pourquoi je n’ai pas » ont assailli mes pensées.
C’était la copine Marie-Claude qui me conviait à son party de départ. Celle qui s’est fait connaître dans le coin pour ses clichés de bedons met le cap sur Waterloo, en Ontario à la fin du mois. Une nouvelle vie l’attend là-bas où son conjoint a dégoté un boulot de rêve.
En quelques instants, j’ai revu notre escapade de sacoches, en camping, l’été dernier avec nos marmots. Quelle aventure! Nous étions cinq dans une Aveo avec tout notre matériel de camping. À peine pouvions-nous respirer tellement nous étions coincés. Mais de voir Alexandre, Maxim et Félixe courir après les grenouilles, nos soirées autour de feu à se conter nous vies quinze fois, nos soupers communautaires valaient amplement ces heures passées inconfortablement dans ma mini auto.
Je l’ai revue aussi l’été dernier, quand elle a dit oui à Kaan, les yeux pétillants, à quelques pas du ruisseau à Jouvence.
J’ai pensé à cette exposition que nous avions faite ensemble où nous avions marié son talent pour la photographie à mon scrapbooking.
J’ai songé à toutes les fois où elle me parlait de ses photos. Qu’elles aient été prises à Hawaï, en Écosse, en Californie ou ici à Sherbrooke, ces photos évoquaient tant de passion et d’amour.
* * *
Je sais depuis décembre dernier que Marie quitterait Sherbrooke l’été qui vient. J’avais amplement le temps de faire le plein d’elle avant son envol vers cette contrée ontarienne. Mais la vie étant ce qu’elle, le temps passe trop vite et nous voilà rendus à quelques semaines du jour J. Et je regrette terriblement de ne pas en avoir profité.
Je regarde peut-être trop la télévision, mais je m’attendais à quelque chose de triste comme party. Une gang de cœurs gros rassemblés autour d’un buffet et de deux caisses de 24. Je nous imaginais tous avec le trémolo dans la voix et les larmes aux coins des yeux. Je m’attendais à ce que Élaine, Romuald et Bianca racontent 1001 anecdotes issues d’un moment ou d’un autre de la vie trépidante de notre Marie-Claude.
Je suis arrivée à la Nef, où avait lieu la soirée, l’âme en peine. Mon six pack d’une main, mes loulous de l’autre, des kleenex dans le manteau, j’étais prête à faire mes adieux à ma copine.
Mais ce ne fut pas le cas.
Le six pack est toujours plein. Et les Kleenex sont toujours secs.
Contrairement aux autres copains qui étaient présents, ce « bye bye party » était mon premier. Eux, ils ont vécu celui de la tournée européenne du Cirque du Soleil, son départ vers Las Vegas et combien d’autres. Ils sont des habitués en la matière. Moi, je manquais d’expérience.
Ils m’ont rassurée. Marie-Claude, elle revient toujours. Elle doit bouger. Vivre éternellement dans sa petite maison jaune du nord de Sherbrooke n’était pas pour elle. Les projets filent à une vitesse folle dans sa tête. Bouger, remuer, se déplacer, s’agiter, ça c’est elle. Ma copine reviendra donc à Sherbrooke, un jour. C’est ce qui la rend heureuse.
Alors, j’ai rangé ma tristesse dans mon sac à dos. Kaan a sorti sa mallette de poker et on a joué. Jusqu’à tard dans la nuit. On a ri. J’ai perdu des sous. J’ai appris que j’étais incapable de bluffer. J’ai fait choquer le cousin de Marie-Claude avec mon « King and low ».
Et puis après tout, Waterloo, ce n’est pas à l’autre bout du monde. Qui sait si Marie-Claude ne me verra pas débarquer avec mon six pack de bières d’une main, mes loulous de l’autre et ma joie de voir son sourire dans ce nouveau défi que la vie lui a amené.
Bonne route Marie-Claude!

06 juin 2006

Épuisement et petit dodo

Le septième jour, il se reposa, est-il écrit dans la Bible. Puis-je savoir il est quand ce septième jour pour que je puisse mettre les pieds sur la table du salon et écouter la télé à en faire des plaies de divan?
Parce que je regarde mon agenda des prochaines semaines et je suis certaine que je suis plus « bookée » que le président des États-Unis lui-même. Vous pensez que j’en mets un peu peut-être. J’aimerais pouvoir exagérer, mais ce n’est nullement le cas.
Même mes vacances sont planifiées au quart de tour. Aucune journée n’est consacrée à la paresse ou au perfectionnement de mon bronzage. C’est certain que lorsque l’on décide de passer son 14 jours de repos annuel l’autre côté de la grande flaque d’eau, il faut en profiter au max.
Je panique un peu. J’ai l’impression que le prochain 24 heures où je n’aurai que mon lavage à penser est vraiment loin. Trop loin.
Ne pensez pas que je me plaigne. Non non. Ce n’est pas ça.
Mais comment font-ils ceux qui ne retrouvent jamais les mots « Temps libres » dans les pages de leur calendrier? Comment arrivent-ils à ne pas craquer devant la liste sans fin de trucs à faire?
* * *
J’ai couru tout le week-end. Maxim avait sa générale technique de son spectacle de ballet vendredi soir. On reprenait le tout le samedi après-midi. Finalement, en soirée, c’était le grand soir de présentation devant le public.
Entre les chaussons et les tutus roses, j’ai trouvé le temps de faire une vente-débarras à la pluie battante et d’immortaliser sur la carte mémoire de mon appareil-photo les dix sourires d’une même famille.
Je passerai outre ma visite au magasin pour l’achat d’un mobilier de chambre à coucher et le souper au resto promis aux puces plus tôt.
À 23h30, quand j’ai posé la tête sur l’oreiller, puis-je vous dire que j’ai à peine eu le temps de compter trois moutons? Je devais profiter de ces quelques moments de sommeil, car l’heure où Filou viendra quêter ses crêpes dominicales n’était pas si lointaine.
Le dimanche, ma deuxième supposée journée de congé, fut tout aussi remplie. Pendant qu’une brassée de lavage se faisait aller, je partais le lave-vaisselle et le balai dansait dans le salon.
Faudrait aussi nettoyer un peu la salle de bain (je ne suis pas maniaque, mais là, les poubelles débordent, je peux écrire mon nom dans le miroir et il y a un cerne dans le bain, alors avant d’être accusée d’insalubrité…)
Et voilà que mes sœurs voient ça d’un autre œil. Nous avons un souper à préparer. C’est la fête de notre mère et nous lui avons promis un bon souper. Alors à l’agenda de mon dimanche après-midi, courses à l’épicerie, visite à la SAQ, arrêt à la pâtisserie et détour vers le centre commercial pour compléter son cadeau d’anniversaire.
Je peux envoyer mon dodo d’après-midi tant espéré aux oubliettes. Soupir. Je prends mon courage à deux mains et j’attaque notre « To do list » avec entrain.
De retour à la maison, Anne-Marie s’occupe des crevettes pendant qu’Alex voit à mettre la table alors que je m’occupe des steaks. Max et Filou créaient une magnifique carte pour leur mamie adorée. Un quintette à l’œuvre pour le bonheur de notre mère.
Sans se l’être dit, chacune sait quoi faire. Chacune a à cœur de faire le meilleur repas pour celle qui en a fait des milliers pour nous.
Mon corps aurait peut-être réclamé un temps d’arrêt. Mais pour rien au monde j’aurais préféré dormir plutôt que de voir le sourire de ma mère émerveillée devant sa progéniture aux fourneaux.

29 mai 2006

Démocratie, jouets et vente de garage

J’avais convoqué un grand conseil de famille jeudi dernier. Une rencontre au sommet pour mes deux pitounes où de grandes décisions seraient prises.
Parce que pour la sixième fois cette semaine, je me suis cogné le petit orteil sur la ferme Fisher Price de Filou. Et c’était la fois de trop. Celle qui a fait déborder le vase. Pouvez-vous m’expliquez ce qu’elle faisait devant le fourneau s’il vous plait?
J’imagine que c’est comme ça chez vous aussi. Que les quatre coffres à jouets ne suffisent pas à la tâche. Que des poupées traînent en dessous de la table de cuisine. Qu’il y des petites autos qui se logent dans les craques du divan. Que Barbie et Ken batifolent dans les escaliers. Que des morceaux de casse-tête ont pris une marche vers l’arrière du frigo.
Des joujoux, nos loulous en ont trop. C’est pareil pour vous?
On accumule, on amasse, on empile une multitude de babioles qui sont supposés tant amuser nos bambins. Je parie que c’est identique dans votre maisonnée et que vos enfants ne jouent pas avec le quart de ceux-ci.
Alors voilà, j’ai décidé que le royaume du jeu était fini chez moi. Avec l’accord de mes filles, nous avons décidé de faire le ménage et de vendre le surplus lors d’une vente de garage. Avec l’argent amassé nous pourrions faire quelque chose en famille ou acquérir un truc qui plaira à toutes. Les suggestions étaient les bienvenues.
Maxim s’est lancé la première en suggérant un voyage à Disney pour toute la famille. Bien que ce serait grandement amusant, je lui ai fais remarquer qu’il faudrait vendre beaucoup plus que ses jouets pour financer un tel projet. Dès que j’ai parlé que nous devrions ajouter sa télé et son lecteur DVD dans la vente débarras, entre autres, elle a renoncé assez rapidement à ses vacances en Floride.
Par la suite Filou a soumis l’idée d’aller au Parc Safari toutes ensembles « parce que se retrouver coincées sous une girafe c’est très drôle », selon elle.
Quand j’ai eu enfin le droit de parole, j’ai pensé qu’une glissade pour notre nouvelle piscine serait bien amusante. (Lire que c’est un truc qui ne prend pas de piles, ne fait pas de bruit et ne se retrouvera pas au travers mes orteils.)
Ça l’a allumé Maxim sur la possibilité de mettre la main sur un dauphin gonflable pour jouer dans l’eau. Finalement, Félixe a ajouté qu’elle aimerait aller voir la Tour « Ifiel » à Paris.
Nous sommes donc passés au vote. Paris et sa tour ont perdu au premier tour. J’ai convaincu les filles de laisser tomber le parc Safari, car c’était planifié que nous irions pendant nos vacances de toutes façons.
Le choix crucial s’est donc fait entre la glissade et le dauphin. Le résultat du vote à main levé fut serré. À deux contre une, la glissade a gagné. Malgré tout, Maxim s’est ralliée à la majorité avec un grand sourire.
Depuis notre élection maison, nous choisissons avec facilité les trucs qui se retrouveront sur nos tables de vente samedi prochain. Les filles ont pris conscience qu’elles n’avaient pas besoin d’autant de cossins pour s’amuser. Qu’une simple glissade et un trou d’eau feraient amplement l’affaire.
Et moi, je jubile déjà en pensant que mes orteils ne risquent plus de se retrouver sur le chemin de jouets.

22 mai 2006

Mettre sa phobie au filtreur

Je ne sais pas trop ce qui m’arrive. Je n’aurais jamais cru pouvoir franchir ce pas. Mais j’y suis arrivée!
J’avais pourtant juré que jamais ma cour arrière ne contiendrait un monstre d’eau. L’idée de retrouver une de mes deux loulous gisant au fond m’effrayait au plus haut point. La responsabilité qui arrive dans la même boîte qu’une piscine me terrorisait.
Chaque été, c’est la même histoire. Chaque fois que l’on diffuse un reportage télé où l’on apprend le décès d’un enfant par noyade, le cœur me serre. Chaque fois, je me dis que cette malchance ne m’arrivera jamais puisque nous ne verions jamais de piscine dans mon panorama extérieur.
Je me souviens qu’une fois, le papa de mes loulous avait eu la possibilité de mettre la main sur une piscine gratos. Nous n’avions que l’installation à payer. Quelle offre alléchante!
Mais après trois nuits d’insomnie à cauchemarder sur Maxim qui était prise entre la toile solaire et le fond de l’eau, nous avons renoncé au projet. La plage Fraser est tellement plus agréable. En plus, elle nécessite tellement moins d’entretien.
Alors, depuis huit ans, l’été, nous avons chaud. Nous crevons de chaleur. Nous nous évaporons plutôt que de nous rafraîchir dans un trou d’eau bien à nous. Nous utilisons le boyau d’arrosage ou la douche. C’était peut-être moins amusant, mais ô combien plus prudent.
Pourtant, j’adore me baigner. Je pense que je savais nager avant même d’avoir fait mes premiers pas. Il y a toujours eu une piscine dans mon arrière-cour. D’ailleurs, mon grand-père, qui était notre voisin, avait fait venir de la Californie une piscine hors-terre Esther William, il y a 45 ans. Une toute petite piscine de 60 par 32 pieds rien de moins!
Malgré tout, j’ai toujours eu peur que le destin frappe chez moi. J’ai souvent eu l’impression que je courrais après le malheur avec de l’acier galvanisé remplie d’eau sur mon terrain. J’ai l’impression que les enfants sont attirés vers les fonds de piscines comme le métal sur l’aimant.
Mais voilà, j’ai décidé de prendre le dessus sur ma phobie. De mettre mes craintes au filtreur. De passer mes appréhensions au chlore. Pas question de transmettre ma frayeur de l’eau à mes héritières. (Elles auront bien d’autres choses avec lesquelles dealer en héritage…)
C’est donc avec énormément de courage (et avec l’idée que mon compte de banque serait vidé en deux temps trois mouvements) que je me suis présentée chez Multipiscines vendredi dernier. Même si Filou était bien déçue de ne pas nous voir repartir avec la piscine dans notre valise, je suis contente de savoir que cet été, nous aurons beaucoup de plaisir à jouer à Marco Polo ou à chercher des sous noirs dans le fond de l’eau les trois ensemble.
Peut-être que j’irai au-delà des normes de sécurité imposées à Sherbrooke. (Vous auriez dû voir la tête du commis chez Rona quand je lui ai dit que le barbelé que j’achetais était pour installer au tour de mon nouvel achat! Mais bon, il s’en remettra, et surtout, il ne me retrouvera pas à la une du journal regrettant le fait que ma piscine n’était pas assez sécuritaire pour mes cocottes.)
Parce que oui, ça peut être dangereux une piscine. Oui, ça amène un lot d’inquiétudes. Mais après tout, le monde est rempli de dangers. Je ne pourrai pas toujours être derrière elles pour les surveiller face aux menaces qui planent sur mes puces.
Je crois qu’il faut plutôt que je les arme face à ces éventuels risques. C’est dans ma cour qu’elles apprendront les règles de sécurité qui viennent avec l’utilisation d’une piscine. Mais surtout, je crois qu’il faut faire confiance.
Maintenant, je compte les dodos me séparant de l’installation de ma nouvelle 21 pieds. En espérant qu’il cesse de mouiller d’ici la fin juin.

15 mai 2006

Une chaine de solidarité peu commune

Ça commencé par un courriel. Un tout petit envoi qui est tombé dans mon « junk mail » d’Hotmail. J’ai même passé près de ne pas le voir entre les offres pour perdre 30 livres en moins d’une semaine et les enlarge-your-vous-savez-quoi.
Alors voilà, c’était ma mère qui se demandait si je ne connaissais pas quelqu’un qui aurait des trucs de bébé à donner pour une future maman qu’elle avait rencontrée et qui n'a pas un rond et qui manquait de tout pour accueillir le locataire de son bedon.
J’ai donc transféré le courriel dans mon réseau de contacts me disant que si on pouvait lui trouver quelques pyjamas, ça serait toujours ça de gagné.
Mais, ce ne fut pas le cas. Loin de là.
En moins de temps qu’il en faut à Alexandre Despatie pour exécuter deux sauts périlleux et demi avant avec deux vrilles en position carpée, ma boîte de courriels s’est remplie. Les offres d’aide pleuvaient et de partout à travers la province !
Le lendemain même, Stéphane arrivait au bureau avec la valise de sa voiture remplie à pleine capacité. De la table à langer aux couches en passant par du savon et du shampoing pour bébé, mon collègue de travail avait pensé à tout.
Puis, il y eut Martin, qui a fait passer mon courriel parmi les employés de l’usine où il travaille. Lui aussi, en moins de temps qu’il en faut pour fabriquer un poupon, a vu son bureau se remplir de vêtements, de jouets et de dizaines d’objets pouvant rendre le quotidien des nouveau-nés plus agréables.
Les doudous, le manteau d’hiver, la lampe, les souliers et autres babioles que Stéphanie a offerts ont permis certes de désengorger ses garde-robes, mais ont rendu ma copine heureuse d’avoir pu aider une maman qui n’avait pas eu la même chance qu’elle.
Et même Denis, qui n’avait pas oublié ma demande, m’est arrivé, la semaine dernière, la minivan bourrée de nombreuses boîtes contenant mille et un trucs.
C’est extraordinaire pareil. En un simple clic de souris, voilà que cette dame n’aura pas à se casser la tête pour habiller, nourrir ou faire dormir son bébé. Parce que derrière des dizaines d’écrans d’ordinateurs se trouvent des gens incroyables.
On dit souvent que les Sherbrookois ont l’âme généreuse. Maintenant, j’en ai la certitude.
Un grand merci à tous ceux qui ont collaboré au mieux-être de ce petit ange qui a vu le jour il y a deux semaines maintenant. Une arrivée au monde marquée par de grands gestes de solidarité qui prouvent sans aucun doute que ce petit être a sa place dans notre communauté.
* * *
La « petite madame » est de retour au pays des rénos et des achats de mâle. Après l’accalmie de l’hiver, me voilà à nouveau faisant équipe avec les échantillons de comptoir et les dépliants de piscine.
J’aurais espéré que les Monsieurs-qui-dénigrent-les-petites-madames-dans-les-centres-de-réno-ou-centres-de-piscine seraient restés en mode hibernation ou auraient pris leur retraite. Hélas, ce n’est pas le cas.
Alors avis à vous. Vous n’avez pas terminé de me voir errer dans vos allées cet été. J’entreprends de grands travaux dans mon petit jumelé. Aussi bien vous faire à l’idée.
Alors, rayez les « petites mesdames » de votre vocabulaire et ne me prenez pas pour une gourde lorsque je vous demande la différence entre de l’acier galvanisé et de la résine. Vous verrez, notre relation ira pour le mieux.

08 mai 2006

Le passage obligé d'Isabelle

Il y a une légende qui dit que tous se souviennent de ce qu’ils faisaient alors que la mort de John F. Kennedy a été annoncée dans les médias.
Il y a de ces événements qui marquent tellement fort notre imaginaire, que l’on se rappelle les moindres détails entourant cette annonce.
Nous sommes en juillet 1996. Je conduis ma Civic vers Cookshire où j’effectue un stage à la Société d’histoire de l’endroit. Il y a près d’une semaine qu’Isabelle Bolduc est disparue. Et là, on annonce qu’elle est retrouvée à la radio. Et pas nécessairement dans l’état dans lequel j’espérais.
Le soleil brillait dehors. Il y a peine trente secondes, je chantais à tue-tête la nouvelle toune des Spin Doctors le cœur remplit d’espoir qu’Isabelle ait eu seulement l’envie de s’évader un peu.
C’était avant que la voix du journaliste de CHLT-Radio annonce que cette jeune femme a été retrouvée quelque part dans le bois près du chemin Goddard à Fleurimont.
En moins de deux, il me semble que le ciel s’est assombri. Je ne me souviens plus de rien. Je ne sais plus où je vais. J’ai stationnée ma voiture sur le bord de la 108 pour encaisser le coup. Des milliers de questions se bousculaient dans ma tête. Aucune réponse ne parvenait à en sortir.
Ça aurait pu être moi. Elle avait mon âge. Elle avait les mêmes amis que moi. Elle sortait dans les mêmes bars que moi. Ça aurait pu être moi. Mais ce n’était pas moi. Et j’ai pleuré.
J’avais mis ces tristes événements de côté dans ma tête depuis plusieurs années. Ils sont revenus jeudi dernier. C’est Garou, dans Passages obligés qui me les a ramenés à la surface. Qui a fait couler des larmes sur mes joues à nouveau. Qui a fait serrer mon cœur très fort au creux de ma poitrine. Qui m’a rappelé que ça aurait pu être moi.
Isabelle Bolduc était une grande amie de Garou. C’est grâce à elle d’ailleurs que des millions de personnes à travers le monde fredonnent ses paroles. C’est elle qui a poussé ce gaillard sur une scène.
Encore aujourd’hui, dans son absence, Isabelle reste très présente dans les pensées du chanteur. Elle le pousse presque chaque jour à aller plus loin, à trouver la force nécessaire à faire ce métier.
Les quelques pages consacrées à Garou sont intenses. Elles font pleurer, mais j’ai refermé le bouquin l’âme en paix. Jamais je ne comprendrais ce qui a poussé Bainbridge, Blanchette et Labonté à se faire un festin d’Isabelle. Jamais je ne comprendrais comment l’humain peut agir de la sorte.
Garou dit dans ce livre écrit par Joselito Michaud, « qu’il ne faut pas se souvenir d’Isabelle comme de « l’affaire Isabelle Bolduc ». Je ne veux pas que cet événement soit mes seuls souvenirs d’elle. C’est pour cette raison que j’ai tout effacé de ma mémoire. Je n’oublie pas Isabelle pour autant. Maintenant, sa présence est autre. »
Mes larmes ont cessé de couler. Mon cœur s’est desserré. J’ai regardé dehors, le soleil brillait à nouveau. J’ai chassé « l’affaire Isabelle Bolduc de ma tête » pour la remplacer à tout jamais par le « sourire d’Isabelle Bolduc ».

30 avril 2006

À bas le Gala Ménagis!

Il y a deux brassées qui sèchent sur la corde. J’ai frotté de fond en comble les deux salles de bain. Il y a une recette de saucisses à l’italienne qui cuit dans la mijoteuse et aussi deux douzaines de muffins aux framboises qui se font dorer dans le four.
C’est sans compter l’aspirateur passé, les draps lavés, les planchers frottés et la vaisselle rangée. Bref, depuis mon lever, je n’ai pas chômé. Alors, pouvez-vous m’expliquer pourquoi j’ai ce foutu sentiment de culpabilité qui me colle aux fesses alors que je suis étendue au soleil avec un livre ?
Non, mais c’est vrai qu’à la place, je pourrais, je ne sais pas, nettoyer la voiture, ranger la remise, repenser le rangement du garde-robe, faire le tri dans les vêtements d’été des filles, désherber mes plates-bandes ou écrire ma chronique.
Mais non, à la place, je me pogne le beigne sous un soleil de plomb. Je profite du 22 degrés qu’affiche mon thermomètre extérieur. Quelle fainéante que je suis !
C’est terrible non ?
Il me semble que ce serait la journée parfaite pour repeindre la clôture ou pour laver les fenêtres de toute la maison. Ben non, madame-la-paresseuse s’amuse à attraper des coups de soleil. Franchement.
Vous êtes aussi découragés que moi n’est-ce pas ? Les week-end passent rapidement, il vaudrait mieux les mettre à profit. Parce que ce n’est pas lorsque le lundi se pointe sur le calendrier, que je trouverai le temps de faire de ces trucs essentiels à notre santé mentale.
Parce que c’est connu. Si on retrouve des petites mousses de poussières sous notre frigo, si nos pots d’épices ne sont pas classés par ordre alphabétique, si nos vêtements ne sont pas rangés par couleurs dans la garde-robe et pire encore, si nous n’avons pas planifié l’entièreté de nos repas pour la semaine, c’est clair que nous sommes incompétentes. Que tenir une maison va au-delà de nos capacités.
Après vérification, il y a non seulement de la mousse sous mon frigo, mais sous ma cuisinière et sous mon lave-vaisselle également. Mes petits pots d’épices sont sans dessus dessous. Mes vêtements d’hiver côtoient mes vêtements d’été sans aucune distinction au niveau des couleurs. Et je n’ose pas vous parler de ma planification anarchique de notre alimentation.
Bref, je suis nulle. Complètement à chier. Ce n’est pas demain la veille que je remporterai le trophée Ménagis de la ménagère la plus appréciée du public.
Il ne me reste plus qu’à A) m’ouvrir les veines. B) me dénoncer à l’Association des Flylady (pour les curieux, visitez le www.flylady.com). C) Contacter Roxanne Saulnier de l’émission Le Grand ménage pour qu’elle organise ma maisonnée. D) L’ensemble de ces réponses. Je suis un cas désespéré.
Mais en en réfléchissant bien, je me questionne. Est-ce que je serais plus heureuse si c’est nickel sous mes électroménagers ? Est-ce que mes enfants grandiront mieux si mon aneth se retrouve tout juste à côté de mon basilic ? Est-ce que je suis susceptible de développer un cancer des yeux si ces derniers voient un chandail rouge, un pantalon noir et une blouse rose dans le même coin du garde-robe ?
Je ne crois pas finalement. Cette obsession de la guenille et du Monsieur Net est complètement idiote à bien y penser.
Je vote donc pour que l’oisiveté, lire au soleil, les bains d’une heure, le cinéma en après-midi, l’écoute en rafale de tous les épisodes de 24h chrono en une seule journée, les balades en voiture à la campagne ou la navigation sur le net devraient être des tâches ménagères à part entière.
Parce que ces temps de repos, de relaxation me permettent de recharger les batteries. Elles font que je suis une maman plus douce, une journaliste plus éveillée, une amie plus à l’écoute, une patronne moins impatiente. Et ce n’est pas ça le plus important ?
À bas le Gala Ménagis !

25 avril 2006

La leçon d'Annie

Mon amie Annie est partie pour la gloire. À 25 ans et maman de trois fillettes, je pensais bien que le Canal famille était fermé, qu’elle avait assez fait pour peupler la collectivité québécoise. Mais non, elle vient de m’apprendre qu’un quatrième papillon a pris son bedon pour y faire son cocon. Je n’en reviens pas. Je suis béate d’admiration.
Dans notre société où tout doit aller très vite, où l’argent et les biens matériels priment, Annie fait des bébés comme d’autres font des tourtières. Ma copine va à l’encontre des conventions. Et c’est tant mieux!
Ne pensez pas qu’elle n’a d’autres choses à faire que de changer des couches et allaiter. N’imaginez pas qu’elle a un quelconque problème mental qui la pousse à enfanter. Parce que si c’est le cas, il faudra vous mettre un doigt dans l’œil jusqu’au coude.
Inhalothérapeute aux soins intensifs dans un grand hôpital, Annie comble ses temps libres en accompagnant des futures mamans dans leur grossesse et leur accouchement. Elle a fait de la maternité une véritable passion. Pendant que d’autres dépenses des milliers de dollars en trucs de toutes sortes, ma copine a mis sa famille au centre de sa vie.
N’empêche que quatre loulous à la table, ça fait augmenter radicalement une facture d’épicerie. Mais pas assez pour l’énerver, ni elle, ni son chum, ni même son gérant de banque.
« Les enfants, c'est la richesse. Plus tard, tout ce que j'aurai acheté, ça ne vaudra presque plus rien, mais mes enfants seront toujours là. Leurs rires, leur bonheur, ça entrent directement dans mon cœur. C'est ça la monnaie de mon cœur. »
Ça porte à réfléchir hein ?
Mais reste que j’ai de la difficulté à concevoir qu’elle sera encore un an sans dormir. Je ne comprends pas comment elle réussira à concilier les besoins de tous ces petits êtres sans craquer. Sans regretter le temps où tout était si simple, où elle n’avait qu’à s’occuper de son petit nombril.
Je sais, quatre enfants ce n’est pas la mer à boire. Que d’autres ont fait cinq, six, dix enfants. Mais vous, quatre bambins, seriez-vous capable ? Personnellement, j’avoue qu’entre le travail et mes deux loulous, j’en pédale un coup. J’ai comme un blocage à voir plus que Maxim et Félixe sur mon portrait de famille.
Pourtant, même si Annie est à la tête d’une marmaille aussi imposante, elle ne manque jamais de temps pour elle. « Je prends le temps de prendre le temps. Ce soir, la vaisselle n’est pas faite et les jouets traînent dans le salon, mais personne ne va en mourir », m’a-t-elle dit.
Elle n’a pas tort la copine.
Levez la main celles qui d’entre vous lisent le journal avec un sentiment de culpabilité parce que le plancher de la cuisine ne reluit pas? Combien d’entre vous se sentent de mauvaises mères parce le souper ne comportait pas les quatre groupes alimentaires du Guide alimentaire canadien? Dites-moi, c’est quand la dernière fois que vous avez pris une heure pour vous sans avoir un petit diable à l’oreille qui insinuait qu’il y avait mieux à faire que de jouer les paresseuses dans le bain?
Je serais la première à lever la main. La première à crouler sous les normes sociales. La première à dire que je ne veux plus d’enfants parce que je veux être capable d’avoir du temps pour moi, mais surtout afin de pouvoir offrir ce qu’il y a de mieux à mes puces.
Mais ce soir, Annie m’a servi toute une leçon. Laurie, Justine Léanne et son nouveau locataire dans son bedon sont tout ce qu’on a besoin pour être heureuse. Il faut cesser de chercher plus loin.

17 avril 2006

Trinquons à Suzanne!

Suzanne et moi avons des parcours de vie assez semblables. Entre nos marmots qui nous occupent à temps plein, notre boulot qui nous captive et notre quotidien qui nous rappelle que les journées devraient avoir 36 heures, nous trouvons quand même le temps de se parler tous les jours, ou presque.
En cinq ans, des liens se sont tissés. Des liens assez solides je dirais. Si bien que lorsqu’une d’entre nous voyait un obstacle se dresser sur son chemin, l’autre était là pour elle. Tout simplement. C’était naturel. Les coliques de bébé, la confection des purées bio, ma séparation, la mort de son père. Rien ne nous échappait.
Puis, ça lui est tombé dessus, par un beau matin ensoleillé. Comme ça. Tout bonnement. Comme ça arrive à 429 autres Canadiennes chaque semaine.
Suzanne venait d’allaiter Sébastien quand elle a remarqué une bosse sur son sein gauche. « Pas une autre mastite », a-t-elle pensé. Depuis 13 mois maintenant qu’elle nourrit son loulou, elle en n’était donc pas à son premier pépin dû à la lactation.
Mais voilà, même si son médecin espérait trouver autre chose, c’est bel et bien un cancer qui se nichait au cœur de son nichon.
Un cancer qui avait déjà fait assez de ravages dans sa famille. Sa grand-mère, sa mère et sa tante étaient déjà passées par le même chemin.
Moins de trois semaines plus tard, Suzanne passait sous le bistouri. Elle ressortira du bloc opératoire avec un sein en moins, peut-être, mais avec des tonnes d’angoisse et d’inquiétude sur les épaules.
Quand on a 34 ans, que l’on est maman de deux enfants qui n’ont même pas cinq ans, que l’on a toute la vie devant soi, il y a plus jojo à faire que de caser des séances de chimiothérapie dans son horaire.
Mais comme les 22 000 autres Canadiennes qui ont reçu le même diagnostic qu’elle cette année, Suzanne s’est retroussée les manches et a affronté cette maladie avec toute la force qu’il l’animait.
Il y a eu des hauts, mais beaucoup de bas. Des cheveux en moins sur le coco, des nausées à en plus finir, des pertes de mémoire, de nombreux rendez-vous chez d’autant de spécialistes ponctuaient ses journées.
Malgré tout, chaque matin, Suzanne remerciait le ciel de lui avoir laisser la chance de voir ses enfants grandir une journée de plus.
Deux ans plus tard, ma copine peut dire qu’elle a vaincu avec succès cette rude bataille. Mais cette année seulement, 5 300 Canadiennes n’ont pas eu cette chance.
Et c’est pour ces femmes que la compagnie Vincor a choisi de remettre les profits de la vente de ses vins rosés, ceux arborant une capsule rose, à la Fondation du cancer du sein du Québec.
L’objectif? Remettre 100 000$ pour la recherche.
Une bonne raison de trinquer à la santé de Suzanne, mais à cette femme sur neuf qui aura à livrer bataille au cancer du sein dans sa vie. Parce qu’au-delà des statistiques, il y a une personne, une famille, la vie.

11 avril 2006

Jumeler sommeil et parentage : Mission impossible?

Personne ne m’avait avertie. Personne ne m’avait mise au courant. Quand j’ai signé mon contrat de maman, je croyais qu’à deux mois, les bébés ça faisaient leur nuit et que c’était un dossier réglé, de l’histoire ancienne.
Mais ç’a l’air que non.
Parce que après avoir maîtrisé l’envie de boire aux deux heures la nuit, je pensais que c’était acquis que les loulous passaient ce temps dans les bras de Morphée plutôt que dans ceux de leur maman.
Précisons tout d’abord que ce stade a tout de même été réglé quand mes filles ont célébré le 10e mois de vie sur terre. C’est quand même huit mois de plus que ce à quoi je m’étais préparée.
Il y a tout d’abord les dents. Camilia, Tempra et Orajel se culbutent dans les aires dentaires. Et évidemment, on réclame les soins calmants à la minute même où notre tête se pose sur l’oreiller.
Après vérification, le dentier de mes filles est complet. Leurs gencives devraient, en théorie, me laisser dormir maintenant.
Mais non. Ça serait trop beau. Sont venus par la suite les cauchemars, les terreurs nocturnes, les méchants monstres voleurs de bonnes nuits. Même si maman fait de beaux rêves de princes charmants ou de voyages extraordinaires, ceux-ci sont plus souvent qu’autrement entrecoupés par des cris de petites filles au bord de la crise d’hystérie.
Puis se sont succédés les rhumes, otites, varicelles, bronchites, crises d’asthme, gastros et fièvres inexpliquées. Il doit bien y avoir une raison qui explique pourquoi les premiers débordements gastriques commencent toujours passé minuit. Pourquoi la température augmente subitement à 1h du matin. Pourquoi les oreilles infectées font toujours plus mal entre le coucher et le lever du soleil. Quelqu’un peut m’expliquer s.v.p.?
Quand, enfin, on voit la lumière au bout du tunnel, que les microbes sont allés voir ailleurs si nous y étions, voilà donc que les pipis au lit nous font sortir de nos draps beaucoup plus tôt que prévu. Soupir. On s’entend qu’il y a plus jojo à faire que de changer des lits et des pyjamas à trois heures du mat.
C’est sans compter la fois où Félixe est tombée en bas du lit ou celle où Maxim s’est cognée le front sur sa tête de lit. Ou encore la nuit où la sonnerie du téléphone a réveillé toute ma ribambelle.
Si on fait le total, dans les cinq premières années de vie de mes petites, j’en ai passé au moins deux et demie à ne pas dormir. Ne vous demandez pas d’où viennent les poches qui logent sous mes yeux, mon incapacité à tenir éveillée plus tard que minuit et mon impatience.
Et j’entends déjà mon père qui me dit : « Oui, pis à l’adolescence tu dormiras pas plus parce que tu vas te demander où elles sont la nuit! »
Je sais papa, je sais.
Bref, un constat s’impose. Les nuits, lorsque nous sommes parents, ne sont jamais acquises.

03 avril 2006

Malheureuse d'un printemps

Vendredi après-midi, quand j’ai mis le cap sur Sherbrooke, après une semaine à dévaler les pentes au mont Saint-Anne, j’avoue que j’avais le cœur gros, pour ne pas dire brisé.
C’est que je savais que j’étais à 300 kilomètres de la fin de ma saison de ski. Quand j’ai vu la grande pancarte verte annonçant que la prochaine sortie était Saint-Élie d’Orford, je savais que dans moins de trois minutes, mes skis iraient «étérniser» dans ma remise jusqu’en novembre prochain et ça me déchirait tellement.
Les retrouvailles avec ma pelouse, ma chaise longue, mon patio et mon BBQ n’avaient pas réussi à me faire sourire.
De penser qu’il faudrait voir à la composition de mon potager, à la division de mes vivaces et fertiliser les plates-bandes ne réussissait même pas à mettre un baume sur ma tristesse.
Bref, j’avais le cafard. Je maudissais tous ceux qui avaient fait la danse du soleil pour voir apparaître le printemps beaucoup plus tôt. Ceux qui avaient soudoyé Dame nature pour qu’elle chasse l’hiver.
Quand j’y pense, je suis peut-être idiote un brin.
Je cherche d’autres qualificatifs, et hélas, je ne trouve rien de mieux pouvant me décrire.
Les gens normaux, lire ceux qui ne sont pas idiots comme moi, rêvent de sable chaud, de soleil luxuriant, de crème solaire, de palmiers dansant au gré du vent, de vagues qui cassent et de pina colada lorsque le froid et la neige s’abattent sur le Québec.
Pour le commun des mortels, les visites de la Muraille de Chine, des pyramides d’Égypte, de la Tour Eiffel, de la Statue de la Liberté, de la barrière de corail, de la Tour de Pise représentent le summum d’un voyage extraordinaire.
Mais, rappelons-le, je suis idiote.
Pour d’autres, partir à l’aventure dans un safari au Kenya, traquer le caribou à l’île d’Anticosti, taquiner le doré dans un lac du parc de la Vérendrye est la quintessence d’un périple réussi.
Enfin, certains pousseront l’audace à sauter en parachute à 10 000 pieds d’altitude, à se mouiller en descendant la rivière Colorado en rafting ou à s’époumoner en gravissant le Kilimandjaro.
Mais pas moi.
À vrai dire, j’ai déjà commencé à compter les dodos qui séparent le printemps de l’hiver.
On annonce 60 centimètres de neige à Météomédia? Je jubile. La marmotte voit son ombre? Je me réjoui. L’Almanach du peuple prédit un hiver long? J’exulte.
Mon adrénaline, je la retrouve sur mes deux planches. Ma passion, je la vis en montagne. Me retrouver avec des engelures aux pieds et aux mains est loin de me rendre malheureuse.
Jongler entre les moments de découvertes extraordinaires et les moments d’angoisse inquiétante me remplit de fébrilité.
Le défi de maîtriser les virages correctement, de négocier les bosses, de m'ajuster constamment m’excite au plus haut point.
Me retrouver au bas d’une piste, à l'embarcadère d'une chaise, les jambes mortes, le souffle presque coupé, mais la tête remplie de décors majestueux est synonyme de béatitude totale, de bonheur.
Plusieurs me trouvent idiote de délirer autant sur ce sport. De ne pas choisir juillet pour la prise de mes vacances annuelles. De me les geler à 800 mètres d’altitude.
Je suis peut-être idiote, mais au moins, je suis heureuse.

24 mars 2006

Doigts en break syndical

J‘ai la tête pleine et pourtant, je ne trouve rien à écrire. Rien niet nada.
Habituellement, mes doigts courent sans aucune hésitation sur mon clavier. Ils s’excitent devant les touches de mon ordinateur. Entre mes deux index, mon duo de majeurs et mon pouce droit, il y a une rude compétition. À qui enfilera le plus de caractères ?
D’habitude, ils m’obéissent au doigt et à l’œil, mais pas aujourd’hui. Ils sont ankylosés. Ils refusent de se mettre au travail. Aucune coopération de leur part.
Vraiment, je pense à les larguer au bureau d’assurance-emploi. Ça pourrait peut-être les fouetter un peu. Leur rappeler que s’ils veulent pousser à nouveau un panier d’épicerie ou guider le volant de ma voiture, je dois toucher un chèque de paye et si possible, assez rapidement.
C’est à croire qu’ils sont en break syndical. Pourtant, ils ne sont nullement syndiqués. De quel droit osent-ils refuser de se mettre au boulot ?
Et s’il y a une journée où mes doigts doivent obtempérer, c’est bien aujourd’hui. J’ai huit textes à écrire avant de dire bonjour aux vacances. Mais à la vitesse où les mots s’alignent sur mon écran, aussi bien dire adieu à cette semaine de ski, parce que je serai encore ici lundi.
Un rien me déconcentre. Je souris quand le téléphone sonne. J’ai jamais été aussi contente qu’il me fasse signe de vie celui-là. J’accueille les placoteux à bras ouverts dans mon bureau. Faut bien prendre le temps de les écouter ; ils seront dix jours sans me voir. Ils doivent faire le plein. Je vais boire de l’eau aux cinq minutes. C’est très important de s’hydrater lorsque l’on est en mode création semble-t-il.
C’est la troisième fois que je vais à la salle de bain depuis une heure. J’imagine que mon subconscient y voit là une quelconque source d’inspiration. Cherchez à comprendre.
J’ai aussi tenté de faire craquer mes phalanges, question de fouetter un peu les troupes. Rien à faire. C’est tellement décourageant.
Rien ne m’allume. Rien ne déclenche chez moi une idée pour vous écrire. J’ai la tête dans mes bottes de ski. Le cœur sur les pistes enneigées. Je suis ailleurs, alors que je devrais être ici à écrire. J’ai peut-être mis le doigt sur le problème ?
Mille excuses. Demandez un remboursement. Ça n’a aucun sens. Je sens que je vais me faire taper sur les doigts au retour de mon congé.
C’est drôle, mon petit doigt me dit que personne ne me parlera de ma chronique cette semaine. Que je ne soulèverai pas l’ire d’un quelconque groupe de défense de droits. Qu’aucun d’entre vous n’aura besoin de sécher ses larmes. Et j’ai même l’impression que vous êtes plusieurs à m’avoir déjà abandonnée.
M’enfin. Les sages d’entre vous diront que ça prend des chroniques moins bonnes pour apprécier les meilleures. N’hésitez pas à classer celle-ci dans la première catégorie. En attendant, croisez-vous les doigts que ceux-ci retrouvent leur ardeur pendant que mes jambes s’assureront que je passe une merveilleuse semaine sur les pentes de ski.

20 mars 2006

Chanceuse moi?

Chanceuse moi ? Je ne crois pas. Dans les trois dernières années, j’ai perdu un emploi, la moitié de mon mobilier, mes nouvelles mitaines de ski, et vendredi dernier, j’ai encore perdu 2$ au 6/49 alors que ma combinaison n’était pas celle qui valait quatre millions.
Je me suis aussi fait voler mon vélo, ma nouvelle échelle, la brouette Little Tikes des filles.
J’ai eu une infiltration d’eau dans ma maison, mon robinet de cuisine est brisé, quelqu’un m’a laissé une belle bosse en souvenir sur mon auto, il fait toujours trop froid ou trop chaud dans mon bureau, il y a un feu sauvage qui a trouvé refuge sur ma lèvre supérieure et mon nouveau shampoing sent la pâte à modeler Play Doh.
Je ne crois vraiment pas être veinarde, au contraire ! La malchance, la poisse, la guigne me collent au derrière, vous voyez bien ! Mais pourtant, depuis le début de l’année, pas une journée ne passe sans que l’on me dise que je suis chanceuse. Et la chance, j’avoue que c’est un concept qui m’agace grandement.
Oui, j’ai eu ma permanence après seulement deux ans de travail à La Nouvelle. Oui, j’ai gagné un voyage ski au mont Sainte-Anne. Et oui, il y a plein de trucs dans ma vie qui font l’envie des autres.
Mais ce n’est pas de la chance ça. Que non !
Ma permanence, je ne l’ai pas trouvée dans ma boîte de Frosted Flakes par un beau matin de février. J’ai bûché pour trouver des sujets intéressants à proposer. J’ai travaillé pour rendre mes articles captivants. Je n’ai pas compté les heures passées au bureau au cours des deux dernières années. Ce n’est pas le hasard qui a fait que j’ai eu ce poste. Ce n’est pas parce que j’avais la bonne combinaison de chiffres que je me suis retrouvée à la tête de la rédaction de ce journal.
C’est comme mon voyage de ski. Il n’y a personne qui s’est pointé chez moi pour me dire : « Voilà, j’aimerais vous offrir un voyage de ski, comme ça, tout bonnement parce que je trouve que la brique de votre maison s’agence bien à la couleur de mon complet-cravate. »
Ç'aurait été fort plaisant, mais ça n’a pas été le cas. On n’a pas tiré mon nom au sort parmi 76 988 coupons de participation. J’ai gagné parce que j’ai soumis au jury du concours un texte qui a retenu son attention. C’est tout.
Chaque fois que je pense à ce concept de chance, je revois ma grand-mère qui, en visitant le nouveau condo de ma sœur cadette, disait : « Tu es chanceuse d’avoir une maison comme ça à ton âge ! » Elle se l’est fait dire Mamie que ce n’était pas de la chance. « Je suis loin d’être chanceuse ! On travaille pour se payer ça ! », que lui a lancé ma sœur, insultée un brin.
Parce qu’on n’a pas tiré le billet de la Maison Desjardins avec son nom dessus. Elle a une hypothèque à la banque qu’elle rembourse chaque mois. Ce n’est pas de la chance ça.
Je suis peut-être chanceuse, mais pour mille autres raisons que celles-là.
Je suis chanceuse parce que Katia est immanquablement au bout du fil quand je compose son numéro. Je suis chanceuse parce que je gagne continuellement au Monopoly. Je suis chanceuse parce qu’il fait toujours beau quand je suis en vacances. Je suis chanceuse parce que la vie m’a apporté deux enfants en bonne santé.
Dans le fond, c'est vrai que j’ai la chance collée au derrière. M'enfin.

13 mars 2006

La guerre à la mauvaise humeur

Ouf ! L’atmosphère est à couper au couteau. On a plus l’impression d’être en plein cœur de l’Antarctique que d'être qu’attablées devant le souper. Vraiment, j’aimerais être ailleurs.
Filou est choquée parce que je ne veux pas qu’elle mange des biscuits au chocolat avant qu’elle n’ait terminé son assiettée.
Maxim a le cœur dans la bouette parce qu’elle s’est (encore) chicanée avec son amie Audrey.
Et la petite sœur se réveille d’une sieste.
Entre deux bouchées, la petite soupire. Entre deux gorgées, la grande bougonne. Et l’autre baille à se décrocher la mâchoire. Beau tableau.
Vraiment, j’aimerais mieux être dans un séminaire de bas bruns où l’on débattrait de l’avenir du câble optique dans les villages du nord est de l’Ontario.
Il me vient donc une idée. Ne me demandez pas d’où cette illumination est arrivée, je ne le sais pas. N’empêche que ça l’a fait le travail.
C’est certain que lorsque Félixe a reçu sa première fève verte dans le front, elle était loin de me trouver drôle. Mais moi, j’ai éclaté de rire. Maxim, un peu éberluée, n’était pas certaine de comprendre ce qui se passait.
J’ai choisi ce moment précis pour lui envoyer une bonne pelletée de riz-à-grains-longs-et-riz-sauvage-aux-fines-herbes en plein visage.
Et là Félixe a compris ce qui arrivait. En moins de deux, elle s’est emparée d’un morceau de poulet qu’elle a dirigé droit sur la petite sœur. La cocotte a besoin d’entraînement, car son tir n’a pas atteint pas la cible désirée. Loin d’être découragée, elle s’empare d’un second morceau et cette fois-ci, elle atteint son but ; le front d’Alex.
Voilà que cette dernière émerge de son sommeil paradoxal et compte bien se défendre. Comme je suis la seule qui n’a pas été attaquée par cette armée alimentaire, me voilà la cible de trois mitraillettes aux missiles mangeables. À la guerre, comme à la guerre se sont dites mes adversaires. J’ai du riz dans les cheveux, j’ai du poulet dans le chandail et ma chaise est entourée de fèves vertes.
Voilà mon honneur attaqué. Je riposte. Pour se protéger de mes assauts, Félixe se réfugie en dessous de la table renversant du même coup son verre de lait. Maxim grimpe debout sur sa chaise pour avoir une meilleure position d’attaque. Elle accroche son assiette au passage qui se retrouve sur le plancher, à l’envers bien évidemment.
Comme il ne restait plus de projectiles dans le plat de la sœur, la voilà qui se dirige vers le garde-manger à la recherche de munitions comestibles. Elle hésite entre les macaronis et les œufs, je lui suggère les biscuits Oreo. Suggestion que j’ai regrettée aussitôt qu’un de ces engins a frappé ma nuque. Ouch !
Avant que l’on doive ériger un hôpital de guerre dans mon jumelé, j’ai décrété l’arrêt des hostilités, j’ai levé le drapeau blanc satisfaite. J’avais atteint mon but. Nous avions toutes gagné la guerre à la mauvaise humeur.
Parce qu’en moins de deux attaques, les soldats de la troupe Proulx ont non seulement retrouvé le sourire, mais elles ont retrouvé le goût de s’amuser et de rire.
Le commandant, s’est quant à elle, tapé trois heures de ménage pas la suite. Il y avait de la nourriture partout, partout et partout dans la salle à manger et même jusque dans le salon. Mais une seule question me vient à l’esprit : Et puis ?

07 mars 2006

Une montagne d'amour

Je suis tombée en amour.
Moi qui pensais que ça ne m’arriverait plus. Plus jamais.
Mais voilà, ça m’a frappée de plein fouet comme une brique qui tombe de la Tour Eiffel.
J’en suis la première surprise.
J’ai été, tout d’abord, séduite par sa beauté. Par son charme irrésistible. Par ses petits atouts cachés qui ont fait palpiter mon cœur. Par son sens du plaisir. Pour son respect de la nature.
Je le cherchais depuis plusieurs mois. J’en ai rencontré quelques-uns, mais pas un n’avait réussi à m’épater de la sorte. Personne sauf lui.
Ces deux jours passés à ses côtés m’ont complètement bouleversée. Il a absolument changé ma façon de voir les choses. Je n’avais jamais rien connu de tel auparavant. En écrivant ces lignes, les papillons se font aller dans mon ventre d’ailleurs.
Tellement que j’ai même pensé quitter mon emploi, de déménager mes pénates près de lui et de repartir ma vie à neuf parce que vivre à quatre heures de route de lui, c’est trop difficile à concevoir.
Les souvenirs envahissent mes pensées. Ça se bouscule dans ma tête. Je voudrais tout vous dire de lui. Je ne sais pas par quel bout commencer tellement c’est intense.
On s’est rencontrés le matin de la Saint-Valentin. Une belle journée pour entamer une nouvelle relation non? Une date qui ne s’oublie pas facilement, vous en conviendrez.
Bref, j’ai trouvé la perfection.
Je vous vois jubiler. Je vous entends crier. Je vous imagine sourire. Enfin, Geneviève s’est trouvée quelqu’un. Elle a fini de nous achaler avec son célibat. Mais ne réjouissez pas trop rapidement chers amis.
C’est ma visite dans Charlevoix qui m’a virée complètement à l’envers. Un véritable coup de cœur, il n’y a pas d’autres mots pour décrire mes sentiments face à cette magnifique région.
J’ai passé deux jours à skier au Massif, à Petite-Rivière-St-François, une minuscule bourgade située à deux pas de Baie Saint-Paul. Quarante-huit heures de pure détente et de plaisir.
Ne cherchez plus l’hiver. Il s’est arrêté là-bas. De la neige, ils en ont à ne plus savoir quoi en faire. C’est phénoménal. Il y a du blanc partout, partout, partout.
Exit les surfaces glacées, les conditions moches, l’exploitation à outrance. Skier au Massif, c’est d’accepter de côtoyer des lièvres et des chevreuils sur les pistes. C’est d’avoir une vue imprenable sur le Saint-Laurent. C’est de laisser tomber le côté électrique de la ville pour la tranquillité de la campagne.
Skier au Massif, c’est renoncer à manger de la poutine, des hot dog ou des rondelles d’oignons et d’être contraint à dîner avec un filet de saumon à l’orange ou une fricassée d’agneau au romarin.
Déambuler dans le centre-ville de Baie Saint-Paul, c’est s’émerveiller devant les multiples galeries d’arts. C’est admirer l’architecture pittoresque de ses petites maisons. C’est de savourer une délicieuse fondue dans ce sympathique Café des artistes.
Vivre au son du fleuve, à la vue des montagnes en respirant cet air frais, c’était assez pour me virer à l’envers. Suffisant pour me planifier un séjour dans ce coin de pays l’été prochain.
Qui sait, peut-être y resterai-je?

27 février 2006

La porte magique

Je suis à deux poils d’appeler au service des petites annonces du journal pour faire paraître un encart qui irait comme suit :
À vendre
Deux jeunes filles de quatre et sept ans, propres et vaccinées.
La plus petite sait écrire son nom, aime avoir les cheveux attachés et rêve d’être une princesse plus tard. La plus grande s’adonne au violon, aime jouer aux Brads et aspire à devenir journaliste pour parler à des chanteuses chaque jour.
Prix à négocier. Pourraient être échangées contre une villa à Aspen ou un château en Espagne.

Parce que hier soir, la maman en avait sa claque. Entre Filou qui refusait de souper et qui s’amusait à nourrir le plancher avec son filet de porc et Maxim qui bougonnait devant son piano qu’elle refusait de pratiquer. Et voilà que la chicane éclate parce que Loulou a renversé son jus sur le clavier de l’autre. Je n’avais aucune idée où donner de la tête.
Le bain pourrait être une avenue intéressante pour calmer la tempête. Avec une huile apaisante, peut-être pourrais-je avoir deux minutes de calme ? Erreur ! Il m’a fallu au moins 45 minutes pour ramasser toute l’eau qui s’est retrouvée sur le plancher de la salle de bain. C’est que les deux terreurs s’imaginaient être au beau milieu de la mer en train de fuir de méchants requins. Soupir.
Dites-moi, à qui dois-je donc remettre ma démission de mère ?
Je ne sais pas si le téléphone fait le même effet chez vos enfants que chez les miens, mais à chaque fois qu’il sonne, il se produit une réaction physique chez mes démones qui fait en sorte qu’elles se mettent à courir partout, à crier et à rire très fort. Pas moyen de parler tranquillement plus de trois secondes.
J’ai donc pris la peine de consulter Météomédia pour savoir combien de centaines de mètres de neige allait-il tomber à Saint-Élie. À voir l’état de mes filles, c’est certain que la tempête du siècle allait s’abattre sur nous. Il valait peut-être mieux prévenir les autorités concernées.
C’est alors que l’idée de les foutre dans le bac de récupération m’a soudainement effleuré l’esprit. Mais le jour de ramassage n’est que mercredi prochain. Je me suis dis qu’elles auraient sûrement froid d’ici là. Je suis à bout, mais pas insensible quand même. Et je n’étais pas certaine si elles étaient composées de matières recyclables de toutes façons.
C’est finalement l’horloge qui les a sauvées d’une hivernation dans la remise du fond de la cour en m’indiquant que c’était l’heure du dodo. Enfin.
En moins de temps qu’il faut à Geneviève Simard pour descendre une piste de ski alpin, les deux diablesses ronflaient. Ai-je besoin de vous dire que j’ai soupiré de soulagement ?
Une belle soirée, tranquille ai-je besoin de le spécifier, s’annonçait. Tout n’était pas perdu. Je me jette donc dans Scrapbook de Nadine Bismuth. Un livre que je mourrais d’envie de lire depuis longtemps. Une page, deux pages, trois pages de lues. J’en peux plus. C’est trop tranquille.
Je mets le dernier Arcade Fire dans le lecteur de cd espérant meubler un peu cette atmosphère un peu trop calme à laquelle je ne suis pas habituée. Une autre page de lue. Non. Ça ne fonctionne pas. Il manque quelque chose.
Je descends au sous-sol. Je traverse la porte magique. Celle qui fait que l’on oublie tout. Que l’on jette sa lettre de démission de maman à la poubelle. Que l’on regrette d’avoir pensé au bac de récup. Que l’on cadenasse la remise.
Et je regarde mes deux petits anges dormir. Toutes paisibles. Je les trouve belles dans leur sommeil. J’ai déjà hâte qu’elles se réveillent.

20 février 2006

Le paradis existe

Le paradis existe. Croyez-moi, je l’ai trouvé.
J’ai longtemps pensé que ce lieu était caché quelque part dans le ciel et qu’il était réservé aux anges. Et bien non. Il y a bel et bien un Eden sur terre. Comble du bonheur, il n’est pas très loin que cela. Aspect non négligeable, nous n’avons pas besoin de passer par l’au-delà pour y entrer.
Trois heures de voiture bien comptées et nous voilà rendus à cet endroit où le bonheur parfait nous avait donné rendez-vous. Une montagne, de la neige à profusion, un soleil radieux, une paire de skis, quoi demander de plus?
En moins de deux, nous étions séduits par le charme de Tremblant. Parce que la montagne est majestueuse, mais l’ensemble du village est féerique.
Imaginez la scène.
Après une journée à dévaler les pentes de ce monstre des Laurentides, nous voilà immergés dans un bain tourbillon extérieur à l’Aquaclub La Source à détendre nos muscles endoloris qui, autrement, seraient en démarche d’accréditation syndicale.
Après une heure à tremper dans ce trou d’eau, nous voilà assis au beau milieu du village piétonnier à savourer une bière devant un feu extérieur à admirer les splendeurs du décor qui s’offraient à nous.
Je pensais avoir atteint le summum. Même pas.
Nous n’avions pas encore rencontré Rachel, la gérante du Fat Mardis, un sympathique resto où la cuisine de La Nouvelle-Orléans est à l’honneur. Assis devant un feu de foyer, nos papilles ont explosé de joie devant le poulet noirci aux épices qui prenait place devant nous. C’était juste avant de se retrouver au piano à jouer à quatre mains, elle et moi. Les airs étaient plus ou moins justes, mais les fous rires éclataient.
Question de nous refroidir les esprits un peu, nous avons migré vers le N’Ice Club. Parce que 1 600 tonnes de neige et 100 tonnes de glace, c’est assez pour frigorifier n’importe qui en moins de deux. Une création de l’Hôtel de glace de Québec, ce bar glacé unique où l’on sert des cocktails « on the rock » vaut largement le détour. Entre autres, pour la beauté de ses installations, où le design primitif et la modernité se côtoient, mais surtout pour l’ambiance qui réchauffe qu’on y retrouve.
Classée station de ski numéro 1 dans l’est de l’Amérique du Nord par Ski Magazine, Tremblant est également reconnu pour ses après-ski endiablés. Un séjour dans ce coin des Laurentides ne serait pas le même sans un détour au P’tit Caribou. Il n’y a pas de meilleur endroit pour rencontrer d’autres mordus de ski. D’ailleurs, que de plaisir avons-nous eu avec ce couple de Toronto qui n’hésitait pas à se trémousser sur le comptoir du bar nous emportant du même coup dans leur danse.
Parce qu’il nous restait encore quelques pistes à découvrir parmi les 94 offertes, nous sommes sagement rentrés à la Tour des voyageurs pour prendre un peu de repos. Le lendemain, il y avait encore des sous-bois qui nous attendaient, des versants à visiter et des nouvelles pistes à explorer. Une autre journée remplie de plaisir, d’adrénaline, de ravissement serait au rendez-vous.
Nous avons puisé à Tremblant bon nombre d’images magiques, de scènes fabuleuses et de souvenirs impérissables. Deux jours de vacances qui nous habiteront encore longtemps.
Nous voulions fuir l’ordinaire, nous avons découvert l’extraordinaire.

11 février 2006

Des vacances s.v.p.!

Dès la première minute où j’ai remis les pieds au bureau, à la suite de mes dernières vacances, en juillet, je savais qu’il était hors de question que j’attende encore un an avant de me saucer à nouveau le gros orteil dans une semaine d’inactivité professionnelle. J’ai tenu ma promesse. Je quitte pour une semaine.
Au moment où vous lirez ces lignes, soit je dévorerai les pentes de Tremblant, soit celles du Massif, dans Charlevoix. Peut-être serai-je en train de me prélasser dans un spa extérieur ou encore en train de savourer un délicieux repas louisiannais au cœur du village piétonnier.
Mais voilà. Je n’ai toujours pas appris comment gérer le dossier vacances. Depuis la minute où j’ai reçu la confirmation de mon séjour, les papillons ont envahi mon ventre, je suis insomniaque, j’ai les cernes qui tombent en bas du menton, je carbure à l’adrénaline, je suis sur le nerf bref.
Ça vous fait ça à vous aussi ?
Ce n’est pas de l’anxiété, mais de l’excitation. Je compte les dodos, les heures et les minutes me séparant de mon séjour Je me déplace à cloche-pieds. Je consulte le site de Météomédia compulsivement pour analyser les prévisions météo. Mon chapelet est accroché à corde à linge depuis lundi. Je fais la danse de la neige et du beau temps chaque jour. S’il fallait qu’il fasse -74 ! Ou pire, qu’il pleuve !
Et c’est sans compter les heures que je passe sur les sites Internet de ces deux montagnes à étudier les plans des pistes de ski, à admirer les paysages de leurs albums photos, à planifier le meilleur itinéraire pour m’y rendre. Tant qu’à être sur la toile, je visite les chambres d’hôtel où je logerai, les restaurants où je mangerai, les sites touristiques qui vaudraient le détour.
J’ai tellement peur d’attraper une maladie quelconque qui jouerait les troubles fêtes que je me promène avec un masque, je me lave les mains aux dix minutes, je demande un certificat médical de tous les membres de la famille lorsque je vais chez quelqu’un. Je carbure au jus d’orange. Je me shoote à l’Echinacée.
Il est hors de question que la gastro se niche dans mon bedon, que le rhume trouve logis dans mes sinus, que mes amygdales flirtent avec la Pénicilline. Que ces affections se le tiennent pour dit, pas question qu’elles réclament l’asile dans mon corps, du moins pas avant le 20 février prochain.
J’ai fais des dizaines de listes. Une pour les valises des filles. Une autre pour Jonathan qui prend ma relève au journal. Une pour les trucs à ne pas oublier. Une autre pour mes bagages. J’ai fait aussi une liste de mes listes. On n’est jamais trop prudent. J’espère tellement ne rien oublier.
Bref, j’arriverai à mon premier jour de vacances complètement exténuée. De toute façon, j’aurais dix jours pour récupérer. Ce n’est pas à ça que servent les vacances ?

04 février 2006

L’histoire de June et Thomas et les stratégies poches de l’amour

C’est l’histoire de June et de Thomas. Ça aurait pu être celle de Julie et de Sébastien ou de Sandrine et de Hugues. Une histoire d’amour banale, mais ô combien révélatrice de notre tendance à tout vouloir contrôler. De notre incapacité à se laisser aller.
La voix du magicien traînait dans ma bibliothèque depuis deux ans maintenant. Si bien, que je l’avais oublié sans jamais l’avoir lu. Faut dire que lorsque j’avais reçu ce bouquin au bureau, je n’avais pas tellement la tête à lire les émois d’une amoureuse. Mais voilà, vendredi, il m’a rappelé qu’il était là. En moins de deux, j’étais captive de ses phrases, de ses mots.
La voix du magicien, c’est une histoire d’amour qui se termine mal, mais qui, dans le fond, n’a jamais vraiment débuté. C’est June qui nous raconte comment elle est un peu gauche dans ce début de relation. Comment elle a peur.
Elle préfère jouer à l’indifférente, voire même à l’ignorante, comme si ça ne la touchait pas, comme si elle ne savait pas. C’est la première fois qu’une histoire comme celle-là lui arrive, une histoire dans laquelle elle fait si attention, dans laquelle elle mesure chaque option avant de prendre position ou de prendre une décision.Une stratégie poche. Comme nous faisons tous quand on cherche à entrer dans la vie de quelqu’un. Une manœuvre pour ne pas paraître trop intense. Un agissement qui est supposé nous rendre follement intéressante, mais qui, au contraire, nous vole ces instants magiques.
Parce que lorsque June est avec Thomas, elle est quelqu’un d’autre. Une usurpation d’identité qui lui coûtera probablement la possibilité de vivre un grand amour, LE grand amour. Je n’ai pas pu m’empêcher d’être un peu une autre que moi. Par ma faute, je ne t’ai pas donné la possibilité de bien me connaître. Réaction de défense ?Ça serait si simple s’ils discutaient. Ils parlent, mais ils ne communiquent pas. Il parle Thomas, il parle. Mais quand vient le temps de dire les choses, les vraies, les mots se noient et disparaissent au plus profond de sa gorge. Et elle parle June, elle parle aussi. Mais quand vient le temps de dire les choses, les vraies, les mots restent cachés au fond de sa tête.
Pour June, Thomas est compliqué. Pour Thomas, June est compliquée. Lui a-t-elle seulement parlé de tout ce qu’il lui a fait vivre ? Ne lui reproche-t-elle pas exactement ce qu’elle fait elle-même ? Mais pourquoi fais-elle la même chose que lui ?
C’était écrit dans le ciel. Thomas s’est éloigné. June s’est retrouvé seule avec ses questions, ses tourments, sans les réponses. Je comprends que tu sois lâche et tu aies peur. Mais peur de qui ? Peur de moi ? Peur de toi ? Peur de quoi ?Parle-moi Thomas, dis-moi.
Malgré le chagrin qui assaille June, malgré son cœur brisé, malgré tout, elle regarde en avant avec sérénité.
Elle fait ça la Vie, elle met des gens sur notre route pour nous faire avancer, pour nous montrer des choses qu’on ignore sur nous, pour nous apprendre à aimer, à nous aimer. En nous permettant de connaître les autres, la Vie nous permet de mieux nous découvrir.Ça aurait pu être votre histoire ou la mienne. Mais dans toutes nos relations, qu’elles soient mortes dans l’œuf ou non, nous avançons, nous grandissons. C’est la beauté des relations humaines.